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[BG] Les Faiseurs de Chaos

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Pantaleimon
Chouchou des Dieux
Chouchou des Dieux

Pantaleimon

Mar 16 Avr 2013 - 15:39
Livre I | Livre II | Livre III



Ils se sont encore perdus... mais la fumée qui montent au dessus des cimes les attirent. Ils se demandent s'ils l'avaient enfin trouvé. Ils se rapprochent de la source des volutes grisâtres, un feu brûle et projette un jeu d’ombres et de lumières. Oui, ils trouvent quelqu’un assit près du feu de camp... ils me trouvent. Je sais pourquoi ils sont venus, ils veulent que je leur raconte l’histoire du gamin aux masques. Je leur dis que ce n’est pas aussi simple. Les meilleures histoires doivent commencer par le début, pas vrai ? Et pour commencer celle-ci, je dois d’abord raconter l’histoire de ses parents... Un éniripsa et une sadida tout à fait singuliers.

Il faut bien comprendre que le gamin descend d’une famille de soit-disant liseurs de Wakfu. Vous vous demandez ce que c’est ? Si ça ne tenait qu’à moi je vous dirai que ce n’est qu’une bande de pandawas dégénérés et complètement ivres qui après avoir bu trop de lait de bambou fermenté se croient doués de talents extraordinaires...  Mais soit, je tâcherai de garder mon avis pour moi.  Par où commencer ? Vous avez entendu parler du Wakfu n’est ce pas ? Cette énergie vitale qui est sensée se trouver en toute chose et qui ferait tourner le monde. Si on dit que tout ce qui nous entoure est emplit de cette énergie, rares sont les créatures qui peuvent la percevoir. On raconte que la famille dont je vais vous conter l’histoire en était capable. Ils faisaient tout pour préserver leur secret, pandawas de sang pur, celui-ci ne faisait qu'amplifier leur fierté déjà bien trop grande. Dans ce but de protection, tous les enfants qui naissaient sans le don de perception subissaient un entrainement très stricte et juraient allégeance à ceux qui pouvaient voir le Wakfu. Ils devenaient des gardiens et protégeaient la famille des possibles menaces.

Quant aux enfants qui naissaient avec le don, ils se devaient de suivre un apprentissage d’autant plus dur que leurs frères gardiens. Car c’est eux qui assureraient la persistance du don au sein de la famille en le léguant à leur tour à leurs enfants. Cependant, il ne suffisait pas de voir le Wakfu pour être considéré comme un liseur, de même qu’un analphabète ne saurait déchiffrer des lettres qu’il est pourtant capable de voir. Les capacités d’un liseur vont bien au delà de la simple perception de l’énergie vitale. Lorsqu’un liseur était traversé par un flot de Wakfu il recevait une partie des connaissances que le flot transportait avec lui. Ainsi, les liseurs avaient régulièrement des visions provenant de toutes les époques, insufflées par l’infinité de vaisseaux de Wakfu qui parcourent le monde des Douze.

Détail important, seules les filles se sont révélées avoir un don suffisamment grand pour devenir liseur. En revanche pour atteindre ce rang, il fallait être capable de payer le prix fort, car en échange d’un tel don elles devaient abandonner tous leurs autres sens. Il ne tient plus qu’à vous d’y croire ou non, vous savez déjà ce que j’en pense.






Dernière édition par Pantaleimon le Mer 20 Mai 2015 - 15:13, édité 22 fois
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Pantaleimon
Chouchou des Dieux
Chouchou des Dieux

Pantaleimon

Mar 16 Avr 2013 - 15:44
Prologue | Livre II | Livre III






Bien maintenant que j'ai éclairé vos lanternes je vais pouvoir vous raconter l'histoire de son père. Je peux déjà vous dire qu'il n'a pas eut une enfance facile... vivre au sein d'un clan de pandawa de sang pur alors que vous n'avez pas été choisi par la déesse de la boisson à votre naissance ce n'est pas ce qu'on appelle avoir un bon karma... Commençons donc par sa naissance... Je revois encore les nuages d'encens qui flottent dans la pénombre de la grande salle, éclairée par quelques bougies dont les flammes menacent de s'éteindre au moindre souffle. Et au fond de la salle trône un gigantesque coussin de soie écarlate, brodé de fils d'onyx et d'argent qui forment des arabesques et des motifs faisant penser à un dragon noir et un dragon blanc. L'un tient dans ses griffes une flamme bleue tandis que l'autre tient une flamme violette. Sur cet immense coussin la matriarche est assise en tailleur. C'est une vieille disciple de Pandawa, recouverte de rides et de longs cheveux blancs descendent le long de ses épaules. Ses paupières ne se ferment jamais et laissent apparaître deux yeux vitreux dont on devine l'aveuglement. Sa constante immobilité est causée par une paralysie totale, voyez-vous. Sourde et muette aucun mot ne sort de sa bouche.  Son corps n'est qu'une prison de chair. Mais ce sont ces handicapes qui lui offrirent le titre de matriarche car grâce à eux elle avait eu accès au rang de liseur. Elle peut voir le Wakfu, le ressentir et lire en lui. Dans ses rêves, elle reçoit des visions du passé, du futur et du présent; et si de sa bouche ne sort aucun son, elle est capable de transmettre et lire les pensées de tous les individus qui se trouvent proche d'elle.

Autour de la matriarche tous les autres porteurs du don de perception s'attèlent à la coiffer, la maquiller, l'habiller... À l'odeur de l'encens se mêle celle des vapeurs de thé aux orchidées dont les émanations proviennent d'une théière en fonte qui chauffe non loin de là. Aussi calme que l'atmosphère semble l'être, dehors l'orage gronde et des ondées se déversent sur tout le village. La porte s'ouvre, laissant une bourrasque de vent traverser la pièce. Soufflées, les bougies s'éteignent aussitôt. L'homme qui vient de rentrer se précipite de fermer la porte en bois massif. Il se dirige vers la matriarche, quand il arrive à son niveau il s'agenouille puis parle enfin.

- Mère, le travail de votre fille a commencé, Lilit va bientôt accoucher !

Les pensées de la matriarche commencent à résonner dans sa tête.

** Tu te souviens de mes paroles Adam', n'est ce pas ? et je te rappel qu'en te mariant à ma fille tu as juré d'obéir à chacun de mes ordres. **

Adamenthe grimace à l'idée d'être devenu un des pions de cette vieille femme. Mais il aimait Lilit plus que tout. Subir les lois mystérieuse qui régissait son clan 'était le prix à payer pour vivre avec l'amour de sa vie.

- Nous ne savons pas encore si votre vision se réalisera...

Un cri de stupeur résonne dans la pièce. Les disciples de la matriarche le regardent d'un air effaré. Si c'était monnaie courante à l'extérieure, au sein de la famille personne n'osait démentir les visions de la matriarche. Adamenthe tourne son regard vers les silhouettes masquées dans l'obscurité et soupir de dégoût. Ses yeux se sont accoutumés à l'obscurité, il peut maintenant discerner les traits de la vieille pandawa. Une lueur bleuté brille dans ses ses yeux voilés. Elle est encore sous l'emprise d'un flux de Wakfu. La lueur s'éteint, et aussitôt il entend à nouveau les pensées de la matriarche.

** Retournes auprès de Lilit, et tu auras la réponse à tes doutes. Alors tu sauras ce qu'il te reste à faire. **

Le pandawa ne dit rien, il se retourne vers la porte, traverse une volute d'encens et repositionne sa capuche sur sa tête. À mesure qu'il se dirigea vers la sortie, il repense aux mots que lui avait dit la vieille femme et de ce que cela impliquait. Bien avant qu'il n'apprenne que sa femme était enceinte, la matriarche lui avait révélé un tragique destin. C'était une nuit orageuse comme celle-ci et le vent avait également plongé la grande salle dans l'obscurité...

Adamenthe était à genoux, face à la matriarche. Trempé jusqu'aux os, le bruit des gouttes d'eau qui tombaient résonnait dans la salle. Le regard posé sur le sol il prit enfin la parole.

- Bonsoir Mère, je suis venu aussi vite que j'ai pu quand on m'a dit que vous me demandiez.

Les disciples de la matriarche restaient silencieux, l'atmosphère était lourde comme si une sombre nouvelle avait traversé ces murs. La vieille pandawa prit une longue inspiration puis transmit ses pensées à Adamenthe.

** J'ai eu une vision. Lilit tombera bientôt enceinte de toi, vous attendrez des jumeaux. La fille n'aura aucun talent à percevoir le Wakfu mais se révèlera particulièrement habile au combat. Quant au garçon... il sera le premier liseur de son sexe et deviendra mon successeur. **

Adamenthe avait été fraichement accueilli au sein de cette famille aux moeurs tant particuliers et bien qu'il ne croyait pas toujours sincèrement aux dons de la matriarche, il était fier d'entendre de telles nouvelles et ne comprenait pas l'urgence qui l'avait amené ici à cette heure tardive.

- Je suis heureux d'apprendre de telles nouvelles, Mère ! Mais je ne comprends pas pourquoi vous étiez si pressée de me les annoncer.

Les pensées de la matriarche résonnèrent aussitôt.

** Le destin de ces enfants les mèneront à l'inceste et leur péché donnera un fruit qui causera de grand déséquilibres dans le monde des douze. Pour éviter un tel désastre, quand le jour sera venu, je te demande d'éloigner ta fille le plus loin possible de cette famille. Nous préserverons ton fils de son destin et je veillerai sur lui jusqu'à ce qu'il soit capable de prendre ma place. **

Les derniers mots de la matriarche avaient arraché la gaieté d'Adamenthe. Il avait également deviné que si sa femme n'avait pas été prévenu en même temps que lui c'est que la vieille pandawa voulait qu'elle ne sache pas la vérité. Elle connaissait sa fille et savait qu'elle n'aurait jamais laissé faire une chose pareille. Adamenthe ne voulait croire en ces prédictions, il baissa la tête en signe de respect puis quitta la pièce sans dire un mot...

Le pandawa se trouve déjà devant la petite maison de bois où se trouve sa femme, il peut entendre les pleures d'un nouveau né. Il se précipite pour pénétrer dans la demeure puis retire sa capuche. Il embrasse sa femme qui pleure de joie et de fatigue. Un des gardiens de la matriarche se tenait là, il avait assisté Lilit pendant son accouchement. Il tient dans ses bras le fruit de leur amour. Il finit de nettoyer le nourrisson et le dépose dans les bras de Lilit. Adamenthe caresse son enfant et sourit à sa femme. Le bébé était dépourvu de tout poil et n'avait aucun des traits que pouvaient arborer les disciples de Pandawa.

- Tu m'as offert un magnifique garçon, Lilit ! Tu es merveilleuse ! Je suis même étonné que Pandawa n'ai pas choisi de le garder sous son aile, il est si beau, qui pourrait lui résister ?

Le jeune nouveau père se rassure de croire que les visions de la matriarche se sont révélées être fausses. Lilit se serre contre son mari tout en berçant son fils.

- Oh ! Je ne m'en fais pas pour ça ! Je suis sûre que le moment venu il boira au moins autant de lait de bambou que toi et qu'il se fera connaître dans toutes les tavernes ! Comme son père.

Mais un frisson brise ce moment magique. Lilit se met à hurler. Le gardien se précipite sur elle et demande à Adamenthe de s'éloigner avec le bébé. Il prend son fils dans ses bras et va dans la salle qui juxtapose la chambre conjugale. Il s'assoit sur un fauteuil à bascule et chante une berceuse alors que des larmes coulent sur ses joues. Il ne pleure pas de joie. Ses larmes coulent pour le deuil d'un enfant qu'il ne verrait jamais grandir, sa fille.






Dernière édition par Pantaleimon le Ven 24 Avr 2015 - 15:52, édité 26 fois
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Pantaleimon
Chouchou des Dieux
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Pantaleimon

Mar 16 Avr 2013 - 15:45






Après de tels évènements vous imaginez bien que le pandawa se mit à souffrir d'une culpabilité pour le moins... envahissante, et vous faites bien ! Pour tenter d'oublier il aimait se réfugier sous l'ombre de ce grand saule... Adamenthe mâchouille un brin de paille. Une faux et une importante quantité de blés fraîchement coupés gisent à ses pieds.  Le poids des années semblent l'avoir fatigué plus qu'il n'aurait dû. Il est encore assez jeune, pourtant son visage trahit une faiblesse prématurée.

Dans le clair-obscure de l'ombre projetée par l'arbre, le pandawa sifflote. Cet air mélancolique se propage dans les champs. Depuis la naissance de son fils, le temps s'était mit à défiler à une vitesse surprenante. Pourtant, le souvenir de cette nuit d'orage continue à le hanter jours après jours. Il revoit le gardien de la matriarche qui avait annoncé à sa femme que leur fille était mort-née. Ce même homme qui lui avait déposé sa soit disante défunte fille dans les bras. Ce regard qu'il lui avait jeté en silence alors qu'il lui désignait la porte du doigt. Il ne lui avait même pas laissé le temps de réconforter sa femme.


F l a s h b a c k

Camouflé sous un long manteau sombre, il traverse le village en courant, les pleurs de sa fille comme seul sillage. Il ne s'arrête pas de courir, mais quand il arrive au niveau du sanctuaire de la matriarche, il entend ses pensées.


** Va au grand saule... **

Il obéit et prend la direction des champs, là où se trouvait le grand saule. Quand il arrive enfin au pied de l'arbre, un couple de disciples de Sadida se protègent de la pluie sous un parapluie formé par d'immenses feuilles végétales. La femme aux cheveux verts le regarde, lui et sa fille. On lisait dans ses yeux baignés de larmes une pitié sans pareille. Adamenthe leur tend sa progéniture, aucun d'entre eux n'échangent un seul mot. Le couple s'éloigne en silence alors que le pandawa ne peut quitter du regard sa fille qui disparait à l'horizon.


F i n . d u . f l a s h b a c k

Tous les jours il se pose sous le grand saule, poussé par l'espoir vain de retrouver sa fille. Brisé par la tristesse, le pandawa délaissait sans s'en apercevoir sa femme et son fils. Lui qui était au seuil de l'adolescence, le garçon avait besoin plus que jamais de la présence de son père. Lilit l'avait baptisé Ascètyl.

À cause du destin que la matriarche lui avait prédit, il devait passer ses journées dans le temple en sa compagnie et celle de ses disciples. Elle lui apprenait à méditer, à oublier ses sens et abandonner son corps. Malgré les visions d'avenir qu'elle avait vu pour lui, il semblait n'avoir aucun talent à percevoir le Wakfu et il était fatigué de tous les entrainements qu'elle lui faisait subir alors qu'il ne voyait aucun résultat. Chaque matin il faisait de son mieux pour s'éclipser du sanctuaire. Quand il y parvenait, il se réfugiait dans la forêt à la recherche de plantes et de fleurs rares. Car en plus de ne pas satisfaire les attentes de la matriarche, il ne montrait aucun des signes d'appartenances aux préceptes de Pandawa. Ainsi il était bien plus intéressé par l'herboristerie et l'alchimie que par la fabrication et consommation de bière.

Avec le fruit de ses récoltes, il utilisait la distillerie familiale, dans laquelle était fabriqué le fameux lait de bambou fermenté, pour concocter potions et autres mixtures aux particularités diverses. La volonté du garçon était de créer un remède qui pourrait effacer la tristesse de son père. Même s'il n'arrivait pas à atteindre son but, il était capable de fabriquer des pommades curatives pouvant faire cicatriser n'importe quelle plaie bénigne en quelques minutes. Personne ne reconnaissait son talent inouïe. Interdit de quitter le domaine familiale, ce n'était pas auprès de sa famille qu'il pouvait étancher son mal de reconnaissance, ses proches étant bien trop occupés à boire dans les tavernes ou à respecter les volontés de la matriarche.

Cependant il était rare qu'il puisse s'adonner à ses passes-temps, car même s'il parvenait à feindre l'attention des gardiens pour s'enfuir dans la forêt, ils finissaient toujours par le retrouver et le ramener de force au temple. Ses journées étaient donc ponctués par ces moments de courses poursuites. La majeure partie du temps il se voyait obligé de rester auprès de la matriarche et de supporter les sarcasmes de ses disciples. Comme c'était le cas aujourd'hui. Il se trouve sur un coussin plus petit et moins beau que celui de la matriarche, celle-ci lui oblige à rester immobile et à garder les paupières closes. Il avait également le droit de parler à l'unique condition qu'on lui adressait la parole. Alors que la vieille pandawa lui demandait de faire le vide dans son esprit et de méditer. S'il parvient à vider sa tête quelques instants, il ne peut s'empêcher de récapituler les ingrédients qu'il n'avait pas encore tester dans ses tentatives de création du remède parfait pour son père.

La matriarche intercepte les pensées du garçon.


** Tu ne veux donc faire aucun effort... **

Un de ses disciples se tourna vers eux l'air lassé. Il n'était que de deux ans l'ainé d'Ascètyl mais il passait son temps à lui donner des leçons. Jaloux depuis la naissance du garçon promit à la succession de la matriarche, il ne pouvait s'empêcher de le rabaisser.

- Mère, je vous prie d'excuser mon insolence, mais vous devriez choisir un autre de vos disciples pour vous succéder. Ascètyl est incapable de voir ne serait-ce qu'une once de Wakfu et à ce rythme il n'y arrivera jamais ! De plus Pandawa ne veut toujours pas de lui, c'est bien le signe qu'il est une tare pour notre famille !

Les pensées de la matriarche restent silencieuses et le jeune disciple sourit de voir que personne ni même la matriarche ne le contredit.

- Kain ! Je t'interdis de ...

** Silence ! Je t'ai dis de ne prononcer aucun mot si l'on ne t'a pas adressé la parole ! Les gardiens iront avertir ta mère de ton comportement d'aujourd'hui. Sache que moins tu feras d'efforts plus je rendrai l'entrainement difficile... tu peux partir. **

Le garçon se met à courir pour sortir du sanctuaire au plus vite. Des larmes coulent le long de ses joues et quand il est enfin dehors, il hurle de colère. Il part en courant vers la forêt, son seul havre de paix. Personne n'arrivait à comprendre ce lien qui s'était tissé entre lui et la forêt. Quand Adamenthe voyait son fils se réfugier sous l'ombre des arbres, il ne pouvait s'empêcher de croire qu'un lien invisible le reliait à sa soeur qui grandissait auprès du peuple Sadida, les êtres qui étaient les plus proches des arbres et de toutes végétations.

Une heure de course... Ascètyl atteint le coeur de la forêt. Il se love au creux des racines d'un grand arbre et tâche de calmer ses sanglots. Il n'arrive plus à supporter les sarcasmes de Kain, les regards de dédains venant des autres disciples face à son incapacité à percevoir la moindre particule de Wakfu, les moqueries des gardiens par ce qu'il n'avait aucun talent au combat,  et les plaisanteries des autres membres de la famille sur son apparence loin de celles des pandawas. Après un dernier sanglot, il voit que ses larmes tombent sur une fleur qu'il n'avait jamais vu auparavant dans la forêt. C'était une magnifique orchidée blanche. Il la cueille et l'enferme dans une des fioles qu'il gardait toujours avec lui, il lève la fiole vers le ciel et la fait passer à travers un rayon de lumière.


- Peut être qu'avec toi j'arriverai enfin à guérir mon père !

Fatigué par le chagrin et la colère, il s'endort avec le rêve de retrouver son père et sa mère réunit et heureux. Quand il se réveille son corps est endolorit et son dos le fait particulièrement souffrir. Le soleil commence à se coucher et des bruits se font entendre dans tous les coins de la forêt, signalant l'arrivée des prédateurs nocturnes. Il range la fiole à l'orchidée dans l'une de ses poches et se lève pour rejoindre le village de sa famille. Il veut frotter un peu son dos pour se soulager de la douleur mais il sent quelque chose d'étrange. Comme s'il venait de découvrir une nouvelle partie de lui. Il court vers la rivière qui traversait la forêt et voit dans son reflet qu'il arbore deux petites ailes noires. Ses oreilles sont également plus pointues et plus longues. Même s'il n'avait jamais vu de disciple d'Éniripsa, il connaissait les légendes au sujet de chaque Dieu et il comprend aussitôt qu'il ne deviendra jamais un pandawa. La déesse des mots l'avait choisi comme disciple, sans doute émue par son désir de guérir son père et ses talents d'herboriste.

Après une telle découverte, il n'ose plus retourner chez lui. Effrayé de recevoir plus de moqueries qu'auparavant.  Il tente de cacher ses ailes sous ses vêtements et de recouvrir ses oreilles avec ses long cheveux noirs. Puis il prend son courage à deux mains et se décide de rentrer chez lui. Sur le chemin du retour il croit que sa vision se brouille. Il ne sait pas si cela est causé par la fatigue ou bien par la récente transformation de son corps, mais tout semble flou et bleuté. À chaque pas sa vision revient à la normale puis se brouille à nouveau. Au bout d'un certain temps il arrive à rejoindre la maison où l'attendait sa mère. Il lui montre les changements de son corps. Lilit serre alors son fils dans ses bras et le félicite d'avoir attiré l'attention d'un des douze dieux.

Le lendemain, la nouvelle se répand dans tout le village et à sa grande surprise, tout le monde est heureux pour lui. Quand il va au temple pour effectuer son entrainement quotidien, Kain pouffe de rire. Ascètyl l'ignore et se dirige vers son coussin sans dire un mot. Aujourd'hui il est fier, et il fera tout pour que tout le monde se souvienne de ce jour. Il jette un regard à la matriarche puis il se concentre comme elle lui avait toujours demandé. Puis, au bout d'un long moment. Des lueurs bleu apparaissent dans l'obscurité. Malgré les yeux fermés, il peut vaguement voir la grande salle, éclairée par ces étranges lumières. Ces flots lumineux se mouvant comme des ruisseaux, ils ressemblaient étrangement à ce qu'il avait perçut la veille dans la forêt.


** Ça y est. Tu peux enfin le voir... **

Kain se retourne aussitôt et laisse échapper un cri de surprise.

** Le don ne pouvait s'éveiller dans un corps vierge de toute magie. À présent il ne fera que grandir. Comme mes visions me l'ont montré **

Des frissons de joies font trembler son corps, il est enfin parvenu à satisfaire la matriarche et à faire taire Kain. Il se laisse envahir par ce sentiment d'exaltation. L'entrainement terminé, il part vers la distillerie familiale afin d'utiliser l'orchidée qu'il avait trouvé la veille. Il récupère la potion terminée est va retrouver son père qui se trouvait encore sous le grand saule. Quand il aperçoit l'arbre à l'horizon il ne peut voir son père car le soleil est à son couchant et l'éblouit. Il plisse les yeux pour combattre le soleil et se met à appeler son père en criant. Il court aussi vite qu'il peut pour le rejoindre puis commence à percevoir une silhouette accrochée à une branche.

- Papa qu'est ce que tu ? …

Un nuage masque un instant le soleil et Ascètyl recouvre la vue. Il cesse de plisser les yeux, tombe à terre. Devant lui le corps de son père est pendu à l'une des branches du grand saule. L'éniripsa lance un cri étouffé par les larmes. Il tente de monter au plus vite sur l'arbre pour détacher la corde de la branche. Le corps d'Adamenthe tombe dans un bruit sourd. Son fils se jette sur lui en pleurant.

- Pourquoi tu as fais ça ?! Je vais t'aider... je vais te soigner !

Il tente de se servir de ses mains pour lancer des sorts de soins, mais il ne connaissait rien aux arts Éniripsas. Il essaye des incantations, des mots, mais rien ne fonctionne. Il lui fait boire la potion qu'il venait de fabriquer. Elle n'eut également aucun effet. L'éniripsa hurle encore puis tombe d'épuisement.  Pour la première fois de sa vie, Ascètyl est aux côtés son père. Il ne peut se décider à le quitter et finit par s'endormir auprès de lui.






Dernière édition par Pantaleimon le Ven 24 Avr 2015 - 15:56, édité 15 fois
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Pantaleimon
Chouchou des Dieux
Chouchou des Dieux

Pantaleimon

Mar 16 Avr 2013 - 15:46






Cinq printemps s'étaient écoulés après la mort d'Adamenthe et l'âme rebelle du jeune éniripsa s'était éteinte avec lui. Ascètyl ne tentait plus de fuir les responsabilités que la matriarche attendait de lui. Il passait ses journées dans le temple à obéir aux moindres ordres de la vieille pandawa. Sa mère, Lilit, s'était arrêtée de se battre pour la vie.  Elle s'était plongée dans une profonde dépression et il semblait que personne ne pourrait l'en sortir. Continuellement alitée, elle ne parlait plus et ne se nourrissait plus.

Quand le fils prodigue terminait ses journées, il rentrait chez lui pour s'occuper de sa mère. Tard dans la soirée il quittait la maison pour se réfugier dans la forêt comme il le faisait autrefois. Chaque nuit il dormait dans le creux des racines de l'arbre qui avait été témoin de sa transformation. Plus le temps passait, plus l'éniripsa rentrait dans une mécanique monotone qui effaçait lentement sa personnalité. Il ne voulait plus vivre dans un monde qui lui apportait tant de souffrance, lui qui depuis toujours se sentait incomplet. Pourtant il se devait de vivre, pour sa mère, pour la matriarche et tous les autres qui attendaient de lui de devenir leur nouveau guide, le successeur au titre de liseur de Wakfu.  Il tenta donc de ne devenir plus qu'un pantin dépourvu de pensée et de désir.

Alors qu'il plongeait petit à petit dans l'oubli et l'abandon, une rencontre inattendue brisa le mécanisme macabre qu'il avait lui même élaboré.  Ce soir là, Ascètyl se dirige vers la forêt pour y passer la nuit. À l'orée du bois, une immense dragodinde à la couleur sombre boit dans un sceau que tient un homme encapuchonné. L'éniripsa croit reconnaître le blason qui était gravé sur l'armure de la dragodinde.


- Vous êtes Sorin, le guérisseur. N'est-ce pas ?

La silhouette se tourne vers lui tout en caressant sa monture.

- Bonsoir mon garçon, je devais arriver plus tôt dans la journée mais cette vieille Dragonia supporte de moins en moins les longs voyages. 

- On raconte que vous êtes l'un des éniripsas les plus puissants de tout Bonta, qu'est ce qui vous amène dans un si méconnu village et si loin de votre patrie ?

L'homme encapuchonné prend les rennes de sa dragodinde puis s'avance vers Ascètyl.

- Je suis un vieil ami de ta famille et on m'a demandé de regarder ce que je pouvais faire pour Lilit.  

- Vous êtes venu pour ma mère ? Je ne vois pas ce que vous pouvez faire de plus que ce que je n'ai déjà tenté.

Sorin semble amusé par les réflexions de l'adolescent, il ricane un instant puis pose sa main droite sur l'épaule d'Ascètyl.

-  Mon garçon, tu seras gentil de m'amener à l'auberge. Pour le moment j'aimerai dormir, demain nous verrons les choses que je ne puisse faire mieux que toi  

Avant de courir s'enfoncer dans les bois, c'est avec le regard sombre que le jeune éniripsa montre du doigt la vieille bâtisse qui sert d'auberge. Avant la mort de son père, c'était sa mère qui était en charge de tenir l'auberge. Maintenant qu'elle ne pouvait plus assurer ce rôle c'était les parents de Kain qui s'en chargeaient. Quand il atteint l'arbre-refuge il se pose contre son tronc et fait glisser ses doigts le long des écorces. Il s'endort dans le creux des racines, témoins de ses rêves.  

Une sombre lande vide de tout, on ne peut voir qu'une immensité de hautes herbes bleuies par l'obscurité de la nuit qui s'étend jusqu'à l'horizon; telle une mer d'herbes folles. Parmi les ténèbres végétales se faufile un ruban d'argent semblable à un long et sinueux serpent. Ascètyl arpente ce chemin en terre battu, alors qu'il croit cette route interminable il atteint un carrefour dépourvu d'indication. Au centre du chemin l'homme encapuchonné l'attend. Sorin retire sa capuche et montre du doigt l'un des quatre chemins. À l'horizon le jeune éniripsa croit percevoir une faible lumière, et elle semble l'attirer inexorablement. Sorin le fait sursauter de surprise quand il pose ses mains sur ses épaules alors qu'il murmure à son oreille des mots étranges qu'il n'arrive pas  à comprendre. Il le fait avancer vers la lueur et il finit par disparaître dans une brume noire. Ascètyl continue à marcher mais il hésite à revenir en arrière. Sa marche lui semble plus difficile et ses pieds s'enfoncent dans le sol. La lumière devient plus forte et il voit qu'il marche dans une rivière pourpre dont le liquide visqueux le ralentit. Une odeur de fer monte à ses narines et lui donne la nausée. Il finit par trébucher et tomber. L'odeur du liquide irrite sa gorge. Quand il réalise que c'est du sang, il est trop tard, le courant le pousse vers la lumière. Il ne parvient pas à faire demi tour. Plus il se débat, plus il avance là où il ne veut pas. Quand il se retourne pour faire face à la lumière, c'est une immensité de flammes qui se dresse devant lui.

L'aube transperce la forêt de ses roses rayons. La lumière réchauffe le visage de l'éniripsa. Il se réveille en sursaut, couvert de sueur. Il s’essuie rapidement, réajuste la ceinture où il range ses fioles puis court pour rejoindre le village. Sur le chemin il mange quelques baies qu'il avait gardait dans ses poches. Quand il arrive au village, de la fumée s'échappe déjà de l'auberge. Kain sort du bâtiment et lance un regard moqueur à l'intention de l'éniripsa alors qu'il se dirige vers le sanctuaire de la matriarche. Ascètyl ouvre la porte et pénétre dans la pièce. Sorin se trouve à une table dans le fond, il mange du pain à la farine de blé et une cuisse de bouftou grillé.


- De la viande de si bon matin ?

Un rictus se dessine sur les lèvres du vieil éniripsa alors qu'il lève les yeux vers Ascètyl.

- Au fil des années, le temps perd de son sens. Matin ou soir, le soleil se trouve toujours au plus bas.  

- Vous allez guérir ma mère ?

- Nous verrons.    

Il pousse son assiette et remercie la tavernière pour le repas. Il ramasse son sac en peau de gligli et demande à Ascètyl de l'amener à sa mère. Le jeune éniripsa s’exécute sans dire un mot. Sorin regarde Lilit un instant. Il sort de son sac une baguette faites d'orchidée et de chardon entremêlés qui ressemble à un pinceau. Au dessus de la pandawa il dessine des symboles qu'Asctèyl a du mal à déchiffrer. Enfin il garde sa baguette immobile un instant, se concentre et prononce des mots inaudibles. La baguette se met à briller et un sillage d'étincelles incandescentes suit les mouvements de Sorin. Un court instant une rune lumineuse se fige dans les airs. Des centaines de minuscules flammes et de braises se propagent sur le corps de Lilit puis disparaissent en même temps que la rune qui flotte au dessus d'elle.

Ascètyl attend un long moment, Sorin pousse un soupir de regret puis range sa baguette dans son sac.


- C'est tout ?! Un simple tour de passe-passe et on laisse tomber ?!

- Si ce sortilège n'a pas fonctionné, il n'y a rien que je puisse faire. Toutes les mixtures, toutes les potions que tu pourras lui faire avaler n'y changeront rien.     

Le garçon serre les poings à mesure qu'il écoute les paroles du vieil homme. La colère se déverse dans son corps comme du poison qui se serait insinué dans ses veines. Il lève la main et s'apprête à gifler le soit-disant guérisseur, mais soudain il semble incapable de bouger davantage.

- Aha aha ! Vous êtes incapable de soigner une personne souffrante, mais ce type de sort ne semble vous poser aucun problème, n'est ce pas !

Il n'arrive pas à bouger son bras, c'est différent d'une simple crampe. Il ne ressent plus son bras, comme si une partie de lui même était bloqué dans un autre espace-temps.

- Me frapper ne changera en rien la situation dans laquelle se trouve ta mère.

Sorin s'éloigne et sort sa main de son sac. Il tient un sablier dont le verre renferme un étrange sable violet. Le sable ne s'écoule pas. Il est simplement figé. Au bout de quelques secondes le sablier se brise et s'évapore. Le mouvement de sa main reprend son cours et fend l'air. Il regarde Sorin l'air incrédule ne comprenant pas ce qui venait de se produire.

- C'est une invention d'un vieux xélor, un de mes amis dévoué. Ce sablier amplifie les pouvoirs des disciples de Xélor. Mais pour les profanes aux préceptes du dieu du temps comme toi et moi, il nous offre la possibilité de jouer quelques tours comme celui-ci, pour un très court instant.    

Exténué par la colère, Ascètyl s’effondre au pied du lit. Il tente de regarder sa mère malgré ses yeux embués de larmes.

- Je suis désolé maman... J'ai tout essayé. Mais rien ne fonctionne. Si l'un des meilleurs Éniripsa ne parvient pas à te guérir... qui le pourra ?

Sorin franchit le seuil de la porte puis descend les escaliers. Il fait jouer ses doigts le long de la rampe comme un barde pinçant les cordes de sa harpe. Un rire sourd résonne au fond de son torse.

- Il n'y a plus qu'elle qui te retient ici, bientôt je pourrai t'arracher de ce village miteux. Mon cher prodige...  

Ascètyl quitte l'auberge pour rejoindre le temple et effectuer ses méditations quotidiennes. Sur le chemin il croise des gardiens qui parlent de Sorin. Ils disent qu'il ne quittera pas le village dans la journée, qu'il a d'autres choses à faire. L'éniripsa s'interroge, il lui avait pourtant dit être venu pour sa mère. Plus rien ne le retenait ici. Quand il entre dans le sanctuaire, il sent que les disciples avaient changé les encens qu'ils font brûler chaque jour. L'odeur est plus forte, presque douloureuse tant elle est pesante.

- De la myrrhe... Mère, pourquoi faisons nous brûler de l'encens-myrrhe ? N'est-ce pas l'encens qui convient pour les enterrements ?

Pour la première fois, Kain sembe triste et jette un regard désolé à l'adresse d'Ascètyl.

** Je suis désolé Ascètyl, les visions m'ont montré que Lilit cessera bientôt de souffrir. Les dieux ont décidé que son heure était venue.  **

L'éniripsa reste silencieux. Il sent les sanglots monter en lui, mais il ne veut rien laisser transparaître. Il sort en courant du temple et se retrouve face à Sorin. Des larmes coulent déjà sur ses joues.

- Qu'est ce que vous faites encore ici ?! Vous le saviez n'est-ce-pas, ma mère est entrain de mourir ! Vous n'avez plus rien à faire ici maintenant...

- Je ne suis pas venu que pour Lilit. Je suis aussi venu pour toi. La déesse des mots ne t'a pas permit de devenir un de ses disciples pour que tu gâches tes capacités. 

Sorin retire un des nombreux anneaux qui cerclaient ses doigts et le montre à Ascètyl. Il est large et fait en métal argenté. De fines runes noires sont gravées sur les deux faces de l'anneau.

- Dans ma famille, nous recevons cette anneau en or blanc quand nous avons apprit les arts éniripsas et que nous connaissons tous les secrets de la magie curative.    

Ascètyl se laisse tomber sur le sol, il n'en peut plus. Il ne veut pas l'écouter. Il veut le faire taire et rejoindre sa mère une dernière fois, avant qu'il ne soit trop tard.

- Je sais que tu t'en veux de ne pas avoir été capable de soigner ton père et ta mère quand il était encore temps, pour que plus jamais de tels regrets t'envahissent, je souhaiterai t'offrir cet anneau. Mais pour cela il faut que tu viennes avec moi et je t'apprendrai tout ce qu'un éniripsa doit savoir.   

Il revoit son père pendu au grand saule, le corps de sa mère dépourvu de toute volonté de vivre. Il se relève tout en essuyant ses larmes.

- A quoi bon ? Ça ne les fera pas revenir d'entre les morts.

- Je pourrai t'apprendre un tas de choses que tu ignores. Des talents qui dépassent l'imagination. Je pourrai aussi te raconter le tragique destin qui a poussé ton père à se suicider, le même destin dont le poids macabre à mener ta mère à perdre la vie. Te dire comment et pourquoi l'origine de ce destin vient de celle qui te tient enchaîné. 

Les derniers mots du vieil éniripsa le rendent perplexe. Il se tourne vers le sanctuaire où règne la matriarche.

- Même si je le voulais, je ne peux pas partir. La matriarche le saurait aussitôt et elle enverrait les gardiens venir me récupérer.

- Je t'ai dis que j'étais un vieil ami de ta famille, je connais vos secrets.  

Il sort de son sac un petit cristal violet. Il le brise en le jetant au sol, ce qui fait échapper un nuage pourpre qui les enveloppent.

- Un nuage de Stasis. Voilà de quoi brouiller les flots de Wakfu que la vieille matriarche pourrait lire.

Il ne sait pas si c'est la tristesse du deuil ou la quête de vérité, mais il a l'impression de ne plus être maître de ses choix. Comme si une force invisible l'avait poussé à suivre Sorin. Ce vieil homme qui lui avait promit pouvoir et savoir. Vêtu du même manteau sombre que son mentor, Ascètyl positionne la large capuche noire sur sa tête. Il regarde une dernière fois le village qui l'avait vu grandir et prononce des mots à l'intention de Sorin. Il est prêt. Le vieil éniripsa lance un cri et la dragodinde se met aussitôt en route. Une fine brume violacée pour seul sillage.






Dernière édition par Pantaleimon le Ven 24 Avr 2015 - 15:55, édité 14 fois
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Pantaleimon
Chouchou des Dieux
Chouchou des Dieux

Pantaleimon

Mar 16 Avr 2013 - 15:47







La route a été longue, déjà deux jours qu'ils ont quitté le village. Ils avaient du s'arrêter toutes les deux heures pour que la vieille Dragonia puisse récupérer. Elle supportait déjà mal le poids de son maître pendant une longue durée, alors avec Ascètyl en plus sur sa scelle les pauses se devaient d'être plus fréquentes. C'était dans une lande grisonnante, parsemée d'arbres morts, que Sorin avait fait arrêter la dragodinde sans prévenir. Le jeune éniripsa se surprit de constater que leur voyage se terminait ici.

- Nous sommes arrivés ? Vous habitez dans un endroit aussi.. désert ? Je pensais que vous viviez à Bonta.

Sorin ricane de ce rire... ce son rauque et irrégulier qui commence à devenir familier aux oreilles de l'éniripsa.

- Mon pauvre garçon, tu ne connais donc rien de ce monde. Il était réellement temps que je t’arrache à tes geôliers.  

Un sanglot traverse le corps d'Ascètyl à la pensée du village qu'il a quitté, il se souvient des choses qu'il ne reverrait peut être jamais. La forêt-refuge qui l'avait consolé à chaque fois qu'il n'avait su faire cesser ses pleurs. La beauté cérémoniale du sanctuaire, l'odeur de l'encens et la soie des coussins brodés. Les gardiens de la matriarche, ceux qui l'avaient aidé à supporter la mort de son père et même ceux qui s'étaient si souvent moqués de lui. Les murs en bois de l'auberge... sa mère... Il tente de se calmer quand il voit que Sorin commence à être agacé. Il sort un autre cristal violet de son sac, identique à celui qui leur avait permit de camoufler leur départ des visions de la matriarche.

Ascètyl n'ose pas prononcer quoi que ce soit, mais il se demande ce que pouvait bien être ce mystérieux cristal. Le vieil éniripsa perçoit ses interrogations. Il laisse échapper un long soupir, encore lassé de devoir tout expliquer à son nouvel apprenti. Il lui raconte l'origine des cristaux. Ils provenaient en fait de stasili. Un minerai très précieux dont seuls quelques écrits anciens relataient l'existence. Ce minerai était considéré comme étant un concentré pur et solide de Stasis. L'énergie de la destruction dont l'équilibre avec l'énergie vitale, le Wakfu, permettait la prospérité et la survie du Monde des Douze. Ce même équilibre qui était tant perturbé depuis le Chaos d'Ogrest. En brisant ces cristaux de stasili, Sorin libérait une certaine quantité de Stasis. C'était cette astuce qui leur avait permit d'échapper à la vigilance de la matriarche, brouillant ainsi les flots de Wakfu qui lui apportaient ses visions.

Sorin appuie le cristal contre le rocher se trouvant devant lui. Aussitôt, des lumières émanent du fragment de stasili. Dragonia observe le roc avec méfiance, comme si elle savait ce qui allait se produire. Le jeune éniripsa tente de s'approcher légèrement, tout en évitant de gêner son mentor, pour examiner la pierre de plus près. Il arrive à percevoir un fin interstice, aussi large que le cristal violet. Sorin l'enfonce dans le creux de la pierre et tout à coup le cristal semble insuffler sa propre énergie au rocher. Des arabesques violettes parcourent la surface de la pierre, transformant son apparence. Au bout de quelques secondes, le rocher était devenu une stèle fumante de vapeur.


- Mais... qu'est ce que ?...

Les lèvres de Sorin dessinent un rictus sur son visage.

- Voici le cœur d'une machinerie gigantesque ! Machinerie nourrit par la Stasis !

La stèle s'enfonce dans le sol en émettant un sifflement terrible accompagné de vapeur brûlante. Plusieurs minutes s'écoulent et quand le silence revient, les deux éniripsa se penchent au dessus du vide laissé par la stèle maintenant enfouie sous terre. Elle avait laissé derrière elle un long chemin qui descendait en colimaçon dans les profondeurs. Le vieil éniripsa attrape les rennes de sa dragodinde et la fait descendre avec lui sous terre. Ascètyl hésite à les suivre, mais il sait qu'il énerverait Sorin s'il le faisait encore attendre. Il pose un pied sur les premières marches puis commence à descendre. Il constate que les parois qui l'entourent sont faites de métal, ornées des mêmes arabesques violettes et lumineuses de la stèle. Il réalise alors que Sorin n'avait pas plaisanté lorsqu'il avait parlé de machine...

La descente lui semble durer des heures, et il est bien heureux que les arabesques couleur de Stasis brillent autant. À cette profondeur, il était certain qu'il y faisait plus noir qu'une nuit sans lune ni étoiles. Quand il atteint la dernière marche des escaliers, Sorin l'attend déjà. Sa main droite tient toujours les rennes de Dragonia et l'autre est posé sur ce qui semble être une porte. Elle est immense, faite de pin sec et ornée d'os, cerclé par le même fer cuivré qui recouvrait les parois de l'escalier. Ascètyl ne parvient pas à imaginer ce qui pouvait se trouver derrière, pourtant il n'est pas du tout rassuré à l'idée de pénétrer à l'intérieure. Sorin regarde un instant son nouvel apprenti, puis sourit avant d'ouvrir la porte avec fracas.


- Bienvenu au Relais !

Une puissante lumière déferle dans les escaliers obscurs qu'ils viennent d'arpenter. Pendant un court instant Ascètyl est aveuglé par le changement brusque de luminosité. Bien qu'il n'y voit rien, trop éblouit par la déferlante de lumière, il suit Sorin qui referme la porte derrière eux. Au même moment, il entend au loin le même sifflement de tout à l'heure. La stèle vient de revenir à sa place, il est enfermé ici, six pieds sous terre.

Ses yeux finissent par s'accoutumer à la luminosité du lieu et il arrive à distinguer deux silhouettes. Il fixe la plus proche. Un osamodas énorme, il était l'homme le plus grand qu'il avait rencontré jusqu'à maintenant. Sa corne gauche est grande et se termine en spirale, celle de droite est beaucoup plus courte et son extrémité est lisse, sans doute avait-elle été brisée pendant une dure bataille. Un immense marteau à deux mains trône sur son dos, Ascètyl se demande comment il pouvait supporter un tel poids, lui qui était sûr qu'il ne pourrait même pas le soulever un instant. Il se tourne vers l'autre silhouette, elle appartient à un homme bien plus élancé. Il est avachi dans un fauteuil en bois. Sa peau brune et les longs cheveux verts qui recouvrent son visage trahissent son allégeance au dieu Sadida. Il est entrain de sculpter un long bâton orné de plumes de truche et de mèches de bellaphone.


- Je te présente Blou Hacksmisse. L'osamodas le plus costaud que je connaisse ! C'est aussi le forgeron le plus expert qui m'ai été donné de voir.

Dit-il tout en tapotant les épaules à la peau bleue du mastodonte.

- Et voici Holivan Deurs, fin stratège sadida et dont les talents de sculpteur me sont indispensables. Cet art lui a été transmit par son père, ma famille a depuis toujours été fournit en baguette par la sienne.

Les deux comparses saluent Ascètyl de manière nonchalante, alors qu'il s'apprête à se présenter à son tour ils retournent à leur occupation. Ils se moquent bien de savoir qui il est. Il fait en sorte de ne pas y prêter attention et ravale son égo. Il suit Sorin et sa dragodinde du regard alors qu'ils s'enfoncent plus profondément dans la caverne. Il ne préfère pas rester seul avec ses nouvelles rencontres et décide plutôt de rejoindre son mentor.

Quand il le rejoint enfin, il est entrain d'attacher les rennes de sa dragodinde à une étable où elle pourrait boire et manger.


- Cette caverne est vraiment immense !

- Elle l'est juste suffisamment pour pouvoir stocker tout ce qui m'appartient. 

Ses yeux s'arrêtent sur plusieurs rangées d'étagères remplies de potions. Sorin le surprend et lui montre du doigt les étagères les plus proches.

- C'est ici que j'entrepose mes potions de rappel, une couleur différente pour chaque destination.

Il ramasse deux potions de couleur pourpre et en tend une à Ascètyl.

- Nous utiliserons celles-ci plus tard. Je dois d'abord m'occuper de certaines choses ici. En attendant tu peux visiter, mais n'essaye pas de passer les portes ou rideaux fermés. Ce qui est dissimulé a des raisons de l'être.

En disant ces mots, Sorin retourne vers l'entrée du Relais. Ascétyl s’assoit sur un tabouret près de Dragonia et enfonce son visage dans ses mains. Il est épuisé par le voyage et de toutes ces découvertes. Plus il passe du temps avec Sorin plus les mystères qui l'entourent s’épaississent. Il le comprend de moins en moins et commence à se demander sérieusement les raisons qui avaient poussé Sorin à le prendre sous son aile. Un homme qui camoufle un tel repaire n'était pas supposé cacher de plus grands secrets ? Est-il plus dangereux qu'il n'en avait l'air ?

Ce n'était pas le moment de s'angoisser. Il préfère se vider l'esprit et se lève pour visiter le reste du Relais. Il constate que plusieurs autres rangées d'étagères sont consacrées au rangement des potions. Il y en avait de toutes les formes et de toutes les couleurs. Tout comme lui, Sorin devait certainement pratiquer l'herboristerie et l'alchimie. Il est curieux de savoir quelles sont les propriétés de toutes ces potions.

Plus loin d'autres meubles exposent des armes en tout genre. De longues épées tranchantes reposent derrières des vitrines, tandis que des bâtons sombres aux formes étranges sont posés le long d'un mur, soutenus par des cercles en bois.

Encore plus loin, il découvre des armures, des boucliers et autres protections en tout genre. Le Relais contenait assez d'armes et de défenses pour équiper tout une armée !

Enfin il atteint le fond de la caverne, lorsqu'il regarde derrière lui, il ne parvient même plus à percevoir Dragonia. Dans le fond du relais, des rideaux et quelques portes renferment des pièces qu'il n'a pas le droit de pénétrer, Sorin l'a prévenu. Et tout autour se trouve des baguettes. Certaines enfermées dans des vitrines, d'autres rangées dans des malles ouvertes. Une des baguettes brille d'une lueur étrange, et il est comme attiré par elle. Il s'approche lentement puis tend la main pour la toucher. Ses doigts effleurent le bois de la baguette mais Sorin le surprend en posant sa main sur son épaule.


- Justement, Holivan et moi étions entrain de discuter pour te trouver une baguette. Mais pas celle-ci !

Le sadida se trouve juste derrière Sorin. L'éniripsa intime à Holivan de prendre la parole.

- Ce n'est pas toi qui choisira ta baguette. C'est la baguette seule qui désigne son possesseur. C'est ainsi que nous fournissons les meilleures baguettes à la famille de Sorin et ce depuis cent générations.

Ascètyl ne comprend pas vraiment où il veut en venir, il ne voit pas comment une baguette peut choisir ou même désigner celui qui la posséderai. Le sadida examine un instant le jeune éniripsa puis prend quelques baguettes ci et là entonnant quelques commentaires à chacun de ses prises avant de retourner face à lui. Il pose toutes les baguettes sur une table face à l'éniripsa.

- Tu dois simplement fermer les yeux, fait glisser ta main le long des baguettes et lorsque tu sentiras quelque chose. Une chaleur, du froid, de la douleur, de la joie, n'importe quoi. Cela voudra dire que c'est cette baguette qui t'a choisi. 

Le garçon s’exécute. Les yeux fermés, il fait passer sa main droite au dessus des baguettes. Il fait plusieurs allers-retours. Il ne ressent rien, rien si ce n'est la sensation du vent insufflé par le mouvement de sa main. Cet instant lui rappelle les longs entrainements qu'ils pratiquaient tous les jours avec la matriarche. Il fait ralentir sa respiration. Lentement. Ressentant chaque battement de cœur et faisant durer chaque souffle.

Sa main continue de battre l'air au dessus des baguettes, de plus en plus lentement. Son cœur commence lui aussi à ralentir. Puis il fallait oublier son corps. Sortir de soi-même. Ne plus penser à son existence. Aussitôt il sent ses paupières s'ouvrir, pourtant il ne voit rien, comme si ses yeux étaient encore fermés.  Puis le noir commence légèrement à s'éclaircir, illuminé par une faible lueur bleutée. Il se concentre davantage, fait ralentir encore le mouvement de sa main, et la lueur s'intensifie, encore et encore devenant presque éblouissante.

Il s'arrête net, sa vision redevient normale.


- Celle là !

Sorin et Holivan sourient aussitôt. Le sadida ramasse la baguette en question et l'examine un instant. Il la fait bouger et teste sa souplesse.

- Cette baguette est en bois d'If, ni trop longue ni trop courte. Elle est par contre étonnamment souple, elle risque de siffler lorsque tu l'utilisera.

Elle est d'une couleur dorée sombre, semblable à de l'ambre. Des arabesques orangées ornent toute la longueur de la baguette, et des runes sombres y sont gravées. Holivan fait glisser ses doigts le long des arabesques et des runes.

- Du crin de muloune a été sertie dans cette baguette, elle sera donc d'autant plus puissante de nuit et surtout les soirs de pleine lune. Par contre ces runes... Ce n'est pas moi qui ai fabriqué cette baguette, et je ne reconnais pas ces runes, je ne sais pas quelles propriétés elles ajoutent à la baguette.

Il tend la baguette à l'éniripsa. Le garçon la prend d'un geste hésitant, comme s'il avait peur de la briser. Quand il se décide à l'empoigner, il sent un étrange sentiment, devenait-il plus fort avec elle en main ?

- Il faudra lui donner un nom. Toutes les armes, une fois qu'elles sont dans les mains de leur maître définitif, ont besoin d'un nom si tu veux les utiliser à leur plein potentiel.  

Ascètyl contemple sa baguette et réfléchit aux paroles de Sorin. L'instant était magique, et bien que cela pouvait lui sembler idiot, la baguette l'avait choisi alors pourquoi ne lui donnerait-il pas un nom ? Il repense à la sensation que la baguette lui avait procuré lorsqu'il l'avait tenue fermement. Le sentiment de récupérer quelque chose qu'il avait perdu.  Lui qui depuis si longtemps ressentait un manque, l'impression d'être incomplet. Comme l'absence d'un frère ou d'une sœur....

Il regarde la baguette sombre et mystérieuse puis fixe Sorin.


- Je pense avoir trouvé le nom qui lui ira le mieux.

Il laisse passer un court silence. Il ne veut pas faire d'erreur, lorsqu'on nomme quelque chose on ne peut pas revenir en arrière.

- Elle sera ma sœur sombre.

Sorin acquiesce, puis il s'éloigne pour rejoindre l'entrée du Relais. Il fait signe à Ascètyl de le rejoindre quand il serait près. Il remercie Holivan et s'apprête à suivre Sorin mais le sadida l'arrête aussitôt en lui attrapant le bras.

- Les baguettes en bois d'If sont parmi les plus rares, et il est d'autant plus rare que ces baguettes trouvent leur partenaire idéaux. On raconte qu'eux aussi sortent de l'ordinaire et parfois pour des mauvaises raisons.

L'éniripsa regarde Holivan d'un air inquiet. Était-il entrain de le menacer ?

- Le bois d'If a une réputation sombre voire terrifiante. Ce qui est sûr, c'est qu'aucun possesseur de baguette en bois d'If ne fut médiocre. C'est à toi de suivre ton propre chemin.

Il reste silencieux un instant alors qu'il observe Ascètyl.

- J'espère que tu en feras bon usage. Ta sœur sombre te sera sans doute la chose la plus fidèle en ce monde, mais il vaudrait mieux que ce soit pour des motivations louables. Tu peux rejoindre Sorin maintenant.

Holivan lui lâche le bras et incline légèrement la tête. Ascètyl n'arrive pas à contenir ses tremblements face à l'air solennel du sadida. Mais il est sûr que jamais il ne prendrait la direction du mal. Il le salue en retour, et bien qu'il veut répondre à ses avertissements, il s’efforce de se taire pour ne pas faire attendre Sorin davantage.

Lorsqu'il atteint l'entrée du Relais, Sorin parle avec Blou, l'osamodas géant. Il se retourne pour faire face à Ascètyl.


- Bien, nous pouvons partir. Bois la potion que je t'ai donné tout à l'heure.

Il sort de son sac la potion couleur pourpre et retire le bouchon. Le garçon imite les gestes de son mentor.

- Prenez bien soin de Dragonia pendant mon absence.

Il boit le contenu du flacon puis disparait aussi vite ne laissant derrière lui qu'un nuage de vapeur pourpre. Ascètyl s'empresse de faire de même et avant qu'il n'ait terminé de boire, l'osamodas le regarde d'un air amusé en ricanant.

- Bonne chance !

Il ne comprend pas, la peur l'envahit mais il est trop tard. Son estomac lui fait mal comme s'il était prit de nausées. Il sent ses membres se tordre et s'arracher. Sa vision commence à devenir flou, puis il ne voit plus rien que le noir.






Dernière édition par Pantaleimon le Ven 24 Avr 2015 - 15:57, édité 7 fois
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Pantaleimon
Chouchou des Dieux
Chouchou des Dieux

Pantaleimon

Mar 16 Avr 2013 - 15:47






Une aspiration... c’est comme sombrer au fond des océans, se noyer, ne plus pouvoir respirer. Puis remonter à la surface. Prendre une si grande bouffée d’air que cela en fait souffrir les poumons.

C’est la première fois que Ascètyl utilise une potion de rappel, et il s’en souviendra. Quand le processus de téléportation prend fin l’obscurité absolu laisse place à une déferlante de lumière. C’est le soleil qui éblouit ses yeux. Il n’arrive pas à tenir debout, il a l’impression que ses jambes viennent tout juste de lui revenir. Il s’écroule alors par terre sous le regard amusé de Sorin.

Autour d’eux il n’y a que des ruines, les restes d’un passé lointain de la civilisation sur lesquels la nature a reprit ses droits. Des racines et une vaste végétation avaient déjà bien proliféré sur ce qui devait être, avant le chaos d’Ogrest, un lieu habité.

- Tu n’as jamais entendu parlé de cet endroit ?

Il s’avance et admire le panorama.

- Tainéla ! On raconte que ce fut le berceau de la civilisation. Aujourd’hui ce n’est plus qu’un  t’as de pierre et d’herbes folles.

Le jeune éniripsa observe la scène qui d’après Sorin fut le témoin des premiers pas de l’histoire du monde des Douze. Même s’il a du mal à croire qu’un simple amas de cailloux puisse être une telle relique du passé, il a le sentiment étrange qu’une énergie émane de ces ruines.  

- Mais... qu’est ce qu’on vient faire ici ?

- Cet endroit n’est pas qu’une épave. Suis moi.

Au milieu des fortifications délabrées, Sorin le mène à l’intérieur d’une des bâtisses. Il sort une longue dague pour pouvoir se frayer un chemin dans les branches qui y avaient élu domicile. Au fond de l’édifice on découvre un autre univers, un monde préservé de l’espace sauvage qui avait envahit Tainéla. C’est sombre et les pierres accusent le poids des années... des siècles... mais Ascétyl s’y sent en sécurité. Les deux éniripsas s'engouffrent dans un passage qui serpente dans les entrailles des ruines. Le corridor est étroit, fastidieux. Quelques pierres du plafond se sont effondrées à certains endroits du couloir laissant au soleil des percées de lumières qui donnent au lieu un air spirituel.

- On y est presque.

Le bout du tunnel. Le disciple se retrouve face à un cul-de-sac, la pièce est vide. Il n'y a rien d'autre que des statues de créatures mi-homme mi-oiseau. Sorin lui dit que selon la légende, ces créatures étaient des émissaires des dieux, envoyés pour guider les aventuriers dans leurs quêtes. Au fond trône un oeuf géant contre un mur. Sorin s'avance et plante sa dague dans la coquille. Des craquelures se forment, l'oeuf se brise. À l'intérieur un fin voile bleuté et cristallin brille, ondule.

- Mais... c'est un zaap !

Sorin ricane.

- Tous les moyens sont bons pour dissimuler ce qui doit rester caché.

Il tend sa dague à son disciple puis s'avance vers le voile magique.

- Tu vas en avoir besoin.

- Quoi ?!

Trop tard, il a déjà disparu dans le portail. Aussi vite, la coquille de l'oeuf se reforme comme si rien ne s'était passé.
Il sait ce qu'il doit faire. Il imite alors les gestes de son mentor et plante la pointe de la lame dans l'oeuf. Le voile réapparaît, il hésite. Après l’expérience de la potion de rappel il n’a pas vraiment hâte d’user à nouveau de la téléportation. Il est encore temps. Il pourrait s’enfuir. Rebrousser chemin, sortir de ces ruines. Et puis quoi ? Il ne sait pas où se trouve cette fameuse Tainéla, que ferait-il une fois à l’extérieure ? Non... il faut qu’il y aille.

Ça y’est. Il plonge. La traversée des eaux. Passer à travers le miroir. Le processus est plus rapide que la potion, les sensations aussi son différentes. Ici c’est une compression affreuse qui l’écrase comme pour le réduire à une taille extrêmement petite. Puis se faire immédiatement étirer au maximum. Ne voir que du bleu, la mer, le ciel, il ne sait pas trop. Le voile le crache en dehors avec violence. Il est arrivé. Il atterrit au milieu d’une longue table.

- Il en a mit du temps...

La voix vient d’un homme habillé d’une cuirasse dorée assit en face de lui. D’autres hommes et femmes sont installés le long de la table, ils sont dix. Au  bout, sur une chaise semblable à un trône, Sorin.

- Calme-toi Noht, nous ne sommes pas pressés.

L’homme cuirassé hausse les épaules avant de croiser les bras. Ascétyl est mal à l’aise, il essaie de se faire discret et se relève doucement pour descendre de la table.

- Ne bouge pas. Tu es bien placé pour voir tout le monde... et que tout le monde te voit.

Une sram au visage masqué par un foulard éclate de rire. Aussitôt un crâ élancé et longiligne se lève.

- Nous sommes les Dix Épées, un groupe de mercenaire au service de Sorin. Si notre maitre t’as amené dans notre antre c’est qu’il veut faire de toi un des nôtres.

- Laisse moi rire !

Silence.

- Comme tu peux le voir nous ne sommes pas tous convaincus par la décision de Sorin, certains pensent que tu n’as rien à faire parmi nous, il ne tient qu’à toi de prouver le contraire.

Sorin tapote le bois de son trône. Il se racle la gorge.

- Bien, laissez moi seul avec notre petit protégé.

Les dix mercenaires se lèvent et disparaissent dans les différents couloirs qui donnent sur la grande salle circulaire.

- Noth. Aquilon. N’allez pas trop loin, vous l'emmènerez ensuite dans son nouveau chez lui.

Ils acquiescent puis s’éloignent avec les autres.
Ascètyl s’est assi en tailleur au milieu de la table, le visage caché dans ses mains. Il sent la main de Sorin se poser sur son épaule.

- Ça va aller. Fait moi confiance. Ils peuvent te paraître impressionnants mais fut-un jour où ils étaient comme toi. Chacun d’entre eux, tous, je les ai recueilli quand ils étaient encore enfants. J’ai parcouru le monde des douze à la recherche des meilleurs potentiels. Je sais bien m’entourer.

Son jeune disciple l’écoute à moitié, il a du mal à le croire.

- Mais pour réunir les plus grandes puissances il faut choisir des personnes qui ne se sont pas encore réalisées. Des matériaux brutes aux infinis possibles. Une fois que je trouve l’enfant qui me semble posséder les qualités nécessaires, je l’entraîne, je le façonne pour en faire un champion.

Il regarde les cheveux sombres de son disciple, lui ébouriffe sa tignasse puis soupire.

- Je me fais vieux, et je n’ai pas encore trouvé le moyen d’être éternel.

Il commence à s’éloigner vers l’un des couloirs.

- Si je t’ai amené ici, c’est que je crois que tu possèdes en toi la nature d’un meneur. Lorsque j’aurai fini de te former je veux que tu me remplaces et que tu prennes la tête des Dix Épées.

Sa silhouette disparaît dans l’ombre du corridor.

- Il est fou ! Pourquoi je l’ai suivi... il faut que je quitte cet endroit !

L’éniripsa descend de la table, il se met à courir vers le zaap qui l’avait amené ici.

- Tu es prêt ? On y va.

Le cra est déjà là accompagné par l’homme appelé Noth, il l’attrape par le col et le fait avancer.

- On va te montrer tes quartiers.

Très vite il se rend compte que le passage qu’ils empruntent est en fait un long escalier en colimaçon qui semble monter à l’infini. Ascètyl se demande comment il pourrait s’échapper, il faut qu’il trouve un moyen, il ne peut pas rester ici.
Il ne comprend pas comment il a pu être aussi stupide pour suivre un inconnu simplement par ce qu’il lui promettait de lui offrir de quoi ne pas répéter ses erreurs...

Au sommet de l’escalier, un autre couloir. Des cristaux violets sont incrustés le long des murs. Il a l’impression de reconnaître la même stasili que Sorin avait utilisé pour faire fonctionner la machine du Relais. Au fond du couloir une immense porte entièrement faite de ces cristaux.

- C’est quoi cet endroit ? Pourquoi ma chambre est si éloignée du reste de l’Antre ? On dirait... une geôle...

Il sent que Noth resserre son emprise autour de son cou. Les griffes de ses gants faits du même métal que sa cuirasse s’enfoncent dans sa peau.

- Tu me fais mal !

- Sorin a dit que ta chambre serait spéciale. Que ton entrainement y commencerait dès maintenant.

Noth ouvre la porte en stasili, une vague de lumière bleue déferle dans le couloir. Il envoie le gamin valser dans la pièce puis referme la porte d’un geste violent. Un bruit de verrou résonne. Ascétyl est un peu sonné par le choc. C’est étrange... le sol n’est pas le même que dans le couloir... de l’herbe. Il ouvre les yeux, la pièce géode ressemble à un immense jardin. Le sol, les murs, le plafond... l’ensemble sphérique de la pièce est recouvert d’herbes. Partout, il voit une multitude de fleurs bleu luminescentes. Il ne comprend rien. Il se lève et frappe contre la porte.

- Ouvrez !! Laissez-moi sortir !

Il hurle pendant plusieurs minutes et finit par tomber d’épuisement, sombrer dans le sommeil.


.            .            .

Aquilon et Noht redescendent l’escalier.

- Alors c’est quoi cette pièce Noht ? Toutes ces stasili me font dire que t’y es pour quelque chose. Ça sent la technomagie steamer...

- Sorin m’a demandé de construire un caisson, une sorte d’enveloppe de stasis.

Le cra est perplexe, il s’interroge.

- Un caisson ? Pourquoi enfermer le petit dedans ? Il y a quoi à l'intérieure ?

Noth reste silencieux un moment, puis se décide de répondre.

- Un jardin de wakfuli... Il pense que ces fleurs génèrent de l’énergie. Enfermée dans un caisson de stasis cette énergie ne peut s’échapper, elle s’intensifie, se propage...

- Mais si c’est vraiment le cas... il doit y avoir une pression énergétique monstrueuse...

- C’est le premier entrainement pour le gamin, amplifier ses pouvoirs.


.            .            .


Dans la grande salle circulaire une partie des Dix Épées est à nouveau rassemblée autour de la table. Sorin a un grand sourire.

- La première étape est un succès. Nous sommes en bonne voie.

La sram au rire facile ricane une nouvelle fois avant de prendre la parole.

- Vous êtes sûr que ce gamin va survivre à votre traitement de choc ?

Il se lève.

- Il le faut bien. Si même les plus grands alchimistes du monde des douze, les plus grands savants xélors, ont été incapables de s’octroyer l’immortalité...

Il déchire la manche de son bras droit laissant apparaître des marques de nécrose sur sa peau.

- Alors je changerai de corps pour des enveloppes plus jeunes autant de fois qu’il le faudra...





Dernière édition par Pantaleimon le Mer 20 Mai 2015 - 15:16, édité 8 fois
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Pantaleimon
Chouchou des Dieux
Chouchou des Dieux

Pantaleimon

Mar 16 Avr 2013 - 15:48






Ses pas sont rapides et font trembler le chemin de pavé qui le mène à sa maison. Il est surprit par sa femme, très vite il lit dans son regard. Elle sait déjà.

- Tu dois partir maintenant ?!

- Oui, elle a retrouvé sa trace...

Il enfile ses getas en bois de bambou, ajuste son plastron, met son large couvre-chef en bois tressé puis agrippe sa gourde d’alcool.

- Mais pourquoi tu dois partir seul ? Je ne veux pas qu’il t’arrive quelque chose !

Après un long soupir il relève la tête. Il n’ose pas la regarder. Ses yeux sont posés sur sa lance, il l’empoigne, se redresse puis se dirige vers la porte.

- Ses visions sont brouillées... je dois partir en reconnaissance, tu comprends ?

Elle court le rejoindre pour le serrer dans ses bras.

- Je prierai Pandawa pour toi. S’il te plait, revient moi sain et sauf...

Il abaisse légèrement son casque, s’en va.

- Je t’aime.


.            .            .


La salle géode rayonne de la lumière émise par les fleurs de wakfuli. Au centre, un corps faible et abimé se recroqueville sur lui même. Il est méconnaissable. Le rayonnement titanesque de wakfu qu’on lui a fait subir a complètement altéré son corps. Ses yeux et ses cheveux ont perdu leur couloir noir insondable pour devenir aussi bleu et lumineux que l’énergie vitale.

Une immense faiblesse émane de son corps. Il a perdu toute notion du temps et serait incapable de dire combien de temps il s’est écoulé depuis qu’il a été enfermé dans cette pièce. Les murs de sa prison lui avaient semblé rétrécir, prêts à l’écraser.
Il n’est plus capable de penser, son esprit s’est engouffré dans les tréfonds dans l’espoir d’esquiver la souffrance.

Son corps est frappé par des crises de convulsion à intervalle régulier. Les tremblements sont violents, secs, mécaniques. Sa bouche se déforme comme s’il voulait pousser des cris mais aucun son n’en sort.

- Il ne va plus tenir encore longtemps…

Aquilon s’éloigne de l’interstice en verre qui lui permettait d’observer l’intérieure de la salle géode. Il se tourne vers Noth qui était adossé contre le mur d’en face.

- On doit dire à Sorin d’arrêter. S’il ne veut pas d’un corps brisé il faut sortir le gamin maintenant !

Le steamer grogne légèrement avant de se redresser.

- Très bien…

Il déboule dans les escaliers pour rejoindre la salle circulaire, tous les autres sont déjà installés le long de la grande table. L’homme à l’armure dorée s’apprête à ouvrir la bouche mais il est immédiatement interrompu par Sorin.
Il observait une sphère aqueuse et luminescente, en un geste de la main. Il la traverse la faisant aussitôt s’évaporer.

- La matriarche a retrouvé la trace du gosse, elle nous a envoyé un de ses minions en reconnaissance. Il est déjà dans les ruines. S’il veut absolument nous trouver, nous allons lui aider. Noth, dit à Aquilon de ramener le petit ici.

Il lève les yeux au ciel puis s’exécute. Le crâ hoche la tête quand Noth finit son court discours. Aquilon empoigne la porte du caisson, elle lui résiste à cause de la pression énergétique qui se trouve à l’intérieure. Il tire de toutes ses forces et la porte s’ouvre dans un énorme fracas. Une vague d’énergie bleue s’échappe de la salle géode et propulse Aquilon contre le mur d’en face. Noth abaisse la visière du casque de sa cuirasse dorée et se lance dans le caisson fait de stasili.

Il lutte contre la déferlante de wakfu pour atteindre le corps inerte du gamin. Lorsqu’il arrive enfin à son niveau le steamer lui attrape le bras puis le traine en dehors de la pièce. Noth et Aquilon se précipitent contre la porte qui finit par céder, fermée à nouveau le crâ se laisse glisser jusqu’au sol d’épuisement. Il relève la tête pour observer l’éniripsa.

- Ça l’a changé…

Le steamer tape l’épaule de son camarade puis relève le gosse en passant son bras au dessus de sa tête cuirassée.

- Espérons en mieux.

Les trois redescendent le long escalier en colimaçon pour rejoindre la salle de la grande table. Lorsque Sorin aperçoit la silhouette de son jeune protégé un sourire déforme ses lèvres.

- Notre cher ami semble prêt à temps. Il ne nous reste plus qu’une seule chose à lui faire faire avant de passer à la dernière et fatale étape.

Il ricane un instant, un puissant vacarme l’interrompt. C’est le garde de la matriarche qui apparait dans l’ombre du couloir. Il arrive derrière Noth et Aquilon, il pointe sa lance dans le dos du cra.

- Ne bougez plus ! ou je transperce votre pote de part en part.

Il appuie la pointe de sa lance contre son dos comme pour mimer ses mots.

- Vraiment… ? dites-moi… le vieille vous a-t-elle demandé de transmettre un message ?

Les poings du pandawa se crispent encore plus fort sur la lance.

- Aucun ! Je ne suis là que pour frayer un chemin à la cavalerie ! Tu es fichu Sorin !

Le vieil éniripsa redresse son bras. Les dix épées autour de la table sont impassibles, tous ont un sourire imperceptible sur leur visage.

- Parfait !

Il claque des doigts. Noth empoigne la lame placée le long de sa cuisse droite. Le pandawa perçoit aussitôt le mouvement du steamer et enfonce d’un coup sec sa lance dans le dos du crâ. La pointe transperce son abdomen. Le corps sans vie s’écroule. Glacial, le steamer tranche la gorge du garde. Une gerbe de sang jaillit et le liquide grenat macule la cuirasse dorée de Noth, les vêtements d’Ascétyl… son visage.

Ses pupilles se dilatent. Un éclair le traverse. L’éveil.
Cet homme… un des gardes qui l’avaient vu grandir, qui l’avaient sermonné, qui lui avaient couru après à travers la forêt pour le ramener au temple de la matriarche…
Il rapproche sa main de son visage, tremblant, il touche le liquide chaud. Il recule sa paume… voit le sang.

Il crie.

Sorin se rapproche de son protégé, lui tient les épaules et le regarde dans les yeux.

- C’est elle, elle l’a envoyé pour toi. Si je t’ai fais enfermé c’était pour ta sécurité. Pour te protéger.

Il est complètement perdu. Ses yeux hagards cherchent désespérément un refuge mais ils ne font que revenir sur le visage de Sorin.

- L’idée que tu ne lui appartienne plus l’insupporte… Elle préfère éliminer le don que tu possèdes plutôt que de le savoir à l’autre bout du monde. Elle en enverra d’autres, Ascétyl. Tant qu’elle n’aura pas atteint son but elle continuera à te poursuivre.

Il secoue la tête en marmonnant un non inaudible.

- Ce ne sont que ses chiens de garde, ils veulent ta perte !

Le vieil éniripsa lui attrape le visage et lui montre le cadavre d’Aquilon.

- Regarde ! ce chien n’a pas hésité à tuer un des nôtres quand Aquilon s’est interposé pour te protéger ! Nous sommes ta famille à présent. Tant que la matriarche sera vivante, ta famille sera en danger…

Il se rapproche du corps, serre le poing sur son torse ensanglanté.

- Nous devons frapper en premier. Les meilleurs des dix épées partiront rejoindre le temple de la vieille et lui feront payer le prix du sang. Je ne veux pas lui laisser l’occasion de nous blesser davantage.

Ascétyl est de nouveau prit de tremblement, il pleure.

- Je… je suis vraiment désolé Aquilon.

Il se jette sur le corps du cra.

- Pardonne-moi !

Le steamer l’attrape par le col pour le relever.

- C’est trop tard, c’est de ta faute ce qui est arrivé ! Arrête de chialer et prend tes responsabilités.

Il renifle et essuie ses larmes.

- Oui… c’est moi qui partirai pour le temple. Ils ne seront pas dans la méfiance. Je risque rien…. je ne veux pas que ce qui est arrivé à Aquilon se reproduise.

Un sourire imperceptible.

- Bien.

Il sort une potion de rappel d’une de ses poches.

- Boit-ça, elle t’amènera directement à ton village natale.

Il porte la potion à ses lèvres, le monde disparaît.
Dès son arrivée l’odeur de l’encens vient à lui. La matriarche avait-elle déjà perçu la mort du garde ? Il abaisse sa capuche, se dirige vers le temple d’un pas tremblant. La perspective de ce qu’il s’apprête à faire le hante à chacun de ses mouvements. Il se demande comment il pourrait s’y prendre. Sa main vacillante  cherche dans les pans de son manteau sa précieuse baguette. Une vague rassurante parcourt son corps lorsque ses doigts rencontrent le bois de sa Soeur Sombre.

Face à la grande porte du temple les deux gardes reconnaissent la silhouette du garçon.

- Ascétyl c’est toi ?!

L’éniripsa dégaine sa baguette et la laisse guider son bras.
Le monde savait qu’un éniripsa avait terminé d’assimiler les préceptes de sa déesse lorsqu’il avait apprit l’art de soigner—mais le monde préférait oublier que pour qu’un Homme puisse guérir une maladie, une blessure ou un poison, il fallait qu’il en connaisse le moindre mécanisme.  Une telle connaissances des affres de la mort faisait autant d’eux des soigneurs hors pair que des criminels en puissance.

Il prononce les mots insondables d’Eniripsa, qui pour les disciples de n’importe qu’elle autre dieu s’apparentait davantage à un quelconque charabia plutôt qu’un langage mystique. Le long voyage qu’il avait parcourut avec Sorin pour finalement atteindre l’Antre des dix épées avait aussi été l’occasion d’entamer son entraînement.  Ascétyl réalise alors qu’il lui avait apprit bien plus de sorts offensifs que de mots soignants.

Une flammèche s’échappe du bout de sa baguette pour se jeter contre le garde le plus proche. La flamme parcourt son corps, le brulant à peine de ci de là mais laissant de larges marques cendrées.

- Qu’est ce qui te prend ?!

Les gardes pointèrent leur lances vers lui.

- À quoi tu joues ?!

Il murmure à nouveau des mots de la déesse ailée, sa baguette s’illumine et il dessine au dessus de lui une rune luminescente.
Quand il termine sa gestuelle, la rune explose en une multitude de luciole et aussitôt les marques laissées par la précédente flammèche se mettent à flamber. Il court vers l’autre garde choqué qui regarde impuissant son ami dévoré par les flammes. Le pandawa essaie de retirer l’armure de son ami pour le sauver. Ascétyl en profite pour arracher sa gourde d’alcool. Il pousse le garde pour le faire tomber sur son acolyte en proie aux flammes puis les asperge du lait de bambou fermenté. La réaction est immédiate un immense brasier explose sous ses yeux.

Il ne se controle plus, son esprit s’est à nouveau éteint. Ses yeux étrangement bleu brillent d’une lueur éclatante. Son corps avance, ses mains se posant contre le bois massif de la porte. Il a l’impression qu’elle s’ouvre d’elle même.

- Arrête !

Kain arrive derrière lui, referme la porte et se met face à lui.

- Tes yeux… qu’est ce qu’il t’es arrivé ?!

Le corps déshumanisé se tourne vers les gardes. Kain avait usé de ses pouvoirs aqueux pour éteindre l’incendie. Les deux pandawas semblaient tout de même sans vie.

- Qu’est ce que tu as fais bon sang ! T’es devenu complètement fou !

Une voix sans âme sort de sa bouche.

« Je dois protéger ma famille. Plus de mort. Vous avez tué un membre de ma famille. Vous avez envoyé quelqu’un pour tous nous tuer. »


Kain le regarde abasourdi.

- Quoi ?… On est venu te sauver pauvre idiot ! te sortir de ta prison !

Il attrape la gorge du pandawa, l’étouffe jusqu’a ce qu’il perde connaissance.

À l’intérieure du temple, l’obscurité accentue la lumière de ses prunelles bleues. Il avance jusqu’à la vielle pandawa.

** Te voilà enfin. **

Il ne dit rien. Ses yeux inhumains la fixant sans ciller.

** Tu te doutes bien que je savais que tu viendrais….

Mais cette fois c’est différent. C’est le cycle immuable de notre clan. Il ne peut exister deux liseurs simultanément. Je sens déjà mon énergie quitter mon corps pour se déverser dans le tiens. C’est ainsi depuis ta naissance. Tu te nourris, c’est inévitable, et je suis la source.

L’ultime rite, la dernière étape pour faire de toi un liseur… tu dois me tuer. **


Le rayonnement de ses yeux se met à vaciller.

** Avant ça, tu dois savoir la vérité sur Sorin… **

Un flot de wakfu s’échappe de la matriarche pour traverser Ascétyl.
La vision lui montre un jeune garçon torturant des animaux pour apprendre les mécanismes qui régissent la vie et la mort. Le garçon grandit et se tourne vers les humains pour réaliser ses expériences. Les atrocités qu'il réalise dans l’ombre ne l’empêche pas de briller et de gagner en renom dans la lumière grâce à ses talents. Il le voit recruter les enfants qui deviendront plus tard les membres des dix épées. Il le voit aussi dans sa quête de l’immortalité. Son échec, son désespoir. Sa volonté de réunir des corps jeunes et puissants pour leur voler leur vie. Les dix épée n’étaient qu’un réservoir pour assurer son semblant d’immortalité…

** Cet homme est en quête perpétuelle de puissance. Il a trouvé en toi un talent qu’il ne pourrait trouver nulle part ailleurs. En plus d’un corps jeune tu lui offrais des capacités spectaculaires. Tu ne dois pas le laisser faire !

Mais… le moment est venu. Vient mon fils. Devient le prochain liseur **


Il empoigne la dague que Sorin lui avait donné pour atteindre l’antre, se rapproche de la matriarche. Il bande son bras. Plante.

Kain s’est interposé pour recevoir le coup à la place de la matriarche.

- Je ne te laisserai pas faire ça ! Tu ne deviendras pas liseur ! Pas pour que Sorin te prenne le don.

Le pandawa arrache la dague plantée dans son thorax.

- Je suis tellement désolé mère….

Il laisse échapper un cri de désespoir alors qu’il tranche la gorge de la matriarche. Le sang gicle sur les deux assassins. Kain lutte pour respirer. Il appuie avec ses mains sur sa blessure mais ne peut arrêter l’hémorragie. Il s’écroule contre Ascétyl.

Le sang de Kain, de la matriarche sur ses mains le réveillent. La lumière de ses yeux s’éteint.

- Non … !

Le pandawa sourit.

- Je suis désolé Ascétyl, pour tout ce que j’ai pu te faire endurer.

- Tais-toi ! Je.. je vais faire quelque chose !

Il sort sa baguette mais il a beau réfléchir il ne parvient à trouver aucun sort de soin que Sorin aurait pu lui enseigner. Il ne lui en avait apprit aucun.

- Écoute… après ton départ, on a trouvé quelque chose. Un coffret qui appartenait à ton père. Nous ne l’avons pas ouvert, on a pensé que c’était ton privilège de le faire. En espérant que tu reviennes nous l’avons rangé dans l’auberge. Tu devrais y aller maintenant ! D’autres gardes vont arriver. Laisse moi, va-t-en !

Il pleure encore.

- Arrête de pleurer, va-t-en je te dis !

Le pandawa lutte pour prononcer le moindre mot. Il tousse du sang.

- Laisse-moi, je ne pouvais rêver meilleur mort qu’en protégeant le don familial…

- Je suis… désolé.

Il essaye d’essuyer ses larmes qui ne s’arrêtent pas. Il n’arrive pas non plus à calmer ses tremblements. Ses jambes sont molles et il tombent à plusieurs reprises alors qu’il court pour rejoindre l’auberge.





Dernière édition par Pantaleimon le Ven 24 Avr 2015 - 15:59, édité 22 fois
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Chouchou des Dieux
Chouchou des Dieux

Pantaleimon

Mar 16 Avr 2013 - 15:48









L’auberge se dresse devant lui. Dans le lointain il entend le cri des gardes qui se rapprochent vers le temple. Ils découvriraient bientôt le corps de Kain et de la matriarche. Des sanglots font trembler sa poitrine. Il pénètre dans l’auberge les jambes toujours tremblantes. Seuls quelques jours s’étaient écoulés depuis qu’il avait quitté le village. Pourtant en observant les boiseries familières de l’auberge, il a l’impression d’être revenu après une éternité.

Kain ne lui a pas dit où chercher le coffret, mais il n’avait pas besoin de le faire. Il sait. À toute vitesse, l’éniripsa monte les escaliers qui mènent à la chambre de sa mère. Il se souvient… la dernière fois qu’il était parti de cette chambre il avait quitté le corps de sa mère pour suivre les monts et merveilles que Sorin, l’usurpateur, lui avait promit. Il revoit à nouveau les visions qui lui avaient révélé la vérité sur son mentor.

- Je m’en veux tellement…

Au bord du lit, il aperçoit le coffret. Une petite boîte d’un bois sombre, presque rouge. Les derniers rayons de soleil qui transpercent la fenêtre viennent projeter des reflets dorées sur la couleur grenat du coffret. Des moulures de cuivre et de bronze scintillent sur les quatre coins de la boîte. Au centre un sigil fait d’ivoire lui rappellent étrangement ces créatures que l’on appelait « shushus » dont sa mère avait pu lui raconter les histoires les jours où il voulait entendre des contes qui font peur.  Juste en dessous du sigil on pouvait lire une gravure en bois plus clair. Famille Cradennaej. La famille de son père avant qu’il ne rejoigne le clan de la matriarche. Il se décide enfin à ouvrir le coffret, à l’intérieure un écrin de velours pourpre contient un fin parchemin immaculée.

- Quoi ?! mon père m’a laissé une feuille vierge !  

Il arrache le parchemin du coffret. À bout de nerf il s’apprête à le déchirer mais la lumière du soleil qui atteint le vélin fait apparaître des inscriptions dorées, presque irradiantes. C’est une carte.
Les gardes interrompent sa découverte. Ils atteignent bientôt l’auberge. L’éniripsa enroule le parchemin pour le ranger dans la sacoche attachée à sa ceinture puis s’échappe par la fenêtre. Il se sert de ses ailes ridiculement petite pour ralentir sa chute. Il les entend monter l’escalier. Il se jette en courant vers la forêt.
Les indications de la carte lui semble très claire. Il avait immédiatement reconnu les champs de blés, la colline et… le grand saule. Pourquoi cette carte devait-elle le ramener là où il avait découvert le corps de son père ? Il continue de courir à travers les feuillages et les branches. Il juge être assez loin du village. Il se laisse tomber au sol pour reprendre son souffle.

La fatigue lui fait entendre le rire mauvais de Sorin. Sa main se porte machinalement dans sa sacoche, ses doigts rencontre le verre des différents flacons qui contenaient les décoctions que son mentor lui avait donné. Il ressort une des potions de rappel.

- Je dois l’arrêter… je ne peux pas juste m’enfuir et espérer qu’il ne me recherche jamais.

Il regarde la carte laissée par son père.

- Je suis désolé Papa, ça attendra encore un peu.

Il boit une gorgée de la potion puis disparaît dans un flash. La lumière tamisée du Relais lui donne une sensation agréable. Il s’était senti si bien ici. La chaleur du bois, les étagères pleines à craquer d’objets plus étranges les uns que les autres. En vérité cet endroit cachait les hideuses expériences de Sorin. Il est apparu dans le fond. À côté de Dragonia, elle est toujours attachée là où Sorin l’avait laissée. Il la caresse doucement puis se dirige vers l’entrée, là où se tiendrait Holivan et Blou.

- Qu’est ce que tu fais ici gamin ?

Le mastodonte osamodas s’était avancé dans le couloir, son immense masse fermement empoignée.

- Sorin ne nous a prévenu d’aucune arrivée, quand on a entendu la détonation d’une potion de rappel on s’est préparé à toutes éventualités.

Holivan se tient lui aussi en position de défense, armé de son long bâton sadida.

- Pardon… écoutez, je ne peux pas perdre de temps. J’ai besoin que vous m’aidiez à arrêter Sorin. Il n’est pas aussi bon que ce que l’on raconte.

Le géant à la peau bleu éclate de rire.

- Tu crois qu’on est pas au courant ?!

Le sadida range son bâton derrière son dos.

- Je vais t’aider…

- Heu… quoi ?! Tu te fous de moi Holivan, t’es pas sérieux ?

- Je ne peux plus fermer les yeux sur toutes les atrocités auxquelles j’ai participé… même de loin. Je veux me racheter, je ne supporte plus de voir le sang sur mes mains.

L’osamodas frappe contre le mur faisant trembler les étagères qui y étaient accrochées.

- Je le crois pas… Qu’est-ce que tu me ferai pas faire vieille branche. Si je ne t’en devais pas une je te promet que je te laisserai te débrouiller avec ce merdier !  Puis après tout… ça fait longtemps que Goliath n’a pas cassé de la gueule.

Il fait tourner sa masse entre ses mains.

- Je savais que tu ne pourrais résister à la perspective d’une grande bataille mon ami !

Il lui fait une tape sur l’épaule. Il fait signe à Ascétyl d’attendre avant de partir vers l’étagère de potion de rappel. Il revient avec trois fioles qu’il distribue à ses deux acolytes.

- Vous êtes sûrs de vouloir m’aider ? Je ne sais même pas si nous avons une chance de survivre.

Blou lui donne un gros coup dans le dos.

- Tu m’as bien regardé demi-portion ?

L’éniripsa lui sourit.

- Oui tu as raison.

- Allez, santé les gars !

Ils font entrechoquer leurs fioles et boivent le contenu de la potion en même temps. Le trio se retrouve dans les ruines de Tainéla. Ascètyl retrace le chemin des couloirs délabrés jusqu’à la salle à l’oeuf de pierre. L’éniripsa saisit la dague pour percer la coquille. Ils traversent le voile du zaap et apparaissent dans la grande salle circulaire de l’antre.

- Salut les mecs !

Huit des dix épées se trouvaient à la table. La sram au foulard pourpre ricane tout en prenant la parole. Elle regarde tour à tour le sadida et l’osamodas.

- Vous deux, vous n’avez rien à faire ici. Quant à toi gamin, si t’es revenu… j’imagine que tu as mené ta mission a bien, c’est Sorin qui va être ravi.

Elle rit d’autant plus fort. Ascétyl observe le trône vide à l’autre bout de la table. Il murmure à l’adresse de Blou et Holivan.

- Sorin n’est pas là.

Le sadida pose une main sur son épaule.

- Vas-y, va le chercher, on s’occupe de ceux là.

- Mais ils sont trop nombreux !

- Décidément gamin ! Je vais finir par me vexer.

Sur ces mots, Blou lui lance un clin d’oeil et le pousse en direction des escaliers.

Il se met à courir de toutes ses forces mettant à profit le long entrainement qu’il avait enduré lors de ses courses poursuites avec les gardes de la matriarche.
Au fur et à mesure qu’il monte les marches de l’escalier en colimaçon il entend les prémices de la bataille qui fait rage. À chaque pas ses pensées vont pour Holivan et Blou.

- Je vous en prie. Tenez bon !

À mi-course, il est interrompu par un vaisseau de wakfu qui le traverse. Il lui apporte la vision de Sorin pénétrant dans le caisson de stasis, la prison dans laquelle il avait été enfermé plusieurs jours. Cherchait-il à se faire bombarder d’énergie lui aussi ? Les radiations de wakfu l’aiderait surement à prendre le corps d’Ascétyl. Il continue sa course pour rejoindre son mentor, il espérait, une dernière fois.  

Dans la salle géode, il voit au milieu des fleurs de wakfuli, Sorin agenouillé la tête serrée entre ses mains. Il semble plus vieux encore que la fois où il l’avait quitté.

- Par Éniripsa… Ascétyl comment tu as pu supporter ça pendant des jours ?

Après avoir subit la pression de wakfu des jours durant, rentrer dans le caisson lui semblait presque tolérable.

- Vous avez bien fait d’entrer ici, vous allez me faciliter la tâche.

Il essaie de contenir sa peur pour ne pas qu’elle transpire dans ses paroles. Pourtant sa voix tremble, tout comme le reste de son corps.

- Je vois… je pensais que tu la tuerai plus vite, mais il semblerait que la vieille ait eut le temps de te révéler la vérité.

Il tousse. Il s’efforce de s’aider de ses bras, poussant contre le sol pour tenir face à la pression.

- J’ai vu tout ce que tu as fais… toutes ces monstruosités. Quelqu’un doit t’arrêter, maintenant !

Le vieil eniripsa est prit d’un rire frénétique.

- Dans ce cas, il va falloir t’y prendre très vite mon petit.

Il dégaine sa Soeur Sombre, prêt à en finir. Il la tient avec ses deux mains et la serre de toutes ses forces, puisant dans sa concentration pour le vaincre en un coup.

- Tu penses vraiment pouvoir l’emporter avec les quelques sorts que je t’ai enseigné ? Tu ne connais encore rien de l’art d’Éniripsa.

Ascétyl élève d’un coup sec sa baguette vers le ciel. Des étincelles se dispersent autour de Sorin formant comme un cercle de cendre.

- Tu n’es même pas capable de viser une cible immobile convenablement…

- La pression de wakfu te fait perdre la tête Sorin ? Je n’ai fais que marquer le territoire que mes flammes viendront flamber.

Il dessine une rune au dessus de lui qui finit par exploser. L’explosion de la rune transforme le cercle de cendre en braises flamboyantes. Un torrent de flamme jaillit à l’intérieure du cercle. Les hurlements de Sorin transpercent les craquements du feu qui le ronge. Mais dans les cris, Ascétyl reconnait les mots de la déesse.  Il prépare un sort. Le feu se réduit au rythme que Sorin psalmodie. Le feu éteint ne laisse derrière lui qu’un corps brûlé et squelettique, le peu de chair qui n’a pas été consumé arbore une couleur écarlate et noircit.

Il rit encore.

- Pas assez rapide.

Le vieillard d’os rassemble le reste de ses forces pour lever un doigt en direction d’Ascétyl.   Il revoit la grande salle et les huit des dix épées… il manquait… Il se retourne aussitôt. C’est Noth qui vient de rentrer dans le caisson. Protégé par sa cuirasse il parvient à se mouvoir sans difficulté. Ascétyl prend peur, il s’éloigne de l’entrée pour arriver au niveau de Sorin. À chaque pas de recul le steamer s’avance lui aussi. Il arrive à leur niveau et redresse Sorin qui affiche son sourire terrible. Noth dégaine sa lame, celle qui avait induit la mort d’Aquilon.

- Que… pourquoi ?

Le sang jaillit de la gorge tranchée. Des paroles inaudibles sort de la bouche de Sorin avant qu’il ne s’écroule.

- Si j’ai laissé ce foutu garde tuer Aquilon c’est que je pensais que ce salopard allait utiliser ses sorts pour le sauver. Mais non ! il a préféré conserver toutes ses forces pour voler ton corps…

- C’était le meilleur moment pour venger mon ami. Allez va-t-en, je vais… aider tes potes pour occuper les huit autres larbins. Profites-en pour t’enfuir.


Il regarde le sol avant de sortir de la salle géode. Ascétyl devine ce qu’il a voulu lui dire. Le bruit de pas de course qui provient de l’escalier ne laisse aucun doute. Blou et Holivan n’ont pas survécu. Une fois de plus, il ne peut empêcher ses larmes de couler. Combien de personnes allaient encore mourir par sa faute ? Il n’a pas le temps de s’endeuiller et doit quitter l’antre des dix épée au plus vite.

Il prend une gorgée de la potion qui l’avait ramenée à son village. De retour dans la forêt familière, il ressort le legs de son père pour observer la carte. Il reconnait immédiatement au centre de la carte le saule pleureur que son père affectionnait tant. L’arbre de sa pendaison.

Ascétyl court en direction des champs, là où se trouve la colline du saule pleureur. Arrivé devant l’arbre il lève la carte vers le ciel pour y faire traverser la lumière. Les inscriptions se révèlent à nouveau. Il n’arrive pas à trouver d’autres indices, il la bouge davantage et les rayons de lumière qui transpercent la carte finissent par toucher le tronc de l’arbre.  Les inscriptions se projettent sur les écorces. Elles se détachent et s’écartent formant au centre de l’arbre un trou béant.

Il hésite un instant puis se lance. La chute est interminable, il se cogne contre les racines le long des parois. Il atteint enfin le fond. L’arbre dissimulait une immense caverne à la hauteur incroyable. Seule une lueur surnaturelle éclaire l’obscurité des lieux, elle provient de larves aux carapaces luisantes qui rampent le long des parois.

Devant lui se dresse un gigantesque portail en fer forgé, au dessus des poignées, le même nom qui se trouvait sur le coffret. Il pose ses mains sur les barreaux, les pousse, entre. Une énorme fournaise l’attend. Au dessus il lit « Éclaire ton chemin avec le feu éternel d’Ignemikhal ». Il empoigne une des torches entreposées autour de la fournaise et la plonge dans le feu rougeoyant.

La lumière du feu projeté sur les parois du couloir font apparaître des frises illustrant la famille de son père. On y voit un clan anobli par un étrange roi. Vêtus d’armure, des chevaliers semblent affronter des créatures démoniaques, des shushus. Ils enferment les démons dans des objets magiques. Des épées, des capes, des amulettes… La fin de la frise montre le clan familial encerclant une lame immense pourvue d’une multitude d’yeux scellée dans un socle de verre.

- Qu’est-ce que… ?

Le couloir donne sur une salle circulaire dont les murs sont remplis de centaines de livres. Au centre trône un puits comme celui de la fournaise à l’entrée du corridor. Il lance sa torche dans la cavité faisant éclater un magnifique brasier qui illumine toute la pièce. Il est immédiatement attirée par ce qu’il croit être le socle de verre qu’il a vu sur la frise. Il n’y a pourtant aucune lame à l’intérieure. À la place, il voit un étrange blason dans un écrin de soie pourpre. Il sourrit.

- C’est ça ? C’est ce que tu voulais que je trouve papa ?

Il ouvre le socle et approche sa main du blason. Il hésite. Le saisit. Au moment du contact, un large oeil rouge apparaît sur la surface du blason. Puis plus rien…
Une prison de cristal s’est formée autour de lui. Il est enfermé dans une stase six pieds sous terre… le corps immobile et le regard horrifié sur l’oeil du blason qui le fixe.

« Enfin ! Le moment est bientôt venu !  »





Je leur dis, qu’évidemment, il ne se doutait pas que le blason était en fait un fragment de la lame shushutée. Celle que la famille de son père protégeait précieusement contre les individus en quête de pouvoir et d’armes démoniaques.

Bien que le fragment ne possédait pas autant de pouvoir que la lame en détenait lorsqu’elle était complète, celui-ci était suffisamment dangereux pour devoir être préservé de toutes menaces. Sans le savoir, il s’était retrouvé au piège dans l’une des protections établies par son père.

Leurs yeux ont eut le temps de s’accoutumer à la lueur du feu de camp et je les surprends à vouloir mieux observer mes traits. Ils semblent étonner de constater que je suis aveugle mais ne se doutent pas un instant que j’ai d’autres moyens de perception.

Ils me disent que le récit ne peut pas se terminer comme ça, que je dois leur dire ce qui est arrivé à Ascétyl par la suite. Je leur réponds qu’ils en savent assez, que je dois maintenant leur parler de la mère du gamin aux masques. Une disciple de sadida pourvue de talents guerriers incomparables.





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Chouchou des Dieux
Chouchou des Dieux

Pantaleimon

Mar 16 Avr 2013 - 15:49
Prologue | Livre I | Livre III









- Non, Ann. Plus haut.

Il lui relève la position de son bras.

- Le coude toujours au niveau du regard.

Il redresse son dos, touchant ses muscles.

- Le dos bien droit. C’est lui qui doit faire le plus gros du travail. Tend la corde jusqu’à ton menton et décoche !

Elle rabaisse son arc.

- Mais il faut que je prenne le temps de viser !

- Non… tes yeux savent où ta flèche doit aller, elle doit être un prolongement de ton regard. Fie-toi à ton oeil.

Elle se redresse, se met en position. Tire.

- Manqué.

Elle frappe la terre battue du pied.

- Tu ne peux pas y arriver du premier coup. Mais tu as bien assimilé la position. Je suis sûr que bientôt tu tireras aussi bien à l’arc que tu manies la lance. Tu es une vraie prodige tu sais.

Elle sourit.

- Merci papa.

Au loin un cri suraigüe résonne à travers les feuillages des arbres.

- Anémone Silveronce ! Rentre tout de suite !

- Vite, range ton arc.

Une femme aux longs cheveux verts sort des feuillages.

- Vous étiez donc là. Ann tu as encore oublié tes cours de bonnes manières.

- Non, maman. Je n’ai pas oublié, je ne veux tout simplement pas y aller !

- Tu n’as pas le choix !

Ann s’enfuit dans les hauteurs, utilisant les arbres pour rester hors d’atteinte. De branche en branche elle court et saute pour rejoindre le village.

- Tu ne t’en sortiras pas comme ça jeune fille !

Elle jette un regard sermonneur à son mari.

- Combien de fois devrais-je te le répéter ?! Nous ne pouvons pas encourager ses talents inavouables ! Tu veux faire de ta fille une paria ?

Depuis son adolescence, quand elle commença à déceler une habilité virtuose dans les arts guerriers, son père et sa mère passaient leur temps à se déchirer par leur désaccord sur le destin de leur fille. Si son père rêvait que sa fille cultive son don, sa mère quant à elle ne pouvait supporter l’idée de la voir s’éloigner des traditions familiales.

- Tu préfères que ta fille respecte tes volontés et qu’elle soit malheureuse toute sa vie plutôt que de la voir s’épanouir dans ce qu’elle aime ?

- Tu ne peux pas balayer les traditions d’un revers de la main, Aulne !

- Arrête un peu avec tes traditions… Ann n’est même pas une vraie Sylveronce.

Elle lui met une claque. S’éloigne.

- On ne se mettra jamais d’accord…

De retour au village, elle trouve sa fille maniant la lance contre les épouvantails du jardin. Elle voit que des voisins l’observent en marmonnant et en ricanant. Elle se précipite sur sa fille pour la faire rentrer dans la maison.

- Mais t’es folle ! Lâche moi.

- Tu n’as pas vu ces gens qui se moquaient de toi ?! Ce n’est pas ton rôle Anémone !

- Je m’en fiche des autres ! Tu entends ?

- Non, Ann... tu ne compr__

- Maman, laisse moi...

Elle lui arrache sa lance des mains.

- Anémone Sylveronce écoute moi ! Nous devons préserver l’honneur de la famille, et comme toutes les filles de Sylveronce tu iras au Royaume Sadida servir la famille royale à la cour. Tu es déjà en âge pour devenir courtisane, très bientôt tu rejoindras les Sheran Sharm et fera honneur à la famille, comme l’a fait jadis ma grand mère, ma mère et moi même.  

La sadida toise sa mère de haut en bas.

- Très bien ! Partons maintenant alors. Plus je serai loin de toi mieux je me porterai !

Elle s’enfuit encore une fois. Dans sa course elle croise des ombres sans y prêter attention et percute un groupe de passants vêtus de manteau sombre.

- Je suis vraiment désolé, je ne faisais pas attention où j’allais.

Le groupe reste silencieux, poursuit leur route sans jeter un regard sur Ann. À ce moment là, elle ne pouvait se douter un instant qu’elle venait de bousculer les individus qui mettraient bientôt à feu et à sang son village.





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Chouchou des Dieux
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Pantaleimon

Mar 16 Avr 2013 - 15:51








Au plus profond de la forêt Ann le trouve enfin, un frêle pommier baigné dans un puits de lumière. Aucun autre arbre ne profite des rayons, seul un parterre de fleur bleu et blanches cerclent le petit arbre. Malgré son apparence chétive, comme sur un piédestal fleurit, la plante se tient fièrement au milieu de cet anneau de verdure.

En se rapprochant du pommier elle se remémore le jour où elle l’avait rencontré pour la première fois. Elle était encore enfant, fuyant dans la forêt pour échapper aux leçons de bonnes conduites de sa mère. Pendant sa course son pied s’était prit dans une racine, se retrouvant face à d’épaisses ronces.  Elle aperçu rapidement la jeune pousse piégée dans la broussaille. C’était la première fois qu’elle s’était sentie comme étant une vraie sadida. Si elle avait toujours montré un talent inouïe dans les arts guerriers, à l’époque elle était bien moins talentueuse dans les techniques de son culte.

Devant le pommier nouveau-né, elle avait l’impression de ressentir sa souffrance comme entendre son appel à l’aide. Pour la première fois elle comprenait la sensibilité de son peuple avec la nature. Elle se blessa en repoussant les ronces pour faire de l’espace autour de la pousse. Les quelques feuilles qu’elle arborait semblaient flétries. Ann tenta de se laisser guider par son instinct et caressa doucement le sol avec ses mains. Quand elle sentit une forte attirance elle enfonça ses mains dans la terre et se concentra. Ses yeux s'illuminèrent de vert et une aura luminescente l’enveloppa aussitôt. Elle avait la sensation que ses mains se propageaient dans le sol environnant, formant des racines, parcourant toute la zone. Le terrain devenant une simple extension de ses bras.

Rien que par sa volonté, elle fit disparaître les ronces qui étouffaient la jeune pousse, les faisant rentrer sous terre. Elle fit écarter les arbres qui empêchaient la lumière du soleil d’atteindre le jeune pommier.  Quand elle eut finit, elle avait créé un trou de verdure au milieu de la forêt. Un puits de lumière et en son centre, le pommier nouveau-né.

Aujourd’hui son protégé avait bien grandit. Elle perçoit caché derrière les feuilles de l’arbre, un unique fruit. Bien rond, les rayons du soleil lui donne un aspect doré. Elle se sent étrangement attirée, elle ne peut repousser cette envie envahissante, elle veut gouter à cette pomme d’or. Elle arrache le fruit doré et croque dedans. L’arôme sucré satisfait complètement sa tentation, mais des cris dans le lointain la surprend. Elle laisse la pomme glisser entre ses mains. Les cris proviennent du village, elle en est sûre.



.            .            .



L’odeur du sang se mêle à celle du feu, transportée par les cendres que le vent souffle. Les étrangers avaient quitté leur manteaux sombres laissant apparaître des corps entièrement tatoués, les arabesques noires contrastant avec leur peau d’albâtre. Ils avaient réunit les villageois sur la place centrale, arraché femmes et enfant de leur maison, traquant les fuyards qui espéreraient se cacher.  Le moindre résistant était flagellé jusqu’au sang, les cris de douleur faisant renoncer toutes nouvelles tentatives.

- Nous sommes vraiment navrés, mais nous n’avons pas d’autres choix. Votre village a été construit sur un important gisement de stasili. Nous en avons besoin.

- Qu’est-ce que vous comptez faire ?! Vous allez détruire le village pour votre fichu minerai ?

- Pour assurer le bien du plus grand nombre des sacrifices sont nécessaires.

Une femme sort de la foule.

- Laissez-nous partir alors. Faites ce que vous voulez du village mais laissez-nous !

- Non… nous avons besoin de votre magie primitive.

Trois des individus tatoués trainent un immense cristal translucide au centre de la place. À la base du cristal un socle de bronze et de cuivre trahit la manufacture technomagique steamer. Ils déroulent du socle quatre longues chaines, attachant les villageois à chacune d’entre elles.

- Puisez dans les forces de la nature comme vous savez si bien le faire. La foreuse reliée au cristal se chargera du reste.

Les sadidas se remémorent le claquement des coups de fouet et obéissent par peur des représailles. L’énergie qu’ils transmettent dans les maillons des chaines déclenche la rotation de la foreuse. Un liquide violet commence à remplir le cristal.


.            .            .


- Je te trouve enfin !

- Papa ! J’ai entendu les cris. J’ai fais aussi vite que j’ai pu.

- Non ! Tu dois partir te mettre en sécurité. Tu te souviens de notre secret ?

Elle tourne la tête.

- Oui… je ne viens pas d’ici.  

- Tu es née dans un village pandawa. Ann, je pense que c’est le moment pour toi de retrouver les traces de ton passé.

- Tu as perdu la tête ?! Je ne vais pas abandonner le village alors qu’il est attaqué !

- Je m’en occupe, ne t’en fais pas pour ça. Tu sais que tu peux me faire confiance, ma fille.

Elle le serre dans ses bras jusqu’à ce que son père brise le silence.

- C’est peut être la dernière occasion pour renouer avec tes origines.

Il pose une carte pliée dans ses mains.

- Suit ces indications. Va !

- Merci Papa…  

Il la regarde s’éloigner puis se retourne pour rejoindre le village. Le vent souffle sur les pans de sa veste laissant entrevoir sur son ventre les mêmes marques tatouées sur le corps des étrangers.

Elle se demande ce qui s’est passé, hier encore elle aurait tenu tête à son père et se serait précipitée pour sauver son village. Aussi invincible se croyait-elle. Pourtant, elle continue à rebrousser chemin mû par cet étrange sentiment de ne pas avoir été maîtresse de sa décision. La carte que lui avait donné son père ne ressemblait à aucune autre, elle n’était pas constituée de tracés, de plan. C’était en fait une succession de runes sadida, indiquant les directions à prendre, les arbres dont elle devait se servir comme repère, comment elle devait se positionner face au soleil, les étoiles qu’elle devrait suivre.

Les choses sont beaucoup plus simple pour elle de cette façon. Elle sait que très vite elle trouverait le chemin que son père avait esquissé pour elle.


.            .            .


Une détonation démente résonne à l’autre bout de la forêt. Une explosion de fumée violette déferle, formant un dôme vaporeux.
Il ne reste du village qu’un creux immense et vide. Un trou noir. En son épicentre, le cristal devenu opaque et violet. Aulne se rapproche du cristal et fait glisser sa main le long de sa paroi. Il se tourne vers ses acolytes.

- Tout va bien, le cristal n’a fait que relâcher le surplus d’énergie qu’il ne pouvait emmagasiner. Il est complet.

Il s’éloigne du cristal.

- Vous pouvez remballer.

Les étrangers s’affairent autour du cristal pour le transporter. Aulne marche dans les décombres, les cadavres des villageois écrasés sous l’amoncellement des débris issus de l’explosion. Il aperçoit sa main entre les gravats. Il se baisse pour la tenir.

- Pardon Rorose… mais ne t’inquiète pas. Notre fille est hors de danger.


.            .            .



La carte l’avait amenée ici. Devant ce grand saule fièrement dressé sur cette colline au milieu des champs. Elle caresse les écorces de l’arbre tout en faisant le tour.

- C’est tout ? J’ai abandonné le village pour toi ?

Le vent soulève ses cheveux et lui laisse une impression de murmure. Elle plaque ses mains contre le sol et finit par ressentir les pulsations irriguées par les racines. Elle se revoit face au pommier puis vide son esprit pour rentrer en communion avec l’arbre. Comme elle l’a toujours fait avec son protégé.

Elle ressent ses rameaux, son feuillage, ses racines… et cette cavité. Elle perçoit la caverne sous l’arbre. Le passage dans le creux de son tronc. Elle insuffle son énergie dans les racines pour forcer l’ouverture. Les écorces se séparent, le tronc se divise. La porte est ouverte. Elle pénètre le terrier pour rejoindre la caverne ensevelie. Six pieds sous terre, elle se retrouve face au portail en fer forgé déjà ouvert. La galerie est éclairée par les deux brasiers se situant à chaque extrémité. Elle avance sans prêter attention aux fresques au dessus d’elle. Quand elle arrive à l’autre bout du couloir elle cache ses yeux pour s’accoutumer à la lumière de l’incandescence.

Alors elle se rend compte qu’elle n’est pas éblouie par le puits de flamme mais par le prisme de cristal qui se trouve derrière, la lumière qui le traverse se décompose, s’élargie et rebondit sur les différentes facettes. Quand ses yeux se sont enfin adaptés au halo de lumière elle découvre l’impensable. Enfermé dans la stase cristalline, le corps d’un garçon de son âge fixe un blason qu’il tient fermement dans sa main droite.

La base du cristal semble provenir de quelques racines apparentes. Le prisme paraît être directement lié à l’arbre. Peut être serait-elle capable de lui ordonner de libérer le garçon. Elle pose délicatement ses mains sur les racines. Elle rassemble toutes ses forces pour rentrer en contact, elle ressent à nouveau l’entièreté de l’arbre, toutes ses ramifications. Chaque communion lui donnait le sentiment d’abandonner son corps pour devenir le végétal, constater la multitude de connexion avec le reste de la sylve, le mariage vitale avec la terre. Cette fois elle sait qu’elle ne pourrait tenir encore longtemps.

Forcer l’entrée de la cavité lui avait demandé beaucoup d’énergie, briser cette prison stase en demanderait bien plus, mais elle se devait d’essayer. Une sensation étrange émanait de ce garçon, elle devait le libérer. Sa vitalité la quitte peu à peu pour devenir la sève de l’arbre. Il ne lui facilite pas la tâche, elle le sent protester, il ne la laisse pas briser la prison de cristal. Dans un ultime effort elle insuffle ses dernières forces avant de s’évanouir. Dans l’obscurité terriblement silencieuse et froide, un craquement de verre brisé résonne au sein des ténèbres. Éclats.





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Mar 16 Avr 2013 - 15:51








Ses yeux s’ouvrent devant des fragments de cristal dispersés sur le sol. Elle relève la tête pour voir le garçon qui l’observe. Les ailes que son dos arbore exposent son appartenance au culte d’Eniripsa. Ses vêtements semblent bien trop petits pour lui, comme s’il avait continué à grandir à l’intérieur de sa prison de stase. Il la dévisage.

- Combien de temps ?

Elle le regarde, surprise.

- Quoi ?

- Ça fait combien de temps que je suis enfermé ici ?

- Je n’en sais rien, je viens juste de trouver cet endroit…  

Il étire ses bras pour tester la longueur de sa veste, ses épaules bloquent le tissu.

- Longtemps il semblerait…

Il regarde dans les alentours et reconnait, proche des étagères pleines de livre, le type de vêtement que portait autrefois son père. Il se déshabille sans prêter attention à la fille face à lui. Ann sursaute et détourne le regard pour cacher ses joues empourprées. Une fois l’uniforme de son père enfilé, il ajuste ses manches se rendant compte que le temps passé dans la cave se mesure en année. Il observe un instant le blason dont l’oeil a disparu.

- Je vais avoir besoin de ton aide.

Elle le fixe avec stupeur.

- Quoi ? Attend, je n’ai pas__

L’eniripsa pointe du doigt la fresque dépeinte sur les murs du couloir.

- Je dois retrouver le shushu de cette peinture.

- Hein ? … mais il y a des chevaliers pour ça… l’emprisonnement de ces démons est l’affaire de l’Ordre des Gardiens de Shushu.

- Je ne veux pas l’emprisonner, je dois l’aider.

Elle sursaute encore une fois.

- Aider un shushu ?! Tu as complètement perdu la tête… enfin j’imagine qu’il n’y a rien d’étonnant à cela si on considère le temps que tu as passé dans ce caillou.

- J’ai passé tout ce temps en sa seule compagnie.

Il montre le blason.

- C’est avec ça qu’il a pu communiquer avec moi. Il m’a raconté toute son histoire, il a besoin de mon aide.

Il baisse la tête.

- En vérité c’est nous tous qui avons besoin de lui. Si nous ne l’aidons pas… le monde des Douze court à sa perte.  

Elle se revoit courir dans la forêt en direction des cris provenant du village, le bruit de détonation qui avait résonné dans toute la sylve. Plus elle y pense plus elle se dit qu’elle a fait preuve d’une lâcheté sans précédent. Ce n’était pas elle.

L’eniripsa lui fait geste de s’asseoir. Autour de la fournaise et baignés dans la lumière projetée par les langues de feu qui lèchent le plafond de la caverne, ils échangent leur noms et une part de leur passé. Il lui relate enfin la fameuse histoire du shushu appelé Reficul. La famille de gardien qui devait assurer sa détention faillit à ses devoirs et bien que mutilé le shushu finit par se disperser dans la nature, demeurant dans chaque fragment de sa prison originelle. Ascétyl lui raconte que Reficul avait en fait trahit le roi des démons Rushu, et qu’il avait profité de sa condition de prisonnier de l’Ordre pour rester loin du souverain cornu.

Sa trahison aurait réduit à néant une de ses nombreuses tentatives consistant à envahir le monde des Douze. Reficul aurait scellé une brèche entre le monde et la shukrute, fief des shushus. Il n'avait pu détruire la brèche complètement, rare sont ceux qui peuvent prétendre être capable d'annuler les maléfices lancés par le terrible Rushu. Le seul moyen qu’il avait trouvé pour la refermer fut de la sceller sous forme de stasis rouge, une forme de stasis encore plus puissante et dangereuse que la forme originelle puisque viciée par la substance de la shukrute. Ce flot d'énergie destructrice risquant de bouleverser l'équilibre du monde, il l’avait déversé dans une fiole dont le verre aurait été formé dans le feu du dragon Ignemikal et donc réputé indestructible.

Il avait caché la fiole dans une forêt impénétrable dont la localisation reste un mystère. Cependant, après le déluge causé par l'ogre légendaire, le monde avait changé. Des villes détruites, des terres disparus, des îles émergées des profondeurs… suite à ce cataclysme Reficul ne sait si la forêt scellée demeure et il s’inquiète de ce qu’il pourrait advenir au monde si quelqu’un venait à mettre la main sur la fiole de stasis.

Il se serait alors servit des fragments de sa prison pour contacter les héritiers de la famille qui avait assuré sa garde. Il était toujours liés à ces morceaux et pouvait les utiliser pour communiquer avec ses propriétaires. Tous ces éclats avaient été transformé en blason qui passaient de génération en génération. Reficul avait pour objectif de réunir ces héritiers pour l’aider dans sa quête, retrouver la fiole et trouver un moyen de la détruire une bonne fois pour toute.


Peut être était-ce à cause des regrets qui la rongeaient, sa fuite face aux dangers qui menaçaient son village, mais elle ne pu se résoudre à rejeter l’appel à l’aide du garçon qu’elle avait délivré. Son histoire de shushu ne l’avait pas réellement convaincue et elle doutait même jusqu’à son existence. Il était difficile de croire aux mots d’une personne qui s’était retrouvée enfermée seule pendant des années.

Pourtant elle se mit à sillonner les quatre nations en compagnie d’Ascétyl à la recherche des autres possesseurs de blason. Rapidement ils parvinrent à former un clan dont le seul but était d’assurer la mission de Reficul. Malheureusement les mois se suivirent et leurs recherches subsistaient infructueuses. Plus elle passait du temps avec lui plus il arrivait à la persuader de l’existence réelle de leur quête. Elle se surprit même à plusieurs reprises à encourager le groupe avec enthousiasme pendant leurs explorations.

Cela ne suffisait cependant pas à les faire atteindre leur objectif et le sentiment de ne pas progresser a finit par démoraliser bon nombre des membres du groupe. Peu à peu la plupart des adeptes du clan ont brisé leur promesse, abandonnant Ascétyl et la tâche qui l’incombe.

Dans le creux d’une falaise qui donne sur la mer, ils sont tous les deux autour d’un feu de camp. La chaleur qui caresse ses joues, le crépitement du bois, l’odeur du feu… lui rappellent leur rencontre dans la caverne sous le grand saule. Elle avance ses mains vers les flammes, elle croit percevoir au sein de la lueur rougeoyante le visage de son père. Depuis tout ce temps elle n’était pas retournée au village, elle ne savait ce qu’il en restait, ce qui était advenu de sa famille.

- Ascétyl, je___

Il se lève faisant face à l’horizon bleue.

- Je sais… depuis tout ce temps nous n’avons pas avancé. Je sais comment trouver la fiole… je t’ai raconté mon passé. Tu sais que je peux percevoir le wakfu. La présence de stasis perturbe les visions. Si je pouvais étendre mon champ de perception au maximum il me suffirait de déceler la zone floue et alors…

Il baisse la tête et serre le poing.

- Mais je ne pense pas être capable d’une telle prouesse, je n’ai jamais pu terminer mon entrainement avec la matriarche… et la cérémonie de passation de pouvoir a été interrompu par Kain…

Elle soupire. Son village devra attendre encore. Elle s’approche de l’éniripsa et pose sa main sur son épaule.

- J’ai peut être un autre moyen, certains sadida privilégiés de la cour royale ont droit de participer à « La Grande Sieste ». Ma mère me racontait que ce rituel faisait rentrer les pratiquants en état de transe, les mettant en symbiose avec le dieu Sadida grâce à l’arbre de vie. On rentrerait alors dans le monde des rêve, des esprits, un passage entre l’éther et le plan astral à la frontière de l’Ingloriom, le domaine des dieux.

Elle réfléchit un instant.

- Notre monde, le plan matériel n’apparaît alors que sous forme de pure énergie. D’après ce que tu viens de dire, dans cet état on devrait être capable de déceler la localisation de la fiole grâce à la puissante émanation de son contenu.

Ann se tourne alors vers l’océan calme. Elle savait que le royaume sadida, où sa mère rêvait de la voir un jour, se trouvait dans cette direction. Quelques heures en bateau au sud ouest de Bonta la ferait avancer vers la destinée que sa mère avait toujours aspiré pour elle.

- Je suis une Sylveronce, les femmes de ma famille ont toujours servi à la cour, en tant que courtisane, suivante… J’étais vouée à servir au Royaume, je ne devrais pas avoir de mal à intégrer la cour.

Il la regarde avec étonnement.

- Mais… tu as dis que seul quelques rares privilégiés pouvait participer à ce rituel.

- Je trouverai bien un moyen… il me suffira ensuite de fuir le royaume et nous pourrons poursuivre notre quête.

Bien sûr elle avait prit cette décision à contre coeur et ne parvenait pas elle même à comprendre comment elle pouvait être prête à abandonner certains des principes qui avait régulé sa vie jusqu’à maintenant, seulement pour poursuivre le but d’un garçon qu’elle venait tout juste de rencontrer.

Elle ne pouvait se le cacher, plus elle passait du temps avec lui plus elle avait la sensation d’avoir retrouvé une partie d’elle longtemps oubliée. Le plus étrange était de se rendre compte d’un tel vide existentiel juste après qu’il eut été rempli.

Dans le bateau en direction du royaume elle revoit sa mère et toutes les leçons qu’elle avait pu lui faire subir alors qu’elle ne voulait rien d’autre que rejoindre son père pour reprendre son entrainement. Elle espère que son calvaire au sein de la famille royale durerait le moins longtemps possible, mais elle avait fait une promesse. Elle ferait de son mieux pour trouver l’emplacement de la fiole et mettre un terme à cette fichue mission dans laquelle Ascétyl l’avait enrôlée.





Dernière édition par Pantaleimon le Ven 24 Avr 2015 - 16:05, édité 6 fois
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Pantaleimon

Mar 16 Avr 2013 - 15:51








Le Royaume arbore ses couleurs d’automne, la parure dorée et carmin des arbres annonce le temps des récoltes. Quand le bateau accoste Ann ne peut cacher son enchantement devant  la beauté des lieux. Un instant elle oublie sa mission, son village… mais la montée des marches qui la mènent vers le palais royal la sort de ses songes. La magnifique reine Sheran Sharm semble ravie d’accueillir une fille Sylveronce et la serre dans ses bras.


Son intégration au sein de la cour fut encore plus simple qu’elle ne l’avait imaginé. Après tout, sa mère n’avait pas tort, défendre la réputation des Sylveronce était peut être une bonne chose finalement. Au bout de quelques jours seulement, la famille royale lui attribua sa place, elle devint la camériste d’une des cousines de la jeune princesse Amalia.  

On lui indique le chemin à prendre pour aller à la rencontre de la jeune altesse. Elle arpente les étroits couloirs en direction de la chambre, des immenses racines en bois clair parcourent les parois comme pour lui montrer la direction.  Elles la conduisent devant une porte en bois d’If, à hauteur d’homme, un blason fait d’améthyste est incrusté dans le bois. La pierre scintillante représente un magnifique iris.

Ann tend sa main vers la lourde poignée en plomb. Elle ne comprend pas pourquoi la chambre se trouve si éloignée du reste du palais, mais alors qu’elle s’apprête à ouvrir la porte, la poignée se tourne d’elle même et derrière le seuil une petite sadida tout sourire l’accueille en faisant la révérence. Malgré la beauté innocente de son sourire elle ne peut manquer l’étrange cicatrice qui défigure une partie de son visage. Elle lui rend un sourire mais ne parvient pas à empêcher son regard emprunt d’émotion. Elle espère se tromper pourtant elle est persuadée d’être face aux raisons de l’isolement de la petite altesse.
 

Elle s’attacha rapidement à la jeune fille, en tant que camériste elle passait la plupart de son temps à l’aider à vêtir ses atours complexes, à lui faire des coiffures sophistiquées. S’il lui semblait être interdit de se montrer au monde extérieure, la petite fille avait droit aux plus grandes attentions comme pour lui faire oublier sa quarantaine. La princesse était très heureuse d’avoir enfin de la compagnie.

Évidemment, elle ne pouvait ignorer sa mission, même si Ascétyl continuait lui aussi ses recherches de son côté, il l’attendait. Et puis… plus vite elle aurait finit, plus vite elle pourrait retourner sur les traces de son village. Chaque jour elle tentait de faire part de sa demande mais l’idée de manipuler celle qui l’appelait affectueusement
grande soeur la laissait plein de remords amères.

Elle finit par dire la vérité à Iris, la jeune princesse. La nature de sa mission, la recherche de l’artefact qui pourrait déclencher un cataclysme plus dangereux encore que le déluge d’Ogrest. Les yeux de l’enfant qui brillaient déjà à chaque fois qu’elle posait son regard sur sa camériste rayonnaient de fascination devant
 sa grande soeur devenue son héroïne. Fière de pouvoir participer au salut du monde, elle s’attela du mieux qu’elle pouvait afin que Ann puisse participer au rituel de méditation au pied de l’arbre de vie.

Si Iris était isolée au fin fond du palais ses parents exigeaient qu’elle médite tous les jours, peut être espéraient-ils que Sadida entende ses prières et prit de compassion, soignerait le visage de leur fille. Pour cette raison elle connaissait le monde spirituel mieux que quiconque et s’y sentait bien mieux que sur le plan matériel. Ses méditations étant devenus une habitude quotidienne, il arrivait qu’elle ne soit pas accompagnée et qu’elle se retrouve seule dans le sanctuaire de l’arbre de vie. Elle attendit ce moment pour accéder à la requête de Ann.



Devant la porte du sanctuaire, elle frisonne d’être si près du but. La dernière étape pour localiser le lieu où se trouve la fiole. L’entrée du temple est régie par un puissant enchantement qui ne la fait s’ouvrir seulement en présence d’un sadida de sang royal. Des filaments lumineux, tels de fines lianes, viennent caresser leur visages pour estimer leurs valeurs. Ils ne s’attardent pas trop à jauger Ann mais se tournent plutôt vers Iris, leurs mouvements  doux et délicats sont des bras ouverts qui accueillent avec tendresse une amie de toujours. Les feuillages formant le portail s’écartent avec grâce telle une révérence. Ann observe un instant l’ouverture. La princesse prend sa main et l’emmène dans le passage qui mène au sanctuaire.

L’atmosphère sombre et bleuté y est reposante. Un véritable miroir aqueux et lisse reflète les multitudes de lumières qui scintillent sur les parois du sanctuaire et sur les branches de l’arbre ancestral trônant au milieu de l’étendu d’eau dormante.

Elle revoit sa mère lui dépeindre cette place sacrée. Elle disait que les lumières émanant de l’arbre représentaient toute une vie sadida, chaque créature du dieu vaudou était directement liée à l’arbre millénaire et chacune d’entre elles tirait leur énergie de la terre grâce à lui.

Iris lâche la main de sa grande soeur, elle saute de galet en galet pour rejoindre l’ilot puis lui fait signe de la rejoindre.


- L’arbre de vie est un pont entre notre peuple et le dieu Sadida, le lien entre notre monde et le monde des esprits.

Au pied de l’arbre elle s’assied en tailleur, regarde Ann en lui souriant pour lui intimer de l’imiter. Elle pose ses mains sur ses jambes les paumes vers le ciel, la princesse pose ses mains sur les siennes. Elle prend une respiration profonde puis regarde sa jeune guide en souriant.    

- Je te fais confiance, on ne risque pas de se perdre.

Le rire cristallin de la petite altesse résonne un instant dans le temple.

- Tu sais bien que quand je ne suis pas dans ma chambre c’est là où je vais. C’est tout ce que je connais.  

Elle lui fait signe de fermer les yeux. Leur respirations lentes se synchronisent, leur coeurs ralentissent. C’est comme s’endormir et plonger dans un rêve. Le monde disparaît au profit d’un tout autre environnement.

L’obscurité du sanctuaire laisse place à un monde incroyablement coloré et lumineux. De l’autre côté de la frontière invisible, c’est un tout autre monde. À perte de vue s’étendent de vastes mers d’herbes folles, des plaines de verdure semblant dégager leur propre source de lumière. Les arbres, les feuillages, les plantes sont de taille fabuleuse et leur formes presque grotesques n’ont rien en commun avec les végétaux du monde physique.

Face à un tel spectacle de fantasmagorie, Ann se demande comment deux plans coexistant si proche l’un de l’autre peuvent apparaître si différents. Alors qu’elle est perdu dans sa contemplation, elle se fait surprendre par Iris qui la bouscule en dansant avec des feu follet qui tournoient autour d’elle.


- Qu’est-ce que… c’est ?

Elle rit sans s’arrêter de danser.

- Ce sont mes amis ! Allez ne faites pas les timides et montrez-vous, Ann est une amie aussi.

Les lumières vaporeuses ralentissent leur danse puis commencent à changer de forme. Au fur et à mesure de leur métamorphoses, elles prennent des figures presque familières, à mi-chemin entre l’homme et la bête.

- Ils disent qu’ils vont nous aider à trouver ce que tu cherches.

- Quoi ?… ils sont entrain de te parler ? et… tu comprends ce qu’ils disent ?

- Bien sûr.

Les esprits prennent la main des deux sadidas et les tire en dehors des étendues verdoyantes. Ils gagnent en vitesse et les esprits finissent par les faire décoller du sol. Les tirant dans les airs pour accélérer leur course.

- Iris… je ne suis pas très rassurée.

- Ne t’inquiète pas je fais ça tous les jours.

Elle jette un oeil vers les esprits qui les transportent.

- Plus haut ! Plus vite !

Elle ne peut s’empêcher de rire.
De cette hauteur Ann reconnait certains lieux du monde des esprits, elle perçoit nettement les lignes du royaume sadida bien que la faune, la flore et les niveaux du terrain soient complètement différents. La similitude entre les deux mondes lui rappelle un reflet troublé sur l’onde.

Alors qu’ils survolent une épaisse forêt d’herbe folle, elle sent les esprits ralentirent et gagner en hauteur. Puis immédiatement ils descendent à toute vitesse en piqué. La rapidité de la descente l’empêche de respirer. Elle se tient la gorge. Le sol herbeux se rapproche de plus en plus vite et au moment de la collision ils s’enfoncent tel un plongeon dans une mer glacé. Elle se débat pour remonter à la surface, mais la princesse qui évolue avec aisance dans ce milieu inconnu lui attrape la main pour la rassurer.


- Respire Ann, tout va bien.

Elle obéit et prend une bouffée d’air… ou d’eau. Difficile à dire. Ses poumons reprennent un rythme normal.

- C’est insensé rien ne répond pas aux lois de la physique ici !

Iris rit de plus belle.

- A quoi t’attendais-tu ?

Dans cet océan à mi chemin entre l’eau et la plante, elles nagent sans difficulté. Les esprits les amènent à un point désolé où la végétation et la lumière ont laissé place à une terre brûlée. Un air de dévastation émane des lieux. À l’horizon se dresse un immense pic grisâtre son sommet est entouré de nuages sombres dont la course semble tourner autour comme un tourbillon noir.

- Quel est cet endroit ?

- Le trône du Roi-Sorcier.

Elle fait une révérence avant que les esprits s’en aillent au loin.

- Pourquoi sont-ils partis ?

- Les esprits n’aiment pas cet endroit. On raconte que le Roi-Sorcier est en fait un ancien habitant du monde des douze, ayant échoué dans sa quête d’immortalité, il aurait abandonné son enveloppe charnelle pour vivre éternellement dans le monde des esprits… Sa présence empoisonne le monde spirituel.

Elle s’arrête un instant pour prendre une poignée des cendres à ses pieds.

- C’est tout ce qu’il reste de l’ancienne oasis qui se serait trouvée ici… Mais nous devons aller le voir, c’est apparemment le seul qui sait où trouver ce que tu cherches.

- Tu crois qu’il voudra bien nous aider ?

- Je l’espère !

Arrivée au pied du pic rocheux, Ann se rend compte que c’est en fait un palais. À l’intérieure tout est aussi sombre que dehors. Quelques candélabres illuminent les corridors. Tout est vide, aucun signe de vie. Enfin devant la porte de la salle du trône une voix rauque résonne derrière.

- Vous voilà !

La porte s’ouvre avec fracas dans un nuage de poussière.

- Si vous saviez comme je suis heureux d’avoir de la visite.

Ann marmonne en regardant les alentours sinistres.

- Je n’en doute pas.

Il grimace.

- Mais je sais que vous ne resterez pas longtemps n’est-ce pas. Vous cherchez juste mon aide pour localiser cette fiole de stasis rouge…

Ann sursaute.

- Vous savez pour la fiole ?!

- Bien sûr ! Depuis son existence notre monde est plutôt perturbé… d’ailleurs c’est bien pour ça que je vais vous aider. Si c’est pour vous en débarrasser ça ne fera qu’arranger mes affaires.

- Bien ! Dans ce cas dites nous où la trouver !

- Ohla ! Du calme la bleusaille ! Même si je vous montrais l’endroit exacte où elle se trouve cela ne vous apportera rien, de retour sur le monde physique les choses sont tellement différentes. Vous mettrez des mois, si vous êtes chanceux, avant de déchiffrer les différences entre ce monde et le votre.

Elle s’écroule de désespoir.

- Non, non ce n’est pas la bonne solution… j’ai bien mieux !

Elle relève la tête.

- Je vous indiquerai où trouver Nietsnie, l’esprit protecteur des portails zaap. Il sera capable de vous concocter une potion de rappel qui vous amènera directement à la fiole.

- Merci beaucoup ! Nous n’avons pas de temps à perdre, où peut-on le trouver ?

Iris fait une révérence.

- Merci, Roi-Sorcier.

Il bouge son index dans l’air.

- Tutt tutt tu. Ça fait longtemps que je suis seul vous savez. Je veux bien vous aider, mais pendant que vous irez voir mon ami, je veux que la petite reste avec moi. Vous viendrez la récupérer ensuite.

Il sourit à pleine dent.

- Elle me rappelle ma jeunesse. Sa connexion avec le monde spirituelle est impressionnante.

Elle s’apprête à se jeter sur lui.

- Vous avez complètement perdu la tête ?! Jamais je n__

Iris lui attrape le bras.

- Non Ann, tu dois faire ce qu’il dit. Il te faut la fiole, tu le sais… tout ira bien pour moi. Si jamais je suis en danger mes amis viendront me sauver.

- Mais tu as dis que les esprits détestaient cet endroit…

- Tu n’as pas le choix. Ne t’inquiète pas.

Les yeux embués de colère elle quitte tremblante le lugubre palais du Roi-Sorcier. Elle serre le papier où il lui a écrit les indications. Son poing se gaine, et par les douze dieux, elle aurait souhaité avoir sa lance avec elle pour empaler l’être répugnant qu’il est. Elle se jure de faire au plus vite pour sortir Iris de là.





Dernière édition par Pantaleimon le Ven 24 Avr 2015 - 16:06, édité 20 fois
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Pantaleimon
Chouchou des Dieux
Chouchou des Dieux

Pantaleimon

Mar 16 Avr 2013 - 15:51







Elle arpente la terre de cendre le regard vers l’horizon, espérant trouver un paysage différent. Depuis qu’elle avait laissé Iris aux mains du Roi-Sorcier elle ne voyait rien d’autre que l’étendu dévasté de son terrible royaume. Pourtant elle est sûre de suivre la bonne direction. Comme il lui avait dit, elle avait marché en suivant la direction que pointe le pic du palais. Les alentours sont toujours les même, des arbres brûlés, des cendres… l’air transporte une odeur suffocante de charbon et de braises, pourtant aucune trace de feu ou de fumée.

Elle n’ose pas se retourner par peur de constater que le palais persiste dans son champ de vision. Elle a beau marcher pendant des heures elle n’a pas l’impression d’avancer vers sa cible. La sadida ne peut s’empêcher de penser que le Roi-Sorcier l’a flouée l’envoyant sur une piste interminable pour garder Iris auprès d’elle à jamais. Il suffirait néanmoins qu’elle ouvre les yeux et, de retour sur le plan physique au pied de l’arbre de vie, constater que la petite altesse se trouve toujours face à elle. Du moins son corps.

Ann ne sait si ce sont les cendres qui, enchantées, lui auraient absorbée tout espoir ou si c’est seulement elle qui manque de persévérance. Elle s’effondre de fatigue, ses mains plongeant dans les cendres. L’épuisement, la colère, le désespoir la vident de toute énergie. Aussitôt, elle ressent un froid immense comme si elle se rendait enfin compte que ce désert blanchâtre de cendre n’était rien d’autre que la banquise. Engourdie par la froideur, elle s’assoupit dans la poussière.

Un instant ou une éternité. C’est le vent qui souffle contre sa peau qui la réveille. Loin au dessus du sol elle a quitté l’odeur étouffante de brûlé pour sentir l’air frais. Les esprits qui les avaient guidées, elle et Iris, l’avaient retrouvée. Ils l’avaient décollée du sol pour l’emmener vers son point d’arrivée. Un léger sourire se dessine sur ses lèvres, elle retrouve espoir. Elle entrevoit enfin une chance de libérer Iris. Elle observe le relief et un sentiment de soulagement l’inonde quand elle réalise qu’elle a finalement quitté le royaume du Roi-Sorcier.

Les choses sont beaucoup plus rapides en volant mais constatant leur vitesse, l’inquiétude de manquer son objectif l’empoigne. Elle regarde derrière elle pour voir les esprits qui la portent.

- Euh… vous savez où je dois aller n’est-ce-pas ?

Impassibles. Elle se dit que vraisemblablement elle n’a pas le talent d’Iris. Il ne lui restait plus qu’à espérer d’arriver à bon port. Les douze soient loués, les esprits la déposent au pied d’une falaise parsemées d’habitations troglodytes. Des lumières et de la fumée émanent des nombreuses cavités. Sans trop de conviction elle se tourne vers les esprits pour leur demander où se trouve celui pourquoi elle est ici.

Ils lévitent un instant pour se diriger vers l’une des demeures.

- Bien j’imagine que c’est celle-ci.

Elle s’approche de la porte et ne connaissant rien des règles de courtoisie en vigueur dans le monde des esprits elle toc à la porte. Silence… prise d’impatience elle pénètre à l’intérieure de l’habitation. Au milieu de la pièce un feu brule dans un large foyer en pierre ronde. Pourtant elle ne trouve personne. Des babioles jonchent la moindre parcelle de la maison. Les tables, les étagères, le sol sont recouverts de bibelots de toutes les couleurs, de toutes les formes. Elle se tourne vers ses compagnons éthérés.

- Je ne pensais pas les esprits aussi…

Elle ramasse une des breloques.

- matérialistes.

Soudainement l’objet qu’elle tient se met à trembler, s’arrache de son emprise pour se dresser devant elle. Simultanément toutes les autres babioles se mettent à se rassembler, à former une silhouette.

- Mais qu’est ce que…

Le processus finit, l’ensemble formé par les objets ressemble à une sorte d’immense et grosse chouette mécanique et multicolore. Une voix au timbre métallique résonne dans la pièce.

- Qui vous a permit de me réveiller sale humaine ?!

Les esprits qui l’accompagnent tremblent de peur, reprennent leur forme de feu follet pour se cacher dans le dos de Ann. Elle jette un oeil au dessus de son épaule avant de se dresser face à la chouette en masquant sa crainte.

- Je suis navrée, c’était involontaire.

Elle empoigne les inscriptions du Roi-Sorcier et les tend vers la chouette automate.

- C’est un de vos amis qui m’envoie.

Le regard de l’esprit se tourne un instant vers la feuille puis retourne sur Ann.

- Cet immonde sorcier autoproclamé roi… hein.

Un grincement désagréable retentit aussitôt.

- Depuis son arrivée je n’ai jamais vu autant d’humains trainer ici. Enfin… plus vite je te donne ce que tu es venue chercher plus vite je serai débarrassé de toi.

Il arrache la note des mains de la sadida pour la jeter au feu. Le papier s’effrite, se consume, les cendres s’envolent au dessus du foyer et la chouette grince à nouveau. Les cendres se rassemblent à nouveau, reforment un feuille vierge.

- Voilà la liste des ingrédients pour ta potion de rappel, mémorise la bien avant de retourner dans ton monde. Et vite !

Il se fout de moi ? Il n’y a rien d’écrit la dessus. Le papier cesse de léviter, atterrit dans ses mains. Vide d’inscription, mais au contact de sa peau des lettres luminescentes, couleur de braise, se dessinent sur la feuille. Elle retient un hoquet de surprise.

- Merci beaucoup. Encore une fois, pardon de vous avoir réveillé.

- Oui c’est ça … du vent !

La chouette se désarticule et les objets se séparent à nouveau pour revenir à leur place. De retour au pied de la falaise les feu-follet changent à nouveau de forme.

- Bien, maintenant on retourne voir cet hideux sorcier et on sort Iris de là.

Comme pour acquiescer, les esprits la saisissent et décollent en direction du palais rocheux. S’approcher du royaume de désolation la ramène dans cet air suffoquant d’odeur calciné. Une grimace cisaille son visage à mesure qu’elle se rapproche de la demeure du Roi-Sorcier. Elle masque son visage de sa main. Les esprits la déposent au pied du pic et comme la première fois, disparaissent aussitôt arrivés.

Elle prend une profonde inspiration, tousse à cause de l’air vicié, et pénètre dans l’odieux palais. Elle suit le chemin des candélabres suspendus dans les corridors pour rejoindre la salle du trône. À l’intérieure elle remarque l’apparition d’un second trône, plus modeste, juxtaposant le premier. Iris y est assise, vêtue d’une longue robe en voile noir et gris. Elle secoue la tête comme pour faire disparaître cette vision dont elle ne veut pas croire l’existence.

- Je… j’ai trouvé ce pourquoi je suis venue. Libérez Iris à présent.

Un sourire narquois tranche les lèvres du Roi-Sorcier. Il dresse son index, et répète ce geste pour dire non… le même que la première fois lorsqu’elle quitta le palais. Et ce bruit de succion…

- Tutt tutt… ma petite fleur est formelle, elle préfère rester dans le monde des esprits à mes côtés. Bien sûr, elle en deviendra la reine.

Ses longs doigts crochus caressent la pommette rosée d’Iris.

- Quoi ?! C’est… c’est un mensonge ! Iris dis moi qu’il ment.

- Non Ann, il dit la vérité. Je n’en peux plus de rester enfermée dans ma chambre. Le monde des esprits est ma maison. Là où je ressens que j’ai ma place. Libre de voir ce que je veux, de voler dans le ciel, de courir dans les herbes folles… je veux rester ici.

Elle tremble, ses poings se serrent.

- Que lui as-tu fait sale bête immonde ?!

Un rire terrible ébranle le torse chétif du Roi-Sorcier.

- Absolument rien voyons.

- Je jure que si tu ne la laisses pas partir je détruis la seule assurance de ton immortalité.

Elle concentre son énergie dans ses paumes et les plaque sur le sol pour invoquer de puissantes ronces. Pourtant rien ne se passe. Il rit à nouveau.

- Pauvre idiote… ta magie ne fonctionne pas dans ce monde.

Elle grince des dents.

- Très bien, pas besoin de magie pour t’étrangler.

Elle s’apprête à se jeter sur lui mais un violent haut-le-coeur la fait trébucher. Son coeur a un raté. Puis un autre. Elle se tient la poitrine par peur que son coeur ne s’arrête.

- Qu’est ce qui se passe ?…

Sa vision devient floue, et peu à peu il ne reste devant elle que l’obscurité. Le monde disparait et elle n’entend plus rien que le rire atroce du Roi-Sorcier.
Elle ouvre les yeux sur des lueurs familières. Elle est de retour au pied de l’arbre de vie. Des sadidas de la garde royale sont entrain de la secouer, elle et Iris.

- Qu’avez-vous fait ?! Pourquoi la princesse ne se réveille pas ?

Elle se frotte légèrement la tête, essaye de prendre la parole mais aucun son ne sort de sa bouche.

- J-je… je…

- Lady Iris, réveillez-vous !

- Elle est enfermée… dans le monde des esprits.

Les gardes amenèrent le corps endormit de la princesse dans sa chambre auprès d’une infirmière eniripsa. Ann quand à elle fut contrainte de se présenter devant la cour et de répondre des actes qui eurent lieux dans l’antre de l’arbre de vie. Sa tristesse, sa rancoeur, ses remords n’y changèrent rien. Elle fut jugée coupable et le roi exigea son exil, lui obligeant ainsi de ne plus jamais venir au Royaume Sadida et attirant le déshonneur sur la famille Sylveronce.

Dans le bateau qui l’emporte loin du royaume elle ne peut contenir ses larmes et penser à Iris. Qu’aurait du-t-elle faire ? N’a-t-elle pas raison ? … ne serait-elle pas plus heureuse dans cet autre monde plutôt qu’enfermée dans sa tour d’ivoire ? Non ! pas avec cette hideuse créature pour l’accompagner ! Les vents sont favorables et le voyage en mer est des plus rapides. De retour à Bonta, sur les côtes du fourrée de Tonkult, elle rejoint le point de rendez-vous pour retrouver Ascètyl. Une petite cavité dans une falaise où ils avaient prit l’habitude d’y faire bruler un feu et d’installer un campement. Elle raconte à l’eniripsa son aventure dans le monde des esprits et lui fait part de la liste des ingrédients qu’elle avait prit soin de retenir pour concevoir la potion de rappel qui les mènera à la fiole de stasis rouge.

La nuit finit par tomber. Dans la lueur projetée par les flammes du feu de camp, elle observe un instant le corps endormit d’Ascétyl qui lui tourne le dos. Il semble dormir paisiblement. Elle, n’arrive pas à trouver le sommeil. Elle quitte le campement pour se diriger non loin de la falaise, vers un petit bois où elle aimait passer du temps pour communier avec les arbres,  un magnifique point d’eau repose en son centre, son endroit préféré.

Telle la tranche d’une épée, le clair de lune transperce l’obscurité de la nuit pour se planter sur l’onde du lac cristallin. Au milieu de l’écrin d’arbres dont les ténèbres ne laissent apparaître que des silhouettes sombres, le miroir d’eau prend des couleurs argentées. Elle se tient là, les remous de l’eau lui tendent les bras. Les bras serrés sur sa poitrine, elle enfonce doucement ses pieds dans la froideur liquide. Elle continue d’avancer pour atteindre le centre du lac, observer la pleine lune qui se dresse au dessus d’elle.

- Ann ? …

Elle entend le bruit des mouvements de l’eau se rapprocher à mesure qu’il s’avance mais elle ne se retourne pas. Il pose sa main sur son épaule.

- Ça ne va pas ?

- Je ne t’ai pas tout dit Ascétyl. La potion… elle a un prix. La petite… je n’ai pas pu la sauver. J’ai été exilé du Royaume. Iris est enfermée dans le monde des esprits pour toujours.

Ses larmes plongent dans le lac, imitant le doux son de la pluie. Il fait glisser ses mains sur sa taille pour la tourner vers lui. Mêle ses lèvres aux siennes. Elle lui rend son baiser, se serre contre lui, glisse ses doigts dans sa chevelure bleue. C’est doux et chaud. Elle sent la chaleur s’emparer de son corps, la conquérir. Elle ne ressent d’ailleurs plus la froideur de l’eau du lac qui enserre ses jambes, ses hanches.

Elle n’est plus là, ils sont ailleurs, nulle part. Leur union provoquant l’obsolescence du monde, il s’est éteint pour ne laisser qu’eux. Elle et lui, c’est tout. Le reste n’a plus d’importance et disparaît. Leur baiser a le goût des larmes mais le feu qui l’envahit finit par calmer ses sanglots. Ascétyl fait lentement remonter sa main le long de son ventre pour s’emparer d’un de ses seins. Elle frisonne alors qu’il lui mordille le creux de son cou. Elle passe ses mains sous sa veste pour caresser son dos, toucher sa peau brulante, le griffer au rythme de ses morsures.

Il redresse son visage pour s’enfouir dans sa chevelure, sentir le plus doux des parfums, puis, sa bouche proche de son oreille, lui susurrer l’inaudible dont la douceur la pénètre. Le timbre caressant de sa voix exalte une tendresse voluptueuse. Elle ne s’était pas changée depuis son bannissement et est toujours vêtue de ses atours de camériste. L’eniripsa entreprend alors de la dévêtir, chaque caresse devient une excuse pour ôter chacune de ses soieries. Elle frémit quand le vent nocturne et la fraicheur de l’eau heurtent sa peau nue.

Le froid et l’émoi mêlé raidissent la pointe de ses seins. Elle sent la langue de celui devenu son amant s’y égarer un instant. Ses dents viennent tendrement à la rencontre de ses mamelons, lui arracher un gémissement. Il réveille en elle l’avide désir, son regard assoiffé dévore son corps et à son tour, elle l’extirpe du lin de ses habits. Sa main dextre s’insinue dans ses sous-vêtements pour enlacer la raideur dissimulée. Leur soupirs s’entremêlent, ils frissonnent au rythme de leurs gestes érotiques.

Sa virilité s’érigeant, elle lui enlève le dernier voile couvrant sa nudité, le sort des derniers effets qui le confinent.  Elle continue à le caresser en le guidant vers l’orée du plaisir. Il enserre ses cuisses, se glisse vers le chemin du jardin secret où il s’enlise. Ensemble, ils abandonnent leur fleurs vierges, goutent pour la première fois aux voluptés charnelles. La saveur du miel, de l’ambre et du sang. Ils souhaitent que l’instant dure pour l’éternité car c’est quand ils ne font plus qu’un qu’ils se sentent au plus près de la plénitude.

Leur ballet de caresses brulantes et de plaisirs délicieux se dénoue en une ultime jouissance fatale. À la frontière du sable et de l’eau, ils s’endorment nus, lovés l’un contre l’autre.






Dernière édition par Pantaleimon le Ven 24 Avr 2015 - 16:09, édité 10 fois
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Chouchou des Dieux
Chouchou des Dieux

Pantaleimon

Mar 16 Avr 2013 - 15:52






Ils se réveillèrent enlacés aux premières lueurs du jour et partirent presque immédiatement pour entamer la récolte des ingrédients de la potion de rappel. Si la liste était longue et les menèrent dans les quatre nations, la plupart des éléments était courant et leur vaillance leur permirent de les rassembler en seulement quelques jours. Rien qu’en regardant le visage d’Ascètyl elle ressentait la joie qu’il exaltait de se sentir si proche du but. La conception de la potion se fit sans aucune difficulté et lui permit de constater avec admiration les grands talents d’herboriste de l’eniripsa.

La dernière étape de la préparation est la plus longue, ils doivent laisser la décoction décanter pour que tous les éléments s’infusent, échangent leur essences finalisant ainsi la potion. Elle l’observe un instant, il a le regard perdu devant l’alambic fait de cuivre et de verre.

- Tu as l’air bien pensif.

Le bleu surnaturel de ses yeux se reflète dans le verre de l’alambic.

- Tu sais… la dernière fois que j’ai pris une potion de rappel beaucoup de personnes sont mortes par ma faute. Des membres des dix épées, Blou, Holivan… Sorin, la matriarche, Kain…

- Je suis vraiment désolée pour ces gens. Tu m’as déjà raconté cette histoire, mais tu sais bien que ce n’était pas de ta faute. Tu as été manipulé et…

Elle caresse une de ses mèches de cheveux.

- Ton corps a subit une pression de wakfu impossible pendant des jours. Il est normal que tu aies enduré des effets secondaires…

Il serre les poings.

- Et si cela devait se reproduire, si je perdais le contrôle à nouveau et que tu te retrouves blessée ?! Jamais je pourrai me le pardonner !

Elle sourit.

- Tu sais bien que je sais me défendre.

Une lueur verdoyante l’enveloppe et des ronces éclosent de terre pour s’enrouler autour de ses jambes et de ses bras.

- Tu ne me feras rien.

Il se jette sur elle pour l’embrasser jusqu’à ce qu’il soit interrompu par le sifflement de l’alambic. Il se tourne vers la décoction et verse le liquide fumant dans deux fioles transparentes.

- C’est prêt.

Elle s’approche de lui pour récupérer une des potions. Elle lui fait un clin d’oeil.

- Santé !

Les flacons s’entrechoquent, ils ingurgitent le liquide coloré et brûlant. Le processus de téléportation est toujours aussi violent, ils sont avalés par un trou noir, asphyxiés, puis aussitôt régurgités faisant exploser leur poumons par une surexposition d’oxygène. Il se retrouvent au beau milieu d’une forêt dense et pleine d’obscurité. Ann observe les alentours espérant trouver un indice pour trouver la fiole de stasis. Rien.

- La forêt scellée… C’est bien ici Ann. On approche du but.

Elle acquiesce. Elle s’agenouille pour poser ses mains sur le sol, essayer de repérer le terrain en insufflant son énergie dans la terre. Aucune réponse, elle sent son énergie se déployer dans le vide. Aveugle.

- Je ne comprends pas… on dirait… que cet endroit est sans vie.

Bien sûr elle sait que ce n’est pas le cas. Tous ces arbres qui les entourent sont bel et bien vivants. Il pose sa main sur son épaule.

- Attend.

L’eniripsa ferme les yeux et se concentre.

- Mes visions se font par à-coup… je manque de pratique.

Il s’assoit en tailleur, se concentre davantage. Prit par un sursaut il tombe en arrière. Elle l’aide à se redresser.

- Qu’est ce que tu as vu ?

- Trop flou… une sorte d’effusion de sang.

Il se tient la tête de douleur.

- J’espère qu’on ne s’est pas fait trop attendre…

Un groupe de trois personnes couvertes de tatouages fait irruption.

- Qu’est ce que ?! …

Elle reconnait aussitôt son père légèrement en retrait.

- Papa ?

Elle s’approche de son père mais Ascètyl l’attrape pour l’empêcher d’avancer. Il la ramène vers lui.

- Ils ne sont pas eux même je reconnais leurs tatouages. Ce sont des runes technomagiques, la marque des steamers.

- Mais…

Elle réalise que le regard de son père est particulièrement vide. Il s’avance.

- Ma fille… je suis tellement désolé.

Un claquement de doigts provenant des buissons résonne.

- Tais-toi Aulne !

La sadida sent les bras de son bien-aimé trembler, Ascètyl a l’air surpris, comme s’il reconnaissait la voix qu’ils viennent d’entendre. Un trait d’or transperce les feuillages sombres, le ricoché de lumière découle d’une cuirasse dorée qui sort de la verdure.

- Noth…

- Ça fait longtemps Ascètyl, pas vrai ?  

Il se redresse et fait un geste en montrant les tatoués.

- Qu’est ce que tu leur as fais ?

- Oh ça… ma dernière invention. Tu sais la stasis est vraiment prodigieuse. Je me suis rendu compte qu’elle n’influait pas seulement sur nos machines, mais bel et bien aussi sur les êtres vivants.

- Qu’est ce que tu as fais ?!

- Hé doucement ! C’est comme ça qu’on accueille un vieil ami ?

- Répond !

- Eh bien, après m’être débarrassé de Sorin et de ses chiens, j’ai réalisé que je souhaitais renouer avec mon passé. Retrouver la Cité que j’ai quitté alors que j’étais encore enfant. Mais pour pouvoir alimenter un navire suffisamment puissant pour qu’il puisse s’enfoncer dans les profondeurs il faut une quantité inimaginable de stasis, tu n’as même pas idée ! D’autant plus que je n’ai aucune carte, et je vais sans doute devoir tâtonner un moment avant de trouver ce que je cherche.

Il se rapproche de ses acolytes aux tatouages et leur tapote l’épaule.

- Pour récupérer toute cette énergie j’avais besoin de main d’oeuvre, mais il semblerait que je ne possède pas les mêmes talents d’orateur que notre cher mentor. Impossible de convaincre quiconque, alors… j’ai trouvé un autre moyen de persuasion.

- Tu es complètement fou… Exactement comme Sorin !

- Oh si tu savais tout ce que j’ai du faire… piller des mines gouvernementales, voler l’énergie de toutes ces répliques steamer de métal, détruire des villages entier pour récupérer la stasis sur lesquelles ils étaient installés… mais je n’en ai toujours pas assez ! Cependant ! Cependant… j’ai appris que tu étais à la recherche d’une énergie incroyablement puissante, de la stasis rouge n’est ce pas ?! Je suis sûr que cela me suffirait.

- Jamais je ne te laisserai mettre la main sur quelque chose d’aussi dangereux !

- Vraiment ?

Il claque ses doigts cuirassés faisant briller une lueur violette qui semble déclencher une puissante rutilance des tatouages de ses marionnettes qui se dressent presque immédiatement pour encercler le couple.

- Tu n’as pas le choix. Tu vas m’amener à cette fiole et me la donner.

L’eniripsa sent le froid métallique de la pointe d’une lance caressant sa carotide. Ann, les yeux mouillés, regarde son père qui pointe une lame vers elle.

- Papa tu ne peux pas…

- Je ne contrôle rien… Ann …

Le steamer grince des dents. Il déclenche quelque chose, les tatouages brillent d’une lueur plus forte encore. Les yeux de Aulne prennent une couleur violette.

- Rendez-vous !

Il pousse sa lame à la rencontre de la peau de sa fille. Ascètyl regarde le spectacle du marionnettiste avec une colère ardente.

- Même si je le voulais, c’est impossible. On ne sait pas où elle est et je n’arrive pas à utiliser mes visions. Depuis que Kaïn a tué la matriarche à ma place mes pouvoirs s’amoindrissent.

Noth s’approche de lui, faisant tinter sa cuirasse à chacun de ses pas.

- Évidemment. Il te manque quelque chose.

Il lui tourne le dos.

- Enfin… rectification. Tu as quelque chose de trop.

Il fait volte-face d’une rapidité déconcertante.  Dégainant aussitôt une lame incurvée qui, réfléchissant un flash dorée sur sa cuirasse d’or pendant sa course, tranche le visage de l’eniripsa de gauche à droite, dessinant d’une couleur grenat une ligne horizontale au niveau de ses yeux. Une giclée rouge macule la cuirasse dorée. Ascètyl plaque ses mains sur ses yeux fendues en laissant échapper un cri de douleur.

- Tu devrais maintenant… mieux voir.

Ses mains sont recouvertes du liquide épais à l’odeur de fer. Ann repousse la lame de son père pour tenir son aimé dans ses bras.

- Nooon ! Dégagez d’ici !

L’aura de couleur verdoyante l’enveloppe à nouveau.  D’immenses racines sortent de terre  et repoussent, désarçonnent, les marionnettes du steamer au loin. Retombant sur le sol, d’autres racines s’élèvent pour les piéger, les plaquer face contre terre d’une force puissante.

- Incroyable ! Si j’avais su, ce n’est pas Aulne que j’aurai envouté, mais bien sa fille !

- Je ne te le fais pas dire.

Elle se jette sur son père pour lui arracher des mains sa lance, se glisse dans le dos du steamer et la pointe à la jonction de son casque et de son armure, seule partie de sa nuque mise à nue.

- Tu ne manques pas d’audace très chère.

- Je jure que si tu bouges ne serait-ce qu’un doigt, j’enfonce la pointe de ma lance dans tes cervicales.  

Il rit.

- Je suis à ta merci.

Les liaisons de son armure s’illumine de violet. Encore une oeuvre de la stasis. Elle prend un mouvement de recul mais c’est trop tard elle est violemment projetée en arrière par le rayon violacée. Il court après elle armé de sa dague et la tranche. Leste, elle a pu se dégager assez rapidement pour protéger ses points vitaux, mais la lame s’est enfoncée dans son visage, tranchant de haut en bas le côté droit de sa figure. Elle plaque sa main contre la plaie ensanglanté en jurant.

- Sal— !

Elle ne peut finir sa phrase qu’elle est interrompu par Ascétyl… enfin elle n’est même plus sûr que c’est bien lui. Une gigantesque aura bleue l’enveloppe et ses yeux ne sont plus deux orbes luminescentes, la lumière est si forte qu’elle ne distingue même plus la blessure qui lui arracha la vue.

« Qu’as-tu fais ?! »

- Oh… encore ces effets secondaires dû à ta surexposition aux radiations de wakfu…

Le fourreau de force énergétique qui l’enveloppe le fait léviter au dessus du sol. Il s’approche du steamer l’air monstrueux.

 « Tu vas payer ! »

Il dégaine sa baguette et projette une déferlante de flammes mêlées de wakfu à l’encontre du steamer. Il vacille puis s’écroule. Si sa cuirasse dorée semble l’avoir protégé du pire, il est gravement blessé.

- Je suis navré… mais je vais devoir vous laisser.

Il grince des dents de colère. Tousse. Sa voix est faible.

- Je tâcherai de faire sans cette foutu fiole.

Il avale le contenu d’une potion de rappel et disparaît. Ascétyl se tourne maintenant vers les marionnettes du steamer, toujours inconscientes et piégées dans les ronces lancées par Ann. Elle se jette sur lui pour l’en empêcher.

- Arrête ! Ils n’y sont pour rien, le steamer est partit ils devraient reprendre leur esprits maintenant.

La monstruosité bleue la regarde avec ses deux globes de lumières, se tourne à nouveau vers ses proies. Lève sa baguette vers leur direction.

- Je t’en prie ! Stop !

Elle se serre contre lui, posant sa joue ensanglantée contre son torse. Serait-ce l’odeur du sang, ou de sentir sa bien-aimée contre son coeur ? L’aura de wakfu disparaît. Il l’étreint à son tour.

- Je suis tellement désolé !

Il redresse son visage et même s’il ne peut plus voir, il sent l’odeur du sang qui coule sur sa peau.

- J’aurai du l’en empêcher.

- Ce n’est rien… calme toi.

Il caresse la blessure avec l’extrémité de sa baguette, une douce lumière chaleureuse referme la plaie. Il râle.

- C’était trop profond… Tu auras une cicatrice mon amour, désolé.

Elle fait glisser ses doigts le long de la marque légèrement plus blanche que la couleur mordoré de sa carnation.    

- Tant mieux. Enfant j’ai toujours rêvé d’avoir des blessures de guerre pour pouvoir rivaliser avec les soldats de mon village.

Elle sourit. Lève ses mains vers son visage.

- Par contre tes yeux… tu devrais te soigner au plus vite.

Elle arrache un morceau de sa jupe pour lui faire un bandage.

- C’est inutile… il a injecté de la stasis dans sa lame quand il m’a attaqué.

Son souffle se coupe. Elle tremble.

- Non…

- Écoute… il avait raison. Grâce à ça, mon don de vision est plus puissant encore. On va pouvoir trouver la fiole.

Elle baisse tout de même la tête de regret.

- Cette quête est bien trop couteuse… ta vue, mon village, Iris…

- On ne peut pas s’arrêter maintenant. On arrive au but.

Elle acquiesce. Il reprend sa position pour méditer. Ses yeux mutilés s’illuminent aussitôt.

- Ça y’est. Je sais où elle est.

Il se dirige enfin vers le point ultime de leur quête. Vers la fiole de stasis rouge. Après quelques heures de marche cette forêt si sombre où Ann était presque aussi aveugle que Ascétyl. Ils atteignent enfin l’entrée d’une cavité dissimulée derrière d’épais feuillages. Au fond de la caverne la pièce est incroyablement similaire à celle de l’antre de la famille Cradennaej, le repaire d’Adamenthe. Ils retrouvent en effet le même puits destiné à recevoir le feu qui illumine la pièce. Ascètyl empoigne sa soeur sombre puis déclenche la fournaise.

La lumière du feu révèle une multitude de longues et énormes chaînes pendant des murs mais aussi de reliques entreposées dans toute la pièce, et au fond, scellé dans un socle de verre, comme l’avait été le fragment de la prison de Reficul, la fiole de stasis rouge. Ascétyl sort de sa poche le médaillon qui avait fait tout commencer. L’oeil écarlate apparaît sur la surface.

- La voilà Reficul. Que fait-on maintenant ? Comment on l’a détruit ?

Il ne dit rien. Il ne fait que rire. Rire de manière horrible. Le médaillon rougeoie, brûle la peau de l’eniripsa pour s’arracher de son emprise. En tombant au sol, il se brise. Laissant échappé une silhouette difforme et brumeuse. Incomplète.


« Pauvre fou ! Tu viens de signer la perte de ton peuple »


De ce qui ne semble être qu’un simple souffle, il projette d’une violence inouïe la sadida et l’eniripsa contre le mur.


« Je vais enfin pouvoir redevenir complet, et bien plus encore. L’arme capable de détruire un dieu sera en ma possession ! »


Ascètyl tente de se relever en tâtonnant le mur.

- Non… c’est impossible… tu ne peux pas…

Ann rejoint l’eniripsa pour l’aider à se tenir debout. Elle reste sans voix. Abasourdie… affligée. Comment ai-je pu me faire berner par un shushu ? Ascètyl lui s’est retrouvé enfermé avec ce démon pendant des années. Il n’était encore qu’un enfant quand cette créature a commencé à insinuer son poison en lui, le convaincre de le mener à son objectif. Mais moi… depuis quand suis-je aussi stupide ?! … ce n’est pas le moment de se morfondre. Ressaisi-toi !

Elle ressent l’énergie de la terre. Elle observe rapidement les alentours et se rend compte qu’ils sont entourés de plantes, de fleur… des wakfuli. Le shushu incomplet s’avance vers la fiole. Elle plaque aussitôt ses mains sur le sol pour former un mur de ronce.


« Tu crois vraiment que ça va m’arrêter ? »


Un morceau de la brume qui forme sa silhouette s’élance tel des griffes lacérant le mur végétale. Le contact de la substance du shushu étiole la végétation, la réduit en poussière.

Elle serre les poings, laisse échapper un cri de colère. Elle se tourne vers Ascètyl mais elle se rend compte qu’il n’est plus là. Il a profité de sa diversion pour se jeter sur la fiole. Il est face au shushu, la fiole en main.

- Mon corps a été surexposé au wakfu des jours durant. L’énergie contraire à la stasis. Le combat immuable entre ces deux forces assurant l’équilibre… Dis moi… Qu’arrivera-t-il de ta précieuse stasis rouge si jamais je l’ingère complètement ?


« Saleté ! Tu n’oserais pas ! »


- Bien sûr que si !

Il porte la fiole à ses lèvres. Avale le contenu. L’effet se fait aussitôt ressentir. Le wakfu et la stasis accumulé dans son corps se déchainent, enveloppant tour à tour son corps d’une aura bleue, d’une aura rouge.  Des éclairs parcourent son corps à chaque changement d’aura énergétique. Il hurle. Tient son crâne.

- Ascètyl, non ! Ton corps ne va pas supporter ! Tu vas mourir !

Des larmes coulent sur ses joues alors qu’elle crie de colère.

Il projette des rayons de wakfu et de stasis à l’encontre du shushu. Dans cet enfer d’énergies mêlées ils ne restent plus que les deux amants. Un instant l’eniripsa parvient à maîtriser les forces surnaturelles qui se déchaînent en lui.

- Ann tu dois faire quelque chose ! Je ne contrôle rien !

Elle ne sait pas quoi faire. Son regard se tourne sur les immenses chaînes qui parcourent les parois de la pièce. Bien trop lourdes pour qu’elle puisse les manipuler elle se hâte d’invoquer de puissantes ronces pour les manipuler et enchaîner le corps de l’eniripsa.

- Ça ne suffira pas !

- Mais qu’est ce que je peux faire ?!

Elle continue de pleurer. Perdue. Son regard se pose sur les fleurs de wakfuli, elle en arrache une, utilise sa magie pour englacer l’eau qui la constitue. La fleur ainsi cristallisée devient aussi dur que n’importe qu’elle lame, elle l’aiguise rapidement à l’aide des pics de ses ronces puis se lance sur Ascètyl.

- C’est la seule chose à faire mon amour.

Elle l’embrasse une dernière fois. Déposant sur ses lèvres le gout salé de ses larmes, les ramenant au lac cristallin de leur première baiser. Elle lui susurre un dernier je t’aime avant de planter dans son coeur la pointe affûtée de la fleur de givre.






Ils me font rire. Ils sont encore exaspérés par la manière dont j’ai terminé mon récit. Je n’y peux rien si l’histoire est ainsi. Ils sont tristes de la fin du couple maudit. Il est vrai qu’elle n’est en rien enviable. Pourtant je trouve qu’ils vont vite en besogne, penser à leur fin alors que je suis loin d’avoir finit mon histoire. En vérité elle ne fait que commencer puisque je vais enfin entamer ce pourquoi ils sont venus. La vie du gamin aux masques.

Eux qui étaient si impatients voudraient maintenant que je ralentisse pour leur raconter ce qui s’est passé dans cette caverne après que Anémone ait poignardé l’amour de sa vie. Ils sont vraiment amusants. Je rajoute un peu de bois dans la fournaise. Je leur dis de s’approcher du feu pour se réchauffer et calmer le trouble dans leurs émotions.

Mais avant de leur parler du drôle masqué, je leur dis que je vais revenir rien qu’un instant sur ce fameux shushu et sa soudaine disparition. Si on pouvait croire que le démon a succombé sous les assauts frénétiques de l’eniripsa il est difficile de dire si c’est véritablement le cas. D’autant plus que dans leur panique, les deux amants n’ont malheureusement pas entendu les dernières paroles du shushu avant que celui-ci ne disparaisse. Rien d’autre qu’un abominable « Je reviendrai »…





Dernière édition par Pantaleimon le Ven 24 Avr 2015 - 16:11, édité 10 fois
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Pantaleimon
Chouchou des Dieux
Chouchou des Dieux

Pantaleimon

Mar 16 Avr 2013 - 15:53
Prologue | Livre I | Livre II









Les années passèrent, je ne dirai pas paisiblement car se ne fut pas le cas. Anémone ayant longtemps subit les réminiscences de ce jour où Reficul révéla ses véritables desseins, qu’elle continua à revivre dans ses cauchemars. Elle tenta bien de tourner la page, essaya d’oublier, mais le sort en avait décidé autrement. Le fils dont elle donna naissance lui rappeler sans cesse l’homme qu’elle aimait, dont le corps était enchainé et maintenu en prison grâce à la magie d’une fleur de wakfu cristallisée.

Quand elle apprit qu’elle était enceinte de lui la déferlante d’émotion qui l’envahit la fit passer de la joie à la tristesse, de la colère à la peur… au bout de quelques semaines elle envisagea même de mettre un terme à la vie qui grandissait en elle, en s’aidant de ces longues aiguilles dont les maîtres tisseurs sadidas se servaient pour confectionner poupées vaudou et autres tissus. Ce n’est pas le courage qui lui manquait mais elle ne parvint pas à le faire. Elle réalisa aussi qu’elle ne pouvait rester seule, survivant comme elle pouvait dans les bois, elle savait qu’elle finirait par ne plus avoir assez de force pour chasser quand son ventre serait bien rond et douloureux. Cependant, son village n’était plus, et elle était interdite de rejoindre le royaume Sadida. Elle n’avait aucun port d’attache.

Elle n’eut d’autre choix que de chercher… chercher un lieu où elle trouverait sa place. La sadida ne cherchait pas un havre de paix, juste un endroit pour elle et son enfant, et elle finit par trouver. Un petit village hétéroclite où toutes sortes d’habitations d’aspects  différents co-existaient ensemble. Les habitants l’invitèrent à s’y installer. Tout comme elle, ils étaient des renégats que ce soient des quatre nations ou des différents cultes du monde. La raison de leur exils était pour la plupart tenue secrète, mais ce qui était sûr c’est que les gens venaient ici sans passé. Leur histoires vierges en espérant trouver un renouveau. Des disciples de tous les dieux et même des personnes dépourvues de tout culte, vivaient là dans un semblant d’harmonie.

Voir grandir son enfant dans cet environnement lui semblait être le meilleure. Loin de ces clans — dits de sang-pur — bien trop fiers pour s’éloigner des pièges dans lesquelles ils s’embourbent, leur passés étant autant de chaines qu’ils considèrent comme des traditions sacrés moulant leur âmes et leur destins.

Elle voulait épargner ça pour son enfant, qu’il n’ait pas à vivre ce que sa mère et son père avaient vécu. Malgré tout, la vision idéale que l’on peut avoir de l’avenir correspond rarement à la réalité de notre destination. Peu importe le chemin que l’on entreprend, l’avenir est en constant changement, le moindre choix, la moindre pensée envisagée sont autant de battements d’ailes de papillon qui pourraient provoquer tornades et ouragans à l’autre bout du monde.

Sans doute est-ce l’avidité naïve de l’espoir qui l’empêcha de voir que vivre dans ce village, bien que dépourvu de tout carcan sociétaire, ne préserverait pas son fils du poids du masque social qui s’impose à chaque individu vivant au sein d’une communauté.  

Le village entier s’était prit d’affection pour cette femme encore bien jeune qui portait déjà la vie. Quand elle donna naissance à son fils, tout le monde chercha un moyen de se rendre utile pour l’encourager, apaiser ses douleurs, assurer l’arrivée du nourrisson.

Le travail avait débuté alors qu’elle remettait du bois pour alimenter le feu. Le village était en effet cerclé de nombreuses fournaises pour faire abdiquer les créatures de la forêt qui cherchaient à trop s’en approcher. Alimenter ces feux est une des corvées que les villageois s’acquittaient à tour de rôle. Quand on la vit s’écrouler au sol en se tenant le ventre, personne n’eut d’hésitation et tout le monde se précipita pour l’emmener à l’intérieur de la grande tente centrale où avait lieu habituellement les rassemblements.

Les mouvements de précipitation pour épauler la femme bientôt mère soufflèrent les bougies qui illuminaient l’intérieur. Le reste de l’accouchement se déroula dans une quasi-obscurité, quelques rares bougies subsistaient encore dans la tente. Les eniripsas du village qui s’assuraient du bien être de la sadida constatèrent avec effroi tout le sang qu’elle avait perdu. Il fallait que l’accouchement ne tarde pas à se terminer, sinon aucune magie curative ne pourrait la sauver.

Quand le garçon vint au monde, la tente frissonna presque tant les réactions furent nombreuses et différentes. La joie animait la plupart de ceux qui avaient assisté à sa naissance, beaucoup étaient heureux pour la jeune mère, d’autres avaient peur pour sa santé et préparaient déjà des mixtures pour lui redonner de la vigueur. Si la plupart des villageois s’étaient installés en oubliant leurs anciennes traditions, certains disciples des douze dieux ne purent cacher leur grimace en réalisant qu’aucun dieu n’avait élu l’âme du nouveau-né pour en faire son disciple. Cette réflexion n’effleura même pas les membres du village dépourvu de culte et ne pensaient à rien d’autre qu’au bonheur de l’enfant.

Pourtant les jours suivant, la sadida toujours alitée malgré ses protestations — ses eniripsas attitrés étaient formels, il lui fallait du repos — un vieux xélor lui rendit visite d’abord pour la féliciter puis pour la sermonner.


- S’il est normal que des parents profanes n’attirent pas l’attention des dieux sur leurs progénitures il est plus rare que leurs disciples donnent naissances à des enfants païens… dis-moi jeune sadida… qu’est ce que tu as fais pour déshonorer les dieux ?

Elle se redresse avec une ardente audace dans le regard.

- Aussi vieux et sage que vous semblez être, je ne vous permettrai pas de vous dresser à hauteur des Douze pour juger les valeurs de mon enfant ou les miennes. Son père et moi, sommes aussi nés libres de choisir de quel dieu nous voudrions être les disciples. Aujourd’hui je ne suis pas plus hérétique que vous il me semble.      

Sans qu’elle ne s’en rende compte l’aura verdoyante, manifestation de sa magie, enveloppe déjà tout son corps. Le xélor est prit d’un mouvement de recul, incline légèrement la tête.

- Je vous prie de m’excuser, loin de moi était l’envie de vous offenser, je m’inquiète simplement pour votre avenir.

Les derniers mots du vieil homme ne s’adressent pas à la sadida, il lui suffit de suivre le regard du xélor pour constater comment il est concentré sur le berceau où repose l’enfant.

Elle n’en savait rien mais les paroles du vieux xélor résonnaient comme l’écho de la prédiction de la défunte matriarche. Comment aurait-elle pu le savoir ? Le père qu’elle ne rencontrerait jamais avait honteusement gardé ce secret jusqu’à sa mort et alors qu’elle était parti sur les traces de sa famille biologique, la rencontre avec Ascètyl avait mit un terme à la quête de vérité sur son sang pour l’enrôler dans une autre. Les évènements qui en découlèrent plongèrent la curiosité quant à son hérédité dans l’obscure oubli.

Le garçon grandit au sein du village avide d’en apprendre toujours plus sur le monde des douze. Vivre dans un tel endroit constitué d’habitants venus des quatre coins de toutes les nations était comme d'habiter dans la plus fabuleuse des bibliothèques. Chaque jour il apprenait de nouvelles légendes, chaque habitant avait des choses à raconter, et les plus vieux étaient intarissables concernant leurs exploits ou les grands évènements de l’Histoire qui ébranlèrent le monde.

Aussi, plus il en savait, plus il se rendait compte que les grands héros de l’Histoire n’étaient que très rarement des individus sans culte. C’est ainsi que son obsession pour devenir disciple d’un des douze dieux prit forme. Peu importe lequel, il s’en fichait, il voulait seulement lui aussi devenir un des héros rendus immortels par le simple fait de partager leurs histoires. Il chercha d’abord à solliciter l’attention du dieu vaudou, après tout sa mère était sadida il se disait que sans doute il avait des pré-dispositions pour le devenir lui aussi. Cependant, malgré tous ses efforts, il n’eut aucun résultat. Il savait que son père était eniripsa, sa mère n’ayant jamais cherché à cacher la vérité sur son passé, alors il se mit à la tâche d’impressionner la déesse des mots, il n’atteint pas son but pour autant.

Quand il eut finit de suivre les conseils des différents disciples qui vivaient dans le village et voyant qu’aucun des douze dieux ne répondaient à ses prières il ne put s’empêcher de penser que quelque chose clochait chez lui. Sa mère lui raconta que son père aussi avait longtemps été boudé par les dieux, elle lui dit qu’il fallait laisser le temps faire son oeuvre qu’il prenne le temps de savoir au fond de lui quels préceptes sont ceux qu’il voudrait suivre sur le chemin de sa vie. Bien sûr, c’était loin d’être suffisant pour le gamin et ce n’est pas ce qu’il aurait espéré entendre. Lui s’attendait de recevoir un secret millénaire pour enfin devenir disciple d’un des douze dieux. Pour le consoler sa mère lui donna accès à un lieu secret dont elle était l’unique visiteuse.


Devant la cabane dérobée, légèrement en retrait du village, il se demande ce qu’il peut bien y avoir à l’intérieur.


« Tu dois me promettre de ne rien dire, les gens ne comprendraient pas pourquoi j’ai gardé ces choses appartenant à mon passé, dans ce village qui prône le nouveau départ, les pages tournées… après m’être installée ici… je n’ai pas pu m’en empêcher et je suis retourné voir ton père. J’ai ramené la plupart des reliques qui s’y trouvaient avec moi. Je ne sais pas exactement pourquoi j’ai fais ça, par matérialisme ? par mélancolie ? ou autre chose… une force extérieure ? »


Il essaie d’imaginer les objets qu’elle a pu emmener avec elle mais ne parvient à n’avoir qu’une image floue. Il se rappelle les indications de sa mère pour pouvoir entrer. La cabane est incroyablement basse, à peine à sa hauteur, à tel point que n’importe quel adulte devrait se baisser pour pénétrer dans la petite bâtisse. Dedans il se rend compte que l’entrée en bois est un leurre. C’est en fait une grotte qui s’enfonce sous terre.


« N’oublie pas de prendre une torche avec toi pour t’éclairer. »


Il dégaine le bâton qu’il a précédemment coincé contre sa ceinture puis le plonge dans le feu du candélabre à sa droite. Ça y’est, au fond de la grotte il trouve la fameuse caverne merveilleuse qu’il recherchait. Des statues, des armes, des coffres, des horloges… trop de choses pour toutes les énumérées… certaines dont il ne connait même pas le nom. Son attention est particulièrement attirée par d’épais ouvrages poussiéreux, leur couvertures en peaux de bête leur donnant un aspect encore plus anciens. Il s’en approche pour les ouvrir mais il sursaute quand son regard croise un visage rouge avec deux trous là où l’on aurait du trouver deux yeux.

- Froussard ! Ce n’est qu’un masque !

Il prend quelques livres pour les ranger dans sa sacoche puis s’approche des masques suspendus par des fils accrochés au plafond. Il y a en fait trois masques de couleurs et d’aspects différents.  Leur expressions aussi sont différentes. Il en prend un, le porte et s’amuse en agissant en accord avec la grimace affiché par le masque. Curieusement il a la sensation étrange de se sentir différent avec ces masques, comme s’il devenait quelqu’un d’autre, comme s’il se faisait habiter.

Quand il a finit d’essayer les deux premiers masques, il se tourne vers le dernier. Le masque rouge arbore deux longues cornes rayées de blanc et de rouge. En le prenant en mains il ressent une attirance mystérieuse. Un appel. Cette sensation est presque effrayante, ses mains en tremblent pourtant il continue d’approcher le masque vers son visage. Le bois laqué effleure sa peau, il croit entendre un son… une voix, un murmure ? Des cris l’interrompent. Il court pour sortir de la grotte en renfermant la cabane derrière lui. Très vite il comprend d’où viennent les cris.

Un des hommes qui devaient s’occuper de préserver les feux du village cette fois là était poursuivi par une meute de mulous. Impossible… les bêtes ne s’approchent jamais du village ! Peu importe, il faut que je l’aide. Il sent ses poings se serrer, comme une prise autour d’une arme. Son regard se baisse, il se rend compte qu’il n’a pas lâché le masque rouge pendant sa course. Il ne sait pas pourquoi… il finit par le porter. Absence. Il baigne dans le flou, dans l’obscurité, un semblant de sommeil. Il entend des bouts de phrase. « N’y va pas Pan ! T’as aucune chance ! t’es qu’un gamin ! »« Vite ! allez le sauver il va se faire dévorer ! » … puis le dernier cri d’agonie d’un animal mourant.

La lumière lui revint. Il est recouvert de sang, mais ce n’est pas le sien. Le masque est à ses pieds, ses mains collantes et puant l’odeur du fer. Il voit le mulou à ses pieds, égorgé et lacéré.

- Qui… qui a fait ça ? …

Puis il se rend compte qu’il n’est pas seul, les villageois sont autour de lui, l’observent.

- C’est toi gamin…

Au loin la silhouette de sa mère s'approche en courant, elle arrive, se jette sur son fils pour l'enlacer.

- C'est finit ! je suis là !

Il n’arrive pas à quitter du regard le cadavre devant lui, le masque rouge toujours à l'extrémité de son champ de vision.





Dernière édition par Pantaleimon le Ven 24 Avr 2015 - 16:13, édité 16 fois
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Chouchou des Dieux
Chouchou des Dieux

Pantaleimon

Mar 16 Avr 2013 - 15:54







    Partie 1 : La Chasse


Le gamin ouvre la trappe dissimulée sous la malle où il range ses vêtements. Il est toujours là, le masque cornu, arborant ce sourire qui monte jusqu’aux tempes, ces dents peintes sur le bois laqué. Ça recommence, sa main est attirée de manière irrésistible, il veut l’attraper. Son bras tremble, il l’agrippe aussitôt avec son autre main pour le ramener vers lui puis referme la trappe. Il avait promit aux villageois de s’en défaire… et il avait bien essayé !

Le soir même où il avait tué ce mulou, il s’était dirigé vers le plus grand brasier du village, la fournaise qui brûlait à l’entrée du grand portique rouge foncés. Il était bien décidé et rien n’aurait du l’empêcher de le jeter dans le feu ce soir là. Pourtant, quand il posa son regard un dernier instant sur le masque avant de le projeter, il entendit à nouveau le murmure qu’il avait perçu la première fois qu’il l’avait touché. Instantanément, il repensa à ses rêves d’héroïsme et il ne put s’empêcher d’arriver à la conclusion que si aucun des douze dieux ne voudraient de lui, il ne lui restait plus qu’à trouver des forces extérieures. Le masque pourrait lui donner la puissance dont il avait besoin pour atteindre le panthéon des héros et entrer dans la légende, le défunt mulou en avant témoigné malgré lui.

Alors, heureux de voir enfin pointer son rêve à l’horizon, la première fois qu’il lui semblait quasi atteignable, il s’éloigna du flambeau pour retourner dans sa chambre. Sur le chemin il repensa à la parole qu’il n’avait pas tenu, il ne voulait pas décevoir le village, sa mère… et si jamais ils découvraient qu’il avait conservé le masque, il était certain qu’ils ne perdraient pas un instant pour le lui arracher et s’en débarrasser aussitôt. Aucun doute, il devrait le cacher en lieu sûr. Les cachettes d’un enfant sont souvent les mêmes, et il ne trouva rien de mieux que de l’enfouir dans un coin de sa chambre.
     

Quand il recommence à ne plus croire en ses rêves, il le contemple, à chaque fois son corps envahit par un sentiment d’exaltation et de terreur mêlé. Cette peur qui se bat sans cesse avec son excitation l’empêche de reporter le masque, mais pour combien de temps encore ? Il a beau s’être convaincu qu’il avait devant lui l’outil pour réaliser ses désirs, il repense toujours à cette nuit où il perdit le contrôle de son corps, devenu la simple marionnette du masque — ou de la force qu’il renferme.

Avoir accès à une telle puissance sans pour autant être certain de pouvoir en rester le maître est effrayant. Il le sait, cette nuit où il tua ce monstre, il n’avait pas le moindre souvenir de ses actes et il eut bien du mal à reconnaitre que c’était son oeuvre. Il ne veut pas se mentir, s’il n’était plus lui même sous l’influence du masque il aurait très bien pu faire du mal à son entourage sans même le savoir. Cette idée lui est insoutenable et reste le seul frein véritable face à son envie de porter le masque pour gouter à nouveau à son incroyable puissance.

Cette lucidité fut suffisante pour quelques années mais quand il approcha du jour de son seizième anniversaire, d’autres motivations vinrent mettre à mal la résistance contre son envie dangereuse, celles-ci valant sans nul doute plus le risque qu’aucunes autres. Jamais il n’aurait pu imaginer qu’on lui ramènerait bien plus tard, les souvenirs de cette nuit là.
,

Il est encore dans le jardin martial à s’entrainer avec les combattants du village. Cette grande cour entoure la tente centrale des rassemblements et où devait se tenir chaque jour pendant plusieurs heures le porte-parole actuel. Bien qu’il n’y avait pas de chef à proprement parlé, une figure d’autorité était désigné à tour de rôle parmi les membres les plus sages du village, vers laquelle on se remettait pour établir les grandes décisions ou trancher quand cela été nécessaire.

Même si on pensait qu’il n’y avait pas lieu à dresser une défense autour de ce lieu de siège, et que l’on ne désignait aucun soldat pour en assurer la protection, le jardin martial qui l’entourait faisait office de camp d’entrainement pour les villageois et d’une certaine façon, barricader la zone. Pan y passait le plus clair de son temps, enfant quand il avait entreprit son premier entrainement, il s’était dit que s’il devenait assez fort il n’aurait besoin d’aucun dieu et d’aucun masque pour atteindre ses objectifs. Aujourd’hui il le perdure par simple plaisir d’endurance.

- Tu ferais mieux de te baisser si tu veux éviter ce coup là !

Kiora s’élance vers lui en contractant son bras droit, prête à lui asséner un crochet en direction de son cou.  Son amie d’enfance était devenue sa partenaire d’entrainement dès le premier jour, elle aimait autant que lui se battre, si ce n’était plus.

- Ah ! Tu ne m’auras pas cette fois !

Il a repéré la raideur dans sa jambe gauche, elle s’apprête à lui donner un coup de pied dans les chevilles au moment où il monterait sa garde pour le faire chanceler et prendre l’avantage, le crochet du droit n’est qu’un leurre. Il saute pour éviter sa jambe qui part à toute vitesse comme un coup de faucille fauchant le blé.

- Je t’ai eu !

Elle savait qu’il verrait clair dans son jeu, alors qu’il vient de sauter elle attrape ses mollets avec ses deux mains pour le faire tomber en arrière.

- Non !

Il frappe le sol du poing.

- Une revanche !

- Tu sais bien que tu perds à chaque fois.

Elle croise ses bras derrière sa tête et commence à s’éloigner en lui tournant le dos. Il veut profiter de l’occasion pour se jeter sur elle, la faire tomber en l’attrapant par la taille mais il est interrompu par le son de la sirène.

Comme tous les villageois, il reconnait aussitôt le code de l’alarme, des mouvements inhabituels dans les bois qui laissent présager l’attaque imminente de monstres. Il échange un regard rapide avec Kiora, ils acquiescent puis se précipitent ensemble vers l’entrée du village. Les hommes et les femmes les plus intrépides avaient déjà commencé à former une petite foule devant le portique en bois rouge.

« Quoi que ce soit on va lui faire la peau ! », « Tu l’as dis Gerald ! Je sens qu’on va avoir droit à de super grillades ce soir ! » Le bruit du fer qui se libère de son fourreau résonne déjà. Tout le monde est prêt à lever les armes contre la menace approchante.

- Tu crois que cette fois on aura le temps de voir quelque chose ?

Ils essaient de se faufiler dans l’amas guerrier qui s’était rassemblé aussi vite que la sirène avait terminé de sonner.

- J’espère bien ! Je vais même essayer de me faufiler pour asséner quelques coups.

- Tu rêves Kiora !

- On parie ? si j’y arrive tu obéis à tous mes ordres pendant une semaine.

- Parie tenu, j’ai toujours rêvé d’avoir un larbin à mes services !

Après quelques coups de coudes et de hanches ils arrivent enfin aux premières loges pour voir le spectacle. Les bois silencieux et immobiles.

- C’est une blague ? Il ne se passe rien.

- Toujours aussi impatiente ma chérie hein !

Le père de Kiora est là aussi, un iop dont les balafres sont si nombreuses qu’on s’étonnait à trouver des pans de sa peau épargnée de toutes cicatrices, il lui ébouriffe les cheveux.

- Les sentinelles ont constaté des mouvements inhabituels plus loin dans la forêt, mais ils se dirigent vers notre direction. Peu importe ce que c’est, ce sera bientôt là.

Au bout de quelques minutes le bruit des branches et des feuilles froissées, arrachées se fait de plus en plus fort, de plus en plus rapide, de plus en plus proche.

- Tiens toi prêt Pan !

Elle lui fait un coup de coude. Le brouhaha des villageois se tait aussitôt quand les buissons dégueulent la source du mystère.  Trois cadavres de mulous sont projetés violemment contre le portique. Les villageois reculent de stupeur, surpris de se retrouver face à des bêtes déjà mortes.

- Mais qu’est ce que…

Un Cra vêtu d’un uniforme blanc finit à son tour par sortir des buissons, il regarde derrière lui en criant.

- Les gars, je les ai eus ! … mmh Bonjour…

Il range son arc dans son dos avant de se pencher pour saluer. Aussitôt trois autres personnes habillées des même vêtements le rejoint. L’un d’eux se détachent du groupe pour s’avancer vers le portique.

- C’est pas vrai ! Me dites-pas que c’est Robi qui a finit par le trouver !

Les buissons bougent une nouvelle fois pour faire apparaître un dernier individu, une femme aux longs cheveux d’or. Elle porte ce fameux uniforme blanc, mais le rouge écarlate de la doublure de sa cape, des  coutures et de l’emblème dessiné au centre de sa poitrine dévoile sans nul doute sa position de chef au sein du groupe.

- Il suffit d’arrêter de chercher pour tomber sur l’introuvable.

Le père de Kiora se dégage de la foule pour s’avancer vers les étrangers.

- C’est quoi ces conneries, qu’est ce que vous foutez ici ? Qui êtes vous ?

Il fait tourner son épée entre ses mains.

- Thalia Gavony, légat de l’Ordre des Gardiens de Shushu, et voici mon escouade.

Elle marche vers le iop, pose son index sur la pointe de sa lame pour l’abaisser.

- Nous ne sommes pas venus pour déclencher des effusions de sang.

Ses acolytes se plantent aussitôt à ses côtés, la posture adamantine et le regard plein de fureur.

- Restez sur vos gardes capitaine, ils ont l’air plus farouches que des bêtes sauvages.

Le iop crache immédiatement au visage de l’impoli. Ses tempes se contractent, on peut sentir ses muscles se tendre pourtant il reste impassible, les yeux posés sur Thalia. Elle pose sa main sur son épaule.

- Rassure-toi Tankred.

Seule frontière entre les villageois et les cinq étrangers, le portique de bois pourpre arbore la couleur du sang qui semblait prêt à se verser à tout moment.

- Vous n’avez répondu qu’à la deuxième question.

Elle soupire.

- Cela fait plus de dix ans que l’Ordre est à la recherche d’une personne. Un informateur a donné des renseignements concernant un village dans cette forêt il y a six ans, mais les éclaireurs qui ont été envoyé à l’époque n’avaient rien trouvé… rien d’autre que la tanière d’une meute de mulou.

Le légat tend les bras vers le ciel en regardant la boiserie qui forme le portail du village, semblable à l’entrée des sanctuaires pandawa.

- Et voilà que nous venons à sa rencontre par hasard. L’Ordre sera ravi d’apprendre une telle nouvelle. N’est-ce pas Robi ?

Elle lance un clin d’oeil à l’adresse du cra qui les avait amenés ici. Il acquiesce.

- Qui est ce que vous cherchez au juste ?

Ses bras se rabaissent, elle s’approche davantage du iop. Sa voix susurrant les mots avec exaltation.

- Anémone Sylveronce, vit-elle bien dans ce village ?



    Partie 2 : Pilori



Non… qu’est-ce qu’ils lui veulent… pourquoi l’Ordre est à la recherche de ma mère depuis toutes ces années ? Sa respiration se saccade, le père de Kiora n’a toujours pas répondu à la femme en blanc. Il faut que je la prévienne, tout de suite. Il se retourne en bousculant son amie puis court à travers la foule. Il ne prend pas le temps de s’excuser, ignore les coups qu’il se prend au visage, dans les côtes.  

- Pan ! Attend, je suis sûre qu’ils ne lui veulent aucun mal !

Un sourire se dessine sur les lèvres de la capitaine.

- Bien, je vois.

Le père de Kiora reste silencieux, le corps rigide. Un rempart bloquant l’accès au village. Pan court toujours, les habitations défilent dans son champ de vision, il arrive enfin chez lui. Il ouvre la porte avec fracas et la referme aussitôt derrière lui. Il fait appel à toutes ses forces pour déplacer le meuble le plus lourd de la pièce et le positionner contre la porte.  

- Maman ! On doit partir, maintenant !

Elle descend les escaliers.

- Qu’est ce que tu racontes ? Qu’est ce qu’il se passe ?

- Des gens sont venus pour toi, il te cherche depuis plus de dix ans ! Ils disent qu’ils appartiennent à l’Ordre… l’Ordre des Gardiens de Shushu.

La sadida porte ses mains à sa gorge, pleine de stupeur.

- Ils cherchent  ton père… ils veulent mettre la main sur le shushu qui nous a manipulé. Ils pensent peut être que je l’ai en ma possession… ou alors…

Elle s’assoit sur un fauteuil qui donne sur l’entrée.

- Laisse les venir, je suis prête à les recevoir.

- Mais… on ne sait pas ce qu’ils veulent… s’ils te font du mal ?

- Ce sont des chevaliers, avec un code d’honneur, ils ne me feront rien.

Résigné, il retire le meuble qui bloque la porte et monte dans sa chambre. Il entend déjà la porte s’ouvrir, le bruit des pas qui font sonner le plancher. Il se précipite sur la trappe qui renferme son secret. Le masque le regarde toujours avec ce terrible sourire. Arrachez lui ne serait-ce qu’un cheveu et je vous jure que vous ne quitterez pas ce village en un seul morceau. Il se pose contre la porte pour tenter d’entendre la conversation.

- … l’Ordre sait que vous étiez en relation avec l’hôte du shushu que nous recherchons.

Ce n’est pas ma mère qu’ils recherchent… ils veulent juste qu’elle leur dise ce qu’elle sait sur mon père, sur le shushu qu’il gardait emprisonné. Tous ses secrets… ces évènements qu’elle avait caché au village. La moitié de ce que je sais je ne l’ai même pas appris par elle. Son regard se porte instinctivement sur les livres qu’il avait ramené avec lui le jour où il avait découvert le masque. Parmi eux, le plus gros grimoire qu’il lui avait été donné de voir, celui qui lui avait demandé tant de mal à transporter quand il était enfant, avait été source de grandes surprises…

Toutes les pages étaient vides, vierges de toute écriture. Alors il finit lui même par tatouer le vélin, sortant sa plume et l’encre noir. Plus étrange encore l’encre se fit absorber aussitôt qu’il avait finit d’écrire. Stupéfait devant le livre avaleur d’encre, il eut un hoquet de surprise quand le texte revint sur la page, mais il était différent de ce qu’il avait écrit.

Bienvenue à toi, jeune et nouveau lecteur. Tant que ce livre est entre tes mains, toutes les connaissances du monde des Douze sont à ta portée.


Sans aucun doute, il se dit que ce grimoire est enchanté, se nourrissant de l’encre que l’on y dépose pour s’exprimer lui même. L’oeuvre et l’écrivain devenant une seule et même entité. Grâce à celui-ci, il apprit bon nombre des secrets de l’Histoire du monde mais aussi sur ses propres origines.

Ils parlent trop bas et Pan a du mal à percevoir la totalité de la conversation. Il sort de sa chambre silencieusement pour se dissimuler en haut des escaliers.

- Je comprends bien que ce soit difficile à accepter, mais la sûreté du monde en dépend.

Elle ferme les yeux.

- Je ne reviendrai pas sur ma décision, l’Ordre devra se débrouiller sans moi. Je ne vous aiderai pas à trouver le corps d’Ascètyl.

Thalia soupire, elle se tourne vers son escouade la main sur la poignée de porte.

- Vous n’avez pas le choix très chère… emmenez là sur la place du village. Je veux qu’ils soient tous là.

Elle n’oppose aucune résistance évitant ainsi toute violence inutile. Pan déboule dans les escaliers mais ils ont déjà quitté la maison. Le type que la capitaine avait appelé Tankred était posté devant la porte.

- Laissez-moi passer !

- Bien sûr gamin, laisse leur juste le temps de conduire ta mère à la grande place, je ne voudrai pas que tu leur mettes des bâtons dans les roues, ils pourraient réagir de façon excessive et on ne veut pas de blessé tu comprends hein ?

Il serre les dents.

- Qu’est-ce que vous allez lui faire ?

- Rien de bien méchant voyons, juste de quoi la convaincre de nous aider.

Pan lui jette un regard noir avant de courir vers le fond de la pièce, il se jette à travers la fenêtre.

- Et merde…

Au milieu des éclats de verre, il se redresse, observe ses blessures. Ses bras sont tailladés mais le reste de son corps semble intacte. Il se met à courir mais trébuche par la douleur qui le foudroie. Un des éclats s’est fiché dans son talon et il vient de l’enfoncer plus profondément encore. Il serre les dents pour l’enlever au plus vite mais ne peut s’empêcher de crier quand les côtés aiguisés du morceau de verre tranchent à nouveau la chair au moment où il le retire. Courant de toutes ses forces, il espère rejoindre la place avant eux. Malheureusement ils sont déjà là.

Le cra tient les mains de sa mère pour l’empêcher de bouger bien qu’elle ne semblait vouloir s’échapper à aucun instant. L’étrangère se trouve plus en avant, la sadida bien au centre de la place, une bonne partie du village s’est déjà rassemblé tout autour. Lorsque Pan arrive enfin, son discours a déjà commencé depuis un moment.

- Cette femme que vous avez accueillie, que vous avez soigné, que vous avez intégré dans vos familles, garde en elle les plus dangereux secrets !

Des murmures se propagent déjà dans la foule. Le père de Kiora bouscule quelques villageois pour ouvrir un passage.

- Peu importe ! Nous nous sommes tous installés ici en faisant table rase du passé. Nous avons tous nos secrets ici. Personne ne devrait lui en tenir rigueur.

Il se tourne vers les villageois qui semblaient déjà prêt à la bannir. La capitaine ignore les paroles du iop et poursuit son discours comme si elle n’avait pas été interrompu.

- Des secrets qui pourraient provoquer bien pire que le Chaos d’Ogrest. L’Ordre s’est donné la mission d’empêcher une telle apocalypse, mais nous avons besoin de sa coopération pour cela. Sans elle nous ne pourrons pas empêcher un terrible malheur d’arriver.  

Elle tourne le dos au village pour se rapprocher d’Anémone.

- Pourtant, elle préfère protéger le monstre porteur de la calamité plutôt que d’assurer la survie du monde des Douze et de ses habitants.

La sadida est silencieuse, le regard porté vers l’horizon. « C’est une plaisanterie ?! »,  « Ann, qu’est ce qu’elle raconte ? », « C’est quoi cette histoire de monstre ? Pourquoi tu voudrais le protéger ? » Elle soupire. Tous les efforts qu’elle emploie pour vider son esprit, ne pas entendre les interrogations des villageois, transpirent autour d’elle comme une aura. « Vous ne voyez pas ? elle en a rien à faire ! », Elle préfère se taire elle se moque bien que nos vies soient en danger par sa faute !. Des villageois s’avancent vers les envoyés de l’Ordre. Ils veulent parler à la capitaine. « Forcez-là ! Torturez-là ! Faites quelque chose bon sang ! »,  « Oui ! Pourquoi vous attendez son consentement ?! » Thalia sourit, elle sait qu’elle va bientôt capituler. 

Pan se faufile dans la foule pour rejoindre la place au plus vite, mais la cohue le ralentit. Dans sa lutte il voit des villageois ramassés de la terre, des cailloux. Ils commencent à lapider sa mère. Il met plus de force dans ses coups, n’hésite plus à blesser quiconque se dressant sur son chemin. Il monte sur la place, se lève face à sa mère pour recevoir les chocs à sa place.

- Arrêtez !!

Le silence revient, la capitaine se retourne avec surprise.

- Je peux vous aider ! Laissez ma mère tranquille… je ferai ce que vous voulez, je vous montrerai où il se trouve…

Anémone commence à se débattre, elle veut sortir de l’emprise du cra mais plus elle bouge plus il resserre sa poigne.

- Non ! Il ne sait rien, il ment pour me défendre.

Il enlace sa mère.

- Je suis désolé maman, je ne peux pas leur laisser te faire ça.

- Ne les amène pas à ton père je t’en prie ! Ils le tueront ! … ou pire encore…

- Maman… il est déjà mort… combien d’années son corps s’est retrouvé enfermé dans cette prison que tu as façonné ?

- Tu ne comprends pas ! Tu—

L’étrangère lève le bras, le dos de la main face à la sadida.

- Ramenez-la chez elle.

Ses camarades s’exécutent, cette fois elle se débat. Elle ne veut pas laisser son fils avec elle, elle ne veut pas qu’il les mène à la prison d’Ascètyl, elle ne veut pas qu’il se risque à rencontrer l’horrible shushu… son regard se tourne vers le père de Kiora, les yeux pleins de pitié.

- Je t’en prie, empêche le !

Le iop détourne son regard.

- Je suis désolé Ann… si la sécurité du village en dépend, je ne peux pas y faire obstacle.


[ .            .            . ]


Les lueurs dorées du ciel crépusculaire déposent un drap d’ombre sur le village. La fraicheur transportée par le vent commence à faire frissonner les derniers gamins qui jouent encore dehors. Pan vient de subir un long interrogatoire, l’étrangère devait s’assurer qu’il ne mentait pas, qu’il ne s’était pas joué d’elle pour sortir sa mère de la fureur des villageois.

Quand elle sembla satisfaite, elle lui dit que ses connaissances ne suffiront pas, il faut qu’il sache se battre pour ne pas qu’il ralentisse le groupe ou le mette en danger. L’arrogance de la jeunesse afficha la prétention de sa haute estime, racontant ses prouesses et la fréquence martiale de ses entrainements. Aucunement impressionnée, elle ne fit rien d’autre que de se mettre en position de combat, l’invitant à lui montrer ce qu’il savait faire. Évidemment il ne pu faire un seul geste qu’elle l’avait déjà projeté au seul. Alors il lui avait demandé de l’attendre à l’entrée du village, qu’il partait prendre ses affaires et lui montrerait de quoi la convaincre, ils pourraient alors partir pour leur quête.

Ils sont tous là, les cinq étrangers, à l’attendre sous le portique écarlate. Le crépuscule donne un aspect presque luminescent au bois laqué qui brille de mille feux sous les rayons d’or du soleil couchant. Pan arrive à leur niveau, il ouvre sa sacoche. Contre le grimoire enchanté, le masque cornu lui jette ce sourire qui hantait ses nuits depuis la première fois qu’il l’avait vu. Il lutte pour ne pas trembler, empoigne l’arme rouge et le montre à l’étrangère.

- Un masque zobal…  je vois, tu ne seras peut être pas inutile finalement.

Elle glisse sa main droite dans l’une des poches intérieures de son uniforme. Entre son index et son pouce elle sort un étrange emblème métallique. Elle le monte au niveau du soleil, déjà coupé à moitié par la ligne de l’horizon, le faisant briller d’une lueur étincelante. La capitaine s’approche du garçon, elle tire un pan de sa veste proche du col, fixe le sceau sur le tissu.

- À présent, tu es légat de l’Ordre des Gardiens de Shushu. Arbore fièrement son symbole, porte la foi inébranlable des Douze et jure de combattre avec bravoure les ignominies de Rushu et de ses démons.

Le garçon s’incline. Ses nouveaux camarades s’approchent pour lui offrir l’uniforme blanc qu’ils portent tous. Thalia, dorénavant sa commandante, se retourne et proclame à l’adresse de l’horizon un puissant : nous partons. Alors qu’ils entament leur quête, Kiora se détache du village en courant.

- Attendez ! Je viens avec vous !






Dernière édition par Pantaleimon le Ven 24 Avr 2015 - 16:18, édité 23 fois
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Pantaleimon
Chouchou des Dieux
Chouchou des Dieux

Pantaleimon

Mar 16 Avr 2013 - 15:54







Kiora était parvenue à convaincre la capitaine de la laisser joindre le groupe. Il lui avait suffit de raconter que sans elle Pan ne ferait que leur mettre des batons dans les roues, combien il était peu habile, et sa capacité incroyable de mettre à mal le moindre plan pour que Thalia accepte la volonté de la gamine, évidemment elle avait également remarqué que la fille était plutôt talentueuse et si elle se contentait à rester en arrière pour s’assurer que le fils d’Anémone ne ralentisse pas le groupe et ne se mette bêtement en danger, son intrusion pourrait se montrer bénéfique.

Quand ils quittèrent la forêt, Pan s’étonna de constater que leur destination n’était pas celle qu’il croyait. Un bateau les attendait là, un immense voilier dont la poupe jurait avec le reste du vaisseau. Une machinerie de cuivre et de plomb était fixée à la coque, c’était une immense hélice en métal qui semblait être alimentée par des réservoirs de stasis. Thalia lui annonça que le navire appartenait à la flotte de l’Ordre, l’un des plus vieux bateaux de ses forces navales. Il avait été récemment modifié après la diffusion de la technomagie steamer, ce qui lui donnait cette apparence composite.

Le moment de trahir les volontés de sa mère ne viendrait pas aussi vite qu’il le pensait. La capitaine était catégorique, il devait se présenter auprès de l’Ordre et s’entrainer avant de se lancer dans leur quête.


- Nous ne savons pas ce qui nous attend, tu es loin d’être prêt à affronter le pire.

Ses paroles étaient cinglantes, mais après tout, était-il vraiment pressé de se retrouver face à son père et aux menaces qu’il renfermait ? Le temps qu’elle lui ferait perdre serait autant de répit offert avant l’inéluctable rencontre. Malgré tout, le voyage en bateau fut incroyablement rapide. S’ils pouvaient apprécier cette étonnante vélocité, il était incontestable que celle-ci provenait de la manufacture steamer qui avait modifié le vaisseau ancestral.

L’arrivée dans les quartiers de l’Ordre ne se passa pas comme il l’aurait cru. Il fut aussitôt  conduit dans une salle qui ressemblait étrangement à une cour martiale. Un nombre important de gens était déjà présent, il semblait être le seul à ne pas imaginer un seul instant ce qui l’attendait. Le seul à ne pas être au courant de l’histoire. Des gardes arrivèrent dans son dos pour lui attraper les bras, les attachant à un pilier qui se trouvait face à la tribune, au milieu de tous. Les gardes s’éloignèrent, et il se retrouva seul ne comprenant rien de ce qu’il se passait.

Pendant un long moment, un silence pesant envahissait la salle. Des dizaine de regards perçant son âme, essayant de le jauger, de déceler le moindre détail intérieur. Il voulait hurler son incompréhension, qu’on lui dise ce qu’il faisait ici, pourquoi il était attaché… mais l’inquiétude le paralysait. Thalia finit par apparaître, elle se mit à sa droite. D’un geste sûr, maîtrisé, rapide; elle fait le salue de l’Ordre des gardiens de shushu.

Alors qu’elle commence ce qui semblait être une plaidoirie, Pan comprend enfin pourquoi elle voulait le présenter aux têtes pensantes de l’Ordre avant d’entamer leur mission. Elle avait besoin de leur permission pour qu’il fasse véritablement parti de son escouade. Aussi l’Ordre était conscient qu’il était le fruit de l’homme qu’ils recherchaient désespérément depuis une dizaine d’années, l’homme qui pourrait apporter un chaos plus terrible encore que celui provoqué par Ogrest. La plupart des personnes présentes hurlaient pour qu’il se fasse enfermé, la graine est plantée et le fruit ne sera rien d’autre que corrompu. « Le vice grandira aussi en lui, qui dit qu’il ne finira pas par devenir une menace pire encore que celle de son père ?! »

Les talents oratoires de Thalia parvint tout de même à les convaincre qu’il était leur seul espoir pour trouver l’éniripsa et l’empêcher de nuire avant même qu’il en ait l’occasion. La femme sadida ne voulant absolument pas coopérer, le garçon était le seul qui pourrait les guider.

La sentence fut prononcée et l’Ordre officialisa le titre de Pan en tant que légat. Aussi émirent-ils la condition absolue qu’il devrait être sous la surveillance continuelle de sa supérieure et que celle-ci serait tenue responsable des manquements de la nouvelle recrue.  Le procès terminé, l’entrainement débuta. Il ne s’était jamais entrainé de la sorte et il comprit pourquoi Thalia avait rit quand il lui avait expliqué sa routine de préparation physique. Tout l’entrainement se basait sur l’intensité et l’endurance. Thalia cherchait à le pousser à bout. Après tout, en situation réelle il n’aurait pas l’occasion de faire une pause pour reprendre son souffle lui criait-elle quand il s’arrêtait le souffle coupé.

Ce n’était pas le plus dur. Au bout de quelques jours, elle exigea de lui qu’il porte son masque. Chaque fois qu’il revêtait le visage cornu avant de commencer l’entrainement, la peur s’insinuait dans ses veines et faisait trembler son corps. Étrangement, depuis qu’il avait quitté le village il ne perdait plus conscience en le portant. Et puis il ne l’entendait plus, il finit par se dire que c’était lui qui avait inventé ces voix qu’il avait cru entendre. Plus il l’utilisait plus son inquiétude se dissipait et rapidement cela devint comme un simple réflexe. Thalia n’avait plus besoin de lui dire de le porter.


Ce jour là est le dernier entrainement avant de démarrer enfin la mission pour laquelle il avait été enrôlé. À force de l’observer, Thalia avait remarqué son affinité particulière avec la brise quadramentale. Si cela se faisait plus naturellement chez les disciples des douze, les choses sont plus complexes pour ceux qui n’ont pas été choisi par les dieux. Il était même très rares qu’un douzien dépourvu de culte puisse maîtriser les forces élémentaires. Mais grâce à l’utilisation de son masque, il parvenait à canaliser l’énergie du feu transporté par la brise quadramentale. Ainsi, elle cherche à développer sa maitrise élémentaire et pour cet entrainement final elle emmène Kiora et Pan dans une fosse située sous terre. Celle-ci imitait les conditions des landes volcaniques de Brakmar, des scarafeuilles très résistant au feu y pullulent, en grand nombre.

- Vous plaisantez ? Vous voulez terminer notre entrainement avec de simples insectes ?

- C’est vrai. Les scarafeuilles ne sont pas une espèce très agressive.

Elle s’approche du bord.

- En revanche…

Elle pointe du doigt un immense scarador endormit au fond de la fosse.

- Comme tous les essaims, ils le deviennent quand leur reine est menacée.

D’une impulsion des deux bras elle pousse les bleus dans la fosse. Les scarafeuilles s’agitent aussitôt et se placent autour de leur reine pour la protéger. Le scarador profite de ce rempart pour lancer des attaques à distance. Les deux amis se mettent alors à l’action, esquivant du mieux qu’ils peuvent les assauts qui pleuvent, se frayant un chemin à travers les insectes géants.

Ils doivent penser que s’ils tuent le scarador en premier leur instincts de protection les rendront moins agressifs… c’est pour ça qu’ils se dirigent vers la reine. Encore faut-il qu’ils arrivent à l’atteindre.

Pan met son masque. Le flux de puissance l’assaille, envahit son corps et le grise. Des rires incontrôlés font convulsionner sa poitrine. Il se jette sur les scarafeuille se trouvant devant lui. Il ne prend pas le temps de viser le coeur de ses cibles. Il se dit que s’il tape assez fort, peu importe où le coup touchera, celui-ci suffira à les mettre à terre. Il ne le sait pas encore, car il se rassure en constatant qu’il est toujours conscient, mais le masque rouge commence tout juste à étendre son emprise.

Thalia observe le massacre sourire aux lèvres. Les deux novices se débrouillent plutôt bien, la chaleur assommante qui règne plus bas les assiège mais ils tiennent le coup. L’artefact zobal est si puissant qu’elle pouvait déjà voir le rayonnement des flammes s’accumuler autour du masque. Cette arme n’amplifie pas seulement l’agressivité de son propriétaire à son paroxysme, il absorbe une fraction de la brise quadramentale environnante, la distille… offrant alors la possibilité de maitriser le souffle d’Ignemikhal, le dragon primordiale du feu.    

L’entrainement dans cette caricature d’enfer porte ses fruits. Elle commence à distinguer des braises virevolter autour des lames de rasoir qui forment les fouets fixés à l’intérieur des cornes amovibles du masque. Elle le voit se jeter dans la mêlée pour atteindre le scarador. Elle entend un hurlement terrible… à moins que ce soit un rire. Il utilise ses cornes pour fouetter avec violence toutes les cibles à sa portée, plus il les lacèrent plus ses fouets se recouvrent de flamme.

Il se laisse tenter par la colère, tel un diable géant qui vous tord les entrailles pour en récolter la quintessence brune, une rage plus maléfique encore que celle des plus atroces démons. La folle furie qui l’accable finit par avoir raison de lui. Son esprit est passé en arrière plan, il a l’impression d’être resté maître de son corps pourtant il n’est plus rien que la marionnette du masque. Face au scarador, sa main se porte sur sa corne droite. Il l’empoigne et mu d’une force furieuse, transperce la carapace de l’insecte reine. Il retire la corne recouverte de la substance vitale de la bête, pour la replacer sur son masque.

Il n’en a pas assez… pourtant tous les scarafeuilles ont déjà péri. Il cherche dans son champ de vision une cible, quelque chose. Il n’a pas à attendre longtemps, sa proie est toute trouvée. Son torse tremble à nouveau du rire qui le fait convulser.

Kiora se défait des cadavres qui la gêne, elle ne le sent pas arriver. Il la projette au sol, se met à califourchon sur son ventre, il ne dit rien, ne prononce aucun mot, ne fait rien d’autre que rire. La pointe de la corne rouge plaquée contre sa gorge, elle est figée de stupeur.

- Pan ! Qu’est ce…

Elle essaie de se débattre, mais la pointe s’enfonce dans sa peau, fait perler une goutte de sang.

- Arrête !

Ses deux mains contre le bras armé, elle emploie toutes ses forces pour le repousser alors qu’il continue de rire. Thalia arrive à temps, elle a plongé dans la fosse et d’un coup de pied précis, arrache le masque.

Son esprit lui revient, ses yeux ne lui montrant que le visage terrifié de sa meilleure amie. Un hurlement intérieur l’assomme. Il porte ses mains à sa tête pour se boucher les oreilles mais il ne parvient pas à faire taire le cri, son intensité le fait tomber dans l’obscurité.

Thalia demanda à ses recrues de ne pas parler de ce qui s’était passé dans la fosse. Si l’Ordre finissait par l’apprendre il reviendrait sans aucun doute sur leur décision et exigerait l’exécution de Pan. Il ne se réveilla que plusieurs jours après sa perte de conscience. Les souvenirs qu’il gardait de cet évènement étaient bien trop flous pour qu’il puisse se rappeler. Il ne comprit donc pas pourquoi Kiora décida de quitter le groupe pour retourner au village. Il se souvenait seulement qu’à présent le masque lui offrait une certaine maîtrise du feu.

Peu de temps après qu’il eut recouvré ses forces suite à ce fameux entrainement, Thalia devint méfiante quant à l’utilisation du masque. Il serait regrettable de se passer d’une telle force de frappe mais elle ne pouvait ignorer la perspective qu’il se retourne à nouveau contre le groupe, comme il était prêt à trancher la gorge de sa meilleure amie dans la fosse. Toutefois, ils avaient perdu suffisamment de temps et ne pouvaient reculer le départ de la mission davantage. Ils partirent alors en direction de la région dont les dernières informations relataient la présence anormale de stasis.

S’ils avaient utilisé des dragodindes pour une grande partie du voyage, quand ils arrivèrent dans un bois extrêmement escarpé ils n’eurent d’autre choix que de continuer à pied.


Cette forêt lui rappelle curieusement celle qui dissimulait depuis toujours son village, le bois qui les protégeaient des menaces extérieures et qui depuis tout ce temps avait préservé la vie paisible s’y écoulant. Jusqu’au jour où Thalia et son escouade l’avait débusqué. Elle sort le parchemin relatant les détails de la mission, regarde la carte.

- Nous approchons, restez sur vos gardes, les créatures pourraient se montrer plus agressives qu’à l’accoutumé à cause de l'excès de stasis.

Le groupe acquiesce et aussitôt, leur méfiance alourdit l’atmosphère. La tension est palpable. La capitaine s’avance, observe les alentours.

- Nous allons nous séparer en deux groupes pour chercher plus efficacement.

Vous savez que c’est toujours dans ces moments que les pires choses surviennent, ils ne dérogeront pas à la règle.

Thalia a gardé Pan à ses côtés, elle doit rester prudente tant que l’utilisation de son masque induira de tels effets secondaires. Ils sont entrain de courir à travers les arbres pour examiner la zone le plus rapidement possible. Elle a conscience que le groupe doit rester séparé le moins longtemps possible. Mais c’est déjà trop tard. Un cri transperce le silence. Elle reconnait aussitôt la voix Robi. Pan fait volte-face, s’apprête à courir pour le rejoindre mais Thalia le retient en attrapant son épaule.

- Qu’est ce que tu fais ?! Il faut l’aider !

Elle lui donne un coup de poing dans le ventre. Le choc lui coupe le souffle, le fait s’agenouiller au sol. Il crache une bile amère mêlée à quelques goutes de sang.

- Tu tutoies ta supérieure maintenant ?

Elle soupire.

- Nous ne savons pas ce qui se passe, partir la bas sans réfléchir risque d’empirer les choses.

Elle lève la tête pour jauger la taille des arbres, des branchages.

- Nous allons nous déplacer en hauteur, pour les rejoindre en restant hors d’atteinte.

Le groupe grimpe dans les cimes, commence à sauter de branche en branche. Pan n’a pas été suffisamment entrainé à ce genre de déplacement et très vite il se retrouve à la traîne jusqu’à ce qu’il finisse par perdre les autres de vue. Un autre cri… la poussée d’adrénaline le fait accélérer. Malgré l’affûtage de ses réflexes, sa rapidité lui fait manquer une branche et il s’écroule au sol. L’adrénaline le fait surmonter la douleur de ses muscles mâchés.

Il se redresse, Tankred arrive vers lui en courant.

- Barre-toi ! Il arrive !

Il essaie de courir aussi vite qu’il peut malgré le tremblement de ses jambes qu’il n’arrive pas à faire arrêter. Le choc de la chute n’a pas eut le temps de s’estomper.

- Qui ça « il » ? Qu’est ce qu’on fuit comme ça ?!

Les paroles de Tankred sont saccadées par sa respiration haletante.

- On pensait que vous aviez trouvé ce pourquoi on était venu. Que vous aviez envoyé quelqu’un pour venir nous chercher… mais c’était un type camouflé dans un de nos uniformes.

Pan chancelle.

- Quoi… un imposteur ?

Tankred hoche la tête tout en continuant à courir.

- Une énorme capuche cachait la totalité de sa tête mais il est habillé exactement comme nous. Le même uniforme blanc… je ne sais pas ce qu’il nous veut mais… il a tué Robi.

Pan s’arrête immédiatement.

- La capitaine, les autres… ?

- Ils sont entrain de l’affronter ! La capitaine m’a ordonné de partir en arrière pour te récupérer et te sortir de là.—Il empoigne son col pour le forcer à courir—Tu es notre seul espoir d’empêcher ton père de nuire, on ne peut pas se permettre qu’il t’arrive quelque chose. J’ai pour mission de te mettre en sûreté.

Il se débat pour sortir de son emprise.

- Non ! On ne peut pas les laisser comme ça et partir comme des lâches !

Comme un rocher qui tombe du ciel, provenant des cimes, l’imposteur chute avec puissance le genoux et le poing à terre. Concordant la description de Tankred, il porte leur uniforme, celui des légats de l’Ordre. Il s’avance vers eux. Sous la tenue blanche, un vêtement noir profond semblable à une seconde peau arbore d’étranges symboles rouges.

- Sale enfoiré ! me dis pas que tu t’en es sorti sans une égratignure ?!

Il se dresse devant Pan.

- Dégage ! Barre-toi de cette forêt et vite !

Il reste immobile, figé par l’incompréhension.


  « Je ne vous laisserai pas faire… »


La voix de l’imposteur est métallique, semblable à celle des robots steamers qui avaient quitté les profondeurs pour envahir le monde des Douze. Coquille de métal recelant l’âme de ces hommes qui préférèrent abandonner leur corps pour profiter d’une quasi-immortalité.

Il retire sa capuche… faisant apparaître un casque uniforme et incroyablement sombre. La visière était sans doute fait d’un minerai semblable au carbone obscur. Taillé suffisamment fin pour voir à travers mais toujours aussi noir conservant l’anonymat du porteur du casque.

- Bordel, barre-toi ! Respecte les derniers ordres de ta capitaine !

Il tremble, proche des larmes, mais se ressaisit, obtempère. Il court aussi vite qu’il peut pour atteindre la sortie de la forêt. Le paysage défile dans son champ de vision. Dans sa course… sa fuite, il tombe sur les cadavres de ceux qui ont servit de leurre pour assurer sa survie. Enfin… adossée contre un arbre, le corps ensanglanté, la tête baissée, le bras droit arraché… Thalia, inerte. Il ne peut s’empêcher de la rejoindre, désobéissant encore une fois aux ordres.

- Capitaine !

Prit par ses réflexes, il forme un garrot au plus vite autour de ce qui reste de son bras pour arrêter l’hémorragie. Il ne vérifie même pas si elle respire encore, si son coeur bat.

- Vous allez vous en sortir !

Elle ouvre les yeux. Une voix très faible sort de sa bouche.

- Va-t-en… tu l’as dis, je vais m’en sortir…

Il sent que ses joues sont humides. Il n’a pas réussi à retenir ses larmes jusqu’au bout.

- Écoute… promet moi que tu trouveras ton père… que tu éradiqueras la menace.

Il hoche la tête.

- Quoi qu’il en coûte.





Dernière édition par Pantaleimon le Mer 20 Mai 2015 - 15:41, édité 14 fois
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Pantaleimon
Chouchou des Dieux
Chouchou des Dieux

Pantaleimon

Mar 16 Avr 2013 - 15:54






À chacun de ses pas il se dit ô combien il a été lâche. Quel idiot respecterait les ordres au prix de la vie de son commandeur ? À intervalle régulier il regarde par dessus son épaule, comme s’il espérait la trouver entrain de courir derrière lui; mais à chaque oeillade, il ne voit rien d’autre que les arbres, la forêt qu’il vient de fuir. Est-ce que le garrot suffira pour la sauver ? Il ne s’arrête pas, se répète les ordres inlassablement pour luter contre son envie dévorante qui lui hurle sans arrêt : Retourne-toi ! Va la chercher, va la sauver ! Bon sang mais c’était qui ce type ?! Qu’est ce qu’il nous voulait… pourquoi… Ses jambes s’amollissent tout à coup. La sensation d’un liquide froid s’insinuant dans ses veines, le glace de toute part. Il frisonne frénétiquement, ses dents se mettent à claquer et il s’écroule dans un parterre de fleurs rouges.


[ .            .            . ]


« Qu’est ce que tu fais là ? »


Tout est incroyablement sombre… il ne distingue même pas la silhouette qui se trouve face à lui.

- C’est quoi cet endroit ?!

Il entend un rire rauque.


« Tu le sais bien. »


L’ombre nébuleuse lui désigne l’épais bloc de marbre qui trône devant lui. C’est un plateau d’échec sculpté à même la roche, le jeu semble avoir déjà commencé. Les pièces de verre et d’obsidienne sont dispersées sur tout le support.  


« La partie ne peut pas continuer sans toi. »


- La partie…

Il s’approche du jeu avec hésitation, il ne se souvient pas avoir un jour participé à une telle chose et n’a aucune idée des règles. Pourtant s’il en croit son interlocuteur, les premiers coups ont déjà été joué. La main fébrile, il attrape une des pièces faisant aussitôt éclater le bruit éraillé du rire de son adversaire.


Le corps frissonnant par la sueur qui le recouvre, un sursaut le réveille et la panique le prend quand il constate qu’il se trouve dans un lieu inconnu. Il entend de l’eau bouillir et un feu de bois crépiter non loin de lui. Il essaie de se redresser mais retombe aussitôt. Dans l’entrebâillement de la porte il distingue la silhouette d’un homme torse nu recouvert de tatouages. Il rentre dans la pièce, un récipient en bois dans la main.

- Enfin réveillé ?

Il s’assoit au pied du lit, lui tend la boisson fumante.

- Bois ça, c’est brulant mais c’est ce qu’il faut pour enrayer l’infection.

Pan ne pose pas de question et boit. Le liquide lui embrase la gorge, il ne sait pas si c’est à cause de la chaleur ou du gout atroce de fer. Il tousse légèrement et arrive enfin à se redresser. L’inconnu apporte un long objet effilé au soleil, un éclair éblouit la pièce un infime instant, comme une lame rutilante sous la lumière. Il lui demande de lui tendre le bras. En s’exécutant il se rend compte que sa peau arbore plusieurs piqûres rouges le long de son avant-bras. En appuyant la pointe de la dague contre sa peau il fait perler une goutte de sang. Il retire son bras aussitôt.

- Par Sadida ! Ça fait mal !

L’homme sourit, il se retourne pour ranger la dague dans son fourreau.

- Tu devrais t’estimer heureux, ton corps s’est enfin débarrassé des neurotoxines. Ça fait plusieurs jours que j’essaie de te soigner. Je commençais à perdre espoir.

Un frisson de stupeur le submerge, il attrape son bras pour voir son visage à nouveau.

- Plusieurs jours tu dis ? Je peux pas rester là, je dois partir prévenir l’Ordre que les autres…

Il le plaque contre le lit.

- T’es pas en état. Si tu veux je te laisse partir, mais je suis sûr que je vais encore devoir te ramasser.

Il grogne de frustration. Observe les alentours à la recherche de ses effets personnels.

- Où sont mes affaires ? Et puis t’es qui au juste ?

Comme pour répondre à sa question il dépose devant lui un sac qu’il suppose contenir tous ses objets.

- Abel, je vis à l’orée du bois. Je t’ai trouvé au milieu de roses démoniaques. Tu as de la chance qu’elles étaient endormies, je ne suis pas sûr que tu aurais survécu à leur poison si ce n’était pas le cas, vu le temps que tu y es resté.

Il fulmine à son propre égard… même fuir, il n’est pas capable de le faire correctement. Il repense à ce qui s’est produit dans la forêt.

- Il y avait un type avec un casque noir est-ce que tu l’as vu ? et… mon commandeur, une femme en uniforme blanc ?

- Non… dans ton sommeil tu n’as fais que crier à propos de ce gars casqué et de morts… je suis allé dans la forêt mais je n’ai rien trouvé. Aucun cadavre, rien.

Son corps se crispe. Si Abel avait été plus près, il l’aurait agrippé pour le regarder dans les yeux, le poing raidit prêt à frapper.

- Tu sous-entends que j’ai halluciné tout ça ? J’ai vu les corps, le sang !

Il s’éloigne de la chambre.

- Il faut que tu récupères. Je te prépare un autre breuvage pour toute à l’heure.

En l’observant un instant, il le voit dégainer sa dague à nouveau. Il la fait chauffer à blanc dans le brasier qui brûle au centre de la pièce. Après quelques secondes il ressort la lame des flammes et la porte à son bras droit. Un épais filet de sang coule dans un de ces ustensiles en bois similaire à celui qu’il lui avait donné. Le gout de fer lui revient. Son coeur fait un raté, il vomit.

- Putain, me dit pas que tu m’as fais avaler ton sang ?!

Il continue de s’affairer à sa préparation.

- Ça, de l’eau et quelques plantes.

Il crie, dégouté.

- Ça ?!  

- Le sang des sacrieurs possède des vertus curatives. T’es pas au courant ?

- Tu m’as pris pour une espèce de cannibale c’est ça ?

- L’important c’est que ton corps se débarrasse du poison.

S’il est sauf, c’est grâce à lui. Il ravale son dégout et tente de penser à autre chose. Il ramène son sac vers lui, posé sur ses vêtements le masque est toujours là. Lui renvoyant cet irrémédiable sourire.

- Ça te fait rire ?

Il l’enfonce au fond du sac puis retire le grimoire qui aurait du mener la mission de l’Ordre a bien. Thalia lui avait fait promettre d’aller jusqu’au bout et il devrait le faire seul. Le livre avait toujours su répondre à ses questions. S’il avait prétendu savoir où trouver son père c’était surtout qu’il présumait que le grimoire le lui dirait, mais depuis son départ du village, il n’avait pas encore tenté de faire parler les pages flétries du vieux bouquin. Dans le sac, il trouve aussi son matériel d’écriture. Il trempe la plume dans l’encrier. Peut être qu’il pourra me dire si Thalia a survécu… « …promet moi que tu trouveras ton père… que tu éradiqueras la menace. »

- Fait chier !

Il se sent perdu et ne sait plus vers quel chemin se diriger. Que dois-je faire… Il commence à écrire d’une main fébrile mais Abel le surprend, évidemment il lui demande ce qu’est ce livre et par réflexe Pan referme le grimoire pour le poser à côté du lit.

- Rien…

Abel dépose le nouveau breuvage non loin de lui, il lance un regard rapide vers le récipient en bois puis détourne aussitôt les yeux alors que des hauts-le-coeur lui reviennent. Son bienfaiteur lui dit de se reposer avant de quitter la pièce et il a beau lutter contre la fatigue, elle finit par le faire capituler. À plusieurs reprises le sacrieur revient le voir pour vérifier si la fièvre continue à se dissiper. Aussi bienveillant qu’il puisse être il n’est pas immunisé à la curiosité qui le titille depuis qu’il a vu Pan refermer ce bouquin si brusquement. Bien trop tenté, il succombe et commence à tourner les pages. Il découvre une succession de questions et de réponses écrites par la même main, comme si l’auteur se répondait à lui même. Il voudrait continuer la lecture mais on frappe à la porte.

Le sacrieur se retire de la chambre pour ouvrir et se retrouve face à un groupe de roublards. Réputés comme les plus grands voleurs du monde des douze ils n’étaient pas aussi discrets que leur condisciples sram, leur tenues vestimentaires criant à cent lieux à la ronde leur appartenance au clan des bandits.

- Bonsoir, j’espère qu’on ne vous dérange pas en cette heure si tardive.

Abel crache aux pieds de l’homme en noir.

- Vous perdez votre temps, il n’y a rien de précieux à voler ici.

Le brigand ne réagit pas à la provocation, il force le passage en jouant des coudes pour entrer dans la demeure.

- Vraiment ? ce n’est pas ce qu’on dit…

Ses acolytes ricanent pour appuyer ses dires.

- Pas vrai Véra ?

- Oui.. on a entendu dire que tu avais ramassé un pauvre infirme y'a pas si longtemps.

Il referme la porte derrière les deux intrus, enfermant les autres dehors.

- Et alors ? vous vous intéressez aux souffrants maintenant ?

Celui qui semble être le boss s’esclaffe.

- Pas du tout ! mais il semblerait que le tiens possède un objet particulièrement intéressant.

La roublarde qui l’accompagne parait étrangement excitée tout à coup.

- Un masque zobal ! un vrai !

- Écoute ce ne sera pas long, on prend juste le masque et on te laisse tranquille. Ça te va ?

Abel contracte son bras, les tatouages qui le recouvrent commencent à se mouvoir et à se détacher de sa peau. L’encre noire devient un lasso extensible, une étreinte indéfectible. Il enserre la gorge de la roublarde, sa bouche, coupe sa respiration.

- C’est un non. Je te conseille, à toi et ta bande, de déguerpir si tu souhaites que ta copine retrouve la sensation de l’air dans ses poumons.

Il ricane à nouveau.

- Tu crois qu’elle a ne serait-ce qu’une once d’importance à mes yeux ? Le bien du clan passe avant tout.

Il bondit pour lui asséner un terrible coup de poing dans le ventre, remontant vers le plexus. Il étouffe, le fouet d’encre se dissipe pour revenir sur son bras. La proie libérée tousse, halète.

- Dis moi que t’étais pas sérieux à l’instant ?

Le boss s’approche de la porte pour ouvrir à ses acolytes.

- On en parlera plus tard. Allez les gars ! Prenez tout ce qu’il y a la moindre valeur, le reste saccagez-le ! Je me charge du masque.

Le bruit d’éclatements, de cassures, de verres brisés, sort Pan de sa torpeur. Il comprend très vite que la maison est entrain de se faire piller. Il dégaine machinalement le masque rouge qu’il avait enfouit au fond du sac et le porte aussitôt. La fatigue, la léthargie provoquées par le poison se dissipent. Il faut croire que le toucher du bois laqué sur sa peau semble être un meilleur remède que le sang d’Abel. Il saute hors du lit et se jette dans la pièce où résonne le vacarme.

- Et voilà que c’est lui qui vient à nous !

Elle glousse.


« On va en faire qu’une bouchée »


Réflexe. Ses mains se portent aux cornes rayées de rouge et de blanc. Dégainant ses fouets en lames de rasoir il n’a même pas besoin de se concentrer pour les faire s’enflammer. Le bruit du métal qui racle le bois résonne alors qu’il s’avance vers les roublards.

- Il n’a pas l’air si grabataire que ça finalement !

D’une main, il sort un imposant pistolet tandis que de l’autre il tient fermement une dague à la lame effilée.

- Ramène toi saltimbanque de mes deux !

Le regard vers le sol, il bouge comme une marionnette désarticulée, ses membres oscillent de manière aléatoire tel un pantin qui pourrait tomber au moindre instant. Puis il relève la tête d’un mouvement brusque. Dans son regard ardent on reconnait la lueur du prédateur. Il se jette d’abord sur le bras supportant le fusil. Quand il arrive au niveau du roublard il fait enrouler ses fouets autour de sa main droite, il continue d’avancer ne s’arrêtant pas de courir. Les lames s’enfoncent dans la peau et d’une gestuelle brutale il tire les cornes de toutes ses forces, ramenant les fouets à lui d’une vitesse fulgurante. Le bruit de la chair qui se déchire accompagne une giclée de sang qui entache le mur. Il hurle.

- Bordel ! SALE BATARD ! JE … La douleur est trop intense, il perd connaissance.

Ses mains ensanglantées tremblent, il les regarde un instant et ne peut s’empêcher de rire. Il porte deux doigts recouverts du liquide rouge à ses lèvres, les lèche avec délectation. Il remet ses cornes sur son masque, ramasse le bras arraché pour le porter comme une arme. La furie le regagne. Il se dirige cette fois vers les complices de l’homme en noir. Il frappe leur crâne avec le haut du bras, le tenant fermement par le poignée tel une massue. Il dégaine ses cornes une dernière fois pour trancher la gorge de ses proies. Son rire perdure sans interruption, il s’agenouille pour enfoncer ses doigts dans les plaies des victimes. Chaque goute de sang, chaque morceau de chair qu’il avale le galvanisent. Il se sent vivifié, plus fort.

Abel a eut le temps de récupérer son souffle, de reprendre ses esprits. Le rire terrible qui résonne l’interpelle. Il tombe nez à nez avec Pan le visage sanguinolent, son masque est à ses pieds mais il semble toujours empreint de sa fureur. Le sacrieur se jette sur lui pour le calmer; il le serre contre lui, emprisonne ses bras.

- Ils sont morts, c’est finit ! Arrête !


[ .            .            . ]


Heureusement, Pan finit par lâcher prise. Bien que tout ce temps offert au masque pour implanter son propre poison dans son corps parut interminable, libéré de son emprise, la fatigue revint plus forte que jamais. La nuit même qui suivit la bataille, la fièvre dont Abel pensait s’être débarrassée récidiva. Ils ne savent pas que cette fièvre résulte de la trop grande utilisation du masque rouge. Pan ne peut s’empêcher de croire que c’est le poison qui le regagne.

Seul dans la chambre il se souvient du moment où il s’est réveillé, d’Abel plantant sa lame dans son bras pour vérifier la persistance des neurotoxines. Il a le sentiment que celles-ci subsistent, est-ce la peur de l’empoisonnement ? les restes de la furie du masque rouge ?... Il sort du lit, empoigne les cornes du masque resté dans son sac et commence à se taillader les bras. Indolore. Il rapproche les lames de son visage, ses yeux se ferment, il sourit. Balafres, entailles, sa peau est très vite recouverte d’incisions. Le sang coule le long de sa gorge.  Il commence enfin à souffrir, la douleur lui donne une sensation de délivrance. Le poison n’aura pas raison de lui. Son ricanement a encore attirer l’attention d’Abel. Il déboule dans la chambre, lui retire la lame des mains.






Dernière édition par Pantaleimon le Jeu 2 Juil 2015 - 19:24, édité 14 fois
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Chouchou des Dieux
Chouchou des Dieux

Pantaleimon

Mar 16 Avr 2013 - 15:54







Plusieurs jours sont nécessaires à la cicatrisation de son visage. S’il n’ose pas observer l’état dans lequel il l’a laissé et qu’il évite de croiser son reflet sur un miroir ou la surface de l’eau, il suffit que ses mains touchent sa peau pour se rendre compte qu’il n’est plus le même, balafré de toute part. Il soulage la sensation de tiraillement en faisant couler de l’eau glacé sur son visage. Ses doigts s'attardent sur son oeil droit... ou ce qu'il en reste, une taillade sur les paupières et la prunelle blanche dépourvue de toute vision. Au moins je n’ai plus à ingurgiter le sang d’Abel… le poison complètement dissipé, le sacrieur ne lui préparait plus sa fameuse concoction au gout de fer. En revanche, sans que Pan ne sache pourquoi, il l’avait surpris entrain de s’adonner à la sculpture sur une importante pièce de bois de charme d’une couleur remarquablement blanche. Sans doute est-ce la honte d’arborer un visage mutilé devant lui qui freine sa curiosité, il n’ose pas le rejoindre pour lui demander le but de son ouvrage. Il préfère rester cloitrer dans la chambre à soulager ses blessures.

Abel, de son côté, tente de se distraire l’esprit en travaillant le bois pour ne plus penser à ce qu’il avait pu lire dans l’étrange bouquin du zobal le jour du pillage. Il avait même finit par se demander s’il n’avait pas inventé ce qu’il avait vu. Malgré tout, il ne pouvait pas se mentir, depuis qu’il avait assisté à la crise de démence de Pan il fallait bien qu’il admette que son protégé n’était pas tout à fait sain d’esprit.

Chaque fois qu’il arrache des lamelles de bois avec son couteau, l’image du masque rouge se projette à lui. Son travail commence à prendre forme et déjà un tas non négligeable de copeaux se trouve à ses pieds. Plusieurs fois, la lame a dévié de sa trajectoire, sur les parties trop lisses, se fichant dans ses doigts. On peut alors constater à différents endroits le sang qui s’est insinué dans les veines du bois. Il n’avait pu ignorer le malaise qui s’était instauré depuis la nuit du pillage. La répulsion que Pan éprouve rien qu’à l’idée de tomber sur son reflet. Alors, s’inspirant du masque rouge, il avait décidé de lui en sculpter un lui même, plus clair… le temps qu’il accepte son nouveau visage.

Le travail lui demanda plus de temps que prévu, mais il finit par terminer le masque. Ce jour là, Pan empaquette ses affaires, décidé de ne plus importuner son hôte. Il quitte le seuil de sa chambre, le corps tremblant sous le poids de l’effort mentale à tenter d’effacer la pensée narcissique qui le fait s’inquiéter pour son visage. Avant d’annoncer son départ — bien que celui-ci fusse évident, larguant son paquetage au pied de la porte alors qu’il entre dans la pièce — il veut lui demander ce qu’il fait ici, pourquoi s’était-il installé là, éloigné de tout.

- J’attends mon frère.

Il montre le médaillon qu’il porte au cou.

- Je lui ai promis de le lui rendre, et il m’a juré qu’il viendrait le récupérer.

Le zobal se gratte l’arrière de la tête.

- Je ne suis pas sûr de comprendre.

- Nous étions deux renégats, des fuyards, mais nous étions ensemble. Jusqu’au jour où il est arrivé avec le plus grand sourire que je ne l’ai vu porter. « Fais-moi confiance, c’est le paradis » … Je le revois encore avec ses grands yeux verts, je me souviens tout ce qu’il m’a dit, les mots exacts. « C’est un endroit fait pour les gens comme nous ! Où les affamés viennent se nourrir, où les assoiffés viennent boire. Un endroit où les inassouvis trouvent enfin la satisfaction. » Il était exalté, je ne l’avais jamais vu dans un tel état. Il m’a sorti une carte improbable qui devait dater bien avant le chaos d’Ogrest, impossible de s’y repérer convenablement. De l’index il a appuyé sur un point parmi tant d’autres en criant « C’EST ICI ! ». Je n’ai rien pu faire pour le ramener sur terre. « On ne peut pas refuser une telle invitation ! Il faut juste garder l’esprit ouvert, recevoir à bras ouvert ce qu’on nous offre… et même si ça fait mal, tu sais quoi… c’est probablement que ça vaut le coup ! » Il était décidé à partir tout de suite. Je ne voulais pas y croire alors je l’ai laissé partir en pensant qu’il reviendrait le lendemain dépité de n’avoir rien trouvé. Il ne m’en a pas voulu. Il a ouvert la porte avec le sourire, ses affaires sur le dos. « Quand je l’aurai trouvé, je reviendrai te chercher et on ira ensemble. »

Il soupire.

- Les semaines ont passé et il n’est jamais revenu.  J’ai appris que cette forêt était le dernier endroit où on l’avait vu, j’ai construit cette cabane et tous les jours je vais dans les bois à la recherche d’indices mais je ne trouve rien.

Pan imagine aussitôt la réaction d’Abel quand il avait aperçut son corps inerte au loin, ne pouvant s’empêcher de penser qu’il l’avait sans doute prit pour son frère ne serait-ce même qu’un infime instant.

- Je suis vraiment… désolé.

Ses yeux mouillés se posent un rapidement sur les affaires de Pan.

- Avant que tu ne partes… j’ai quelque chose pour toi.

Il lui tend le masque fraichement sculpté.

- Mais finalement, peut être que tu n’en auras pas besoin. Je vois que tu te débrouilles très bien sans moi.

Il lance un dernier clin d’oeil en guise de réponse à son remerciement avant de l’accompagner à la porte.

- Qu’est ce que tu vas faire maintenant ? partir à la recherche du type casqué ?

- Je ne sais pas encore… peut être bien.

Lorsque la maison de celui qui avait pansé ses blessures est suffisamment loin à l’horizon il sort le masque qu’il lui avait offert. Quand il le pose sur son visage, les tremblements cessent. Non, je ne me débrouille pas aussi bien que tu le crois… Il soupire longuement, son corps appréciant cette absence de tension. Tout devient plus facile, il n’a plus à porter toute sa concentration sur l’image affreuse qu’il arbore. Et ce masque là ne devrait pas me rendre fou hahaaha… Il rit, jette un regard au masque rouge saillant dans l’entre-ouverture de son sac.

La forêt, où l’escouade de Thalia s’était faite démantelée d’un revers de main, se dresse devant lui. Impériale et moqueuse; le rouge des feuilles, réminiscence du sang qui a coulé. Il se remet à son guide, le berger qui l’avait mené sur les chemins, les bons pensait-il toujours. L’épais grimoire, aux pages vierges à ses yeux, recouvertes d’encre aux yeux d’Abel, est toujours prêt à lui donner les réponses.

- Avant autre chose, je dois tenir la promesse que j’ai faite à Thalia.

Il commence à noircir une page, poser sa question. Comment trouver mon père ? Et comme toujours, l’encre se dissipe, avalée par le livre. Cette fois la réplique se fait attendre. Après quelques minutes le zobal perd patience, frappe la terre du poing.

- Qu’est ce que tu fous ?! Tu réponds oui !

Le papier recrache le fluide noir sous forme de tâches difformes. Elles se déplacent, se mettent à former des lettres, des mots.

Si c’est ton père que tu veux trouver, part à la rencontre de ses anciens compagnons. Rassemble les blasons du clan que ton père a formé autrefois. Ces médaillons te mèneront à la prison où réside ce que tu cherches.


C’est tout ce dont il avait besoin pour entamer sa recherche, le grimoire le menant à chaque possesseur de blason, un par un. Il tomba donc sur de nombreux individus différents. Beaucoup se moquaient bien de conserver cette pièce de métal et ne se firent pas prier pour la donner à Pan, d’autres encore s’en étaient déjà débarrassé longtemps auparavant. Certains, descendants des frères d’armes de son père, tenaient à cet objet comme à la prunelle de leurs yeux; souvent seul souvenir de leur parents décédés. Aussi avait-il du faire preuve de moyen détourner pour récupérer ses convoitises et à force de larcin il ne se rendit pas compte que la violence lui était devenue banale.

La fin justifiant les moyens, il finit par ne plus perdre son temps à discuter avec les propriétaires des blasons. Dès qu’il mettait la main sur eux, il s’empressait de le leur arracher de grès ou de force. Bien qu’il avait conscience des répercussions que le masque rouge avait sur lui, son entreprise le lui faisait utiliser à une fréquence qu'il n’avait jamais atteint précédemment. Les absences elles aussi se multipliaient, peut être ne s’en rendait-il pas compte pourtant force lui était de constater que le nombre de blason en sa possession augmentait sans qu’il ne sache parfois comment ni pourquoi. Enfin, il ne put l’ignorer davantage lorsqu’un matin, abrité sous les feuillages d’un arbre du fourré de Tonkult, il se réveilla les mains et ses armes en sang.

Sa réaction fut immédiate et aussitôt il ouvrit le grimoire espérant que celui-ci lui révèle ses méfaits. Il apprit alors qu’il avait tué quelqu’un, mort au nom du blason qu’il désirait. Aussi la nation de Bonta se mit à entendre parlé de ce zobal vengeur capable du pire. Très vite sa tête fut mise à prix, rongé par la culpabilité et la peur de se faire prendre il n’osait plus s’approcher des zones habitées ou même de continuer sa recherche de blason, inquiet de blesser à nouveau quelqu’un, ou pire encore. Donc il se remit au grimoire, lui demandant s’il n’avait pas assez de blason à présent.


La plume tremblante, ses mots ne sont pas facilement déchiffrables et à plusieurs reprises sa gestuelle maladroite entache certaines parties de sa phrase.

- Merde !

Il renifle, essuie la sueur qui perle sur son front avec le revers de sa main pleine d’encre. Il arrache la page sur laquelle il vient d’écrire. Recommence.


 « Haaahahahaa »


Le rire provient de l’ombre qui se tient juste devant lui. Il se redresse, lâchant sa plume. La paume droite posée sur le masque cornue.

- Qu’est ce que tu veux ?

Il s’avance, faisant luire le dessus de son casque alors qu’il pénètre dans une percée de lumière.


 « Je pensais que tu n’aurais pas besoin de moi… mais j’ai bien l’impression que tu te laisses aller. »


- Bordel mais c’est toi ?! La salopard qui a tué tout le monde !

Il rit encore.


 « C’est dans cet état que j’aime te voir ! Écoute, faut pas que tu m’en veuilles pour l’autre fois. J’étais bien obligé, ils allaient nous mettre des bâtons dans les roues un moment ou un autre. »


Son oeil crevé le fait souffrir soudainement, comme si la présence de l'autre réveillait en lui les fantômes de ses blessures.

- Putain arrête de déblatérer tes conneries !


 « Non, non… on veut la même chose tous les deux. Trouver ton pôpaaa. Peut être pas pour les mêmes raisons je te l’accorde, mais tout de même, dans le fond on est dans le même bateau. »


Sa main se crispe sur le bois du masque, ses doigts enserrent les cornes, prêt à enfiler les pouvoirs du démon cornu.


 « On pourrait très bien partir maintenant, mais plus on aura de blason mieux ce sera. Je pense qu’il n’en reste plus beaucoup à trainer dans la nature. Alors plus vite tu récupères les derniers, plus vite tu vois ton père. Je sais que ça t’as fais quelque chose de devoir égorger deux ou trois pèlerins par ci, par là… mais ce ne sont que des dommages collatéraux tout ça. »


- Dommages… ?! on parle de la vie de personnes là ! Je ne sais pas qui tu es, mais tu es une sale raclure, pire que n’importe quel monstre que j’ai pu rencontrer jusqu’à présent.


 « Oh tu sais, quand tu as vécu dans le monde désolé de la Shukrute, les ténèbres prennent des allures de doux draps de satin noir dans lequel on a qu’une seule envie, s’y blottir. »


- Peu importe ce que tu me racontes, je ne laisserai pas quelqu’un comme toi continuer à faire autant de mal autour de lui ! Rien que pour Thalia et les autres !

Il se jette sur lui, une des cornes de son masque comme poignard. L’ennemi reste immobile, se laisse plaquer contre le sol avec fracas… mais il ne s’arrête pas de rire. L’esprit baigné dans la furie, tout n’est plus que réflexe. Sa main gauche s’insère à la base de son casque, la pointe de la corne aiguisée pressée contre sa gorge. Le geste vif, il arrache le casque. L’espace d’un instant il ne voit rien d’autre qu’une chevelure de flamme, aussi rouge que la sienne, puis, l’ennemi lui renvoie son propre visage. S’il ne portait le masque que lui avait confectionné Abel il aurait juré observer ses traits devant un miroir. L’ennemi lui lance un dernier sourire carnassier alors qu’il est prit d’une frénésie de rire qu’il ne saurait arrêté. Alors, devenant une terrible habitude, il sombre dans l’océan noire; enveloppé par les ténèbres de la pâmoison.






Dernière édition par Pantaleimon le Jeu 2 Juil 2015 - 19:31, édité 9 fois
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Pantaleimon
Chouchou des Dieux
Chouchou des Dieux

Pantaleimon

Mar 16 Avr 2013 - 15:54






Le juge se racle la gorge tout en desserrant le col qui étrangle son cou adipeux. Lorsque l’on prononçait des mots d’une telle importance, il était nécessaire de chauffer sa voix autant que le chanteur qui préparait son outil avec des vocalises.

- Pan Sylveronce, vous avez reconnu tous les faits qui vous sont reprochés. En tant que représentant de la justice qui délivre la sentence j’aimerai vous laisser une dernière occasion de vous exprimer.

Il reste silencieux, la tête baissée. Tous les yeux du tribunal sont posés sur lui. La soif de justice a laissé place à une hypocrisie ambiante où le procès n’est devenu rien d’autre que la scène d’une pièce de théâtre dont les spectateurs ne souhaitent qu’une chose, en connaître le dénouement. Ils ne sauraient se faire attendre, alors le juge étend son bras bouffi et tremblant, le marteau de la justice entre ses mains. Le geste implacable, frappant le marteau contre le socle de bois, est aussitôt interrompu. Dans un coin du fond de la grande salle, un immense phorzeker à la fourrure blanche et une mystérieuse ombre féminine sont adossés contre le mur. Se détachant de la paroi, l’énutrof avance. À mesure qu’elle s’approche du juge elle fait grincer ses griffes le long du mur en pierre.

- Excusez-moi votre honneur, avant d’entendre votre indiscutable décision, j’ai une proposition à vous faire.

On pouvait sentir le vent de frisson qui parcourait tous les membres du tribunal en voyant le phorzerker avancer. Il était rare de voir un énutrof sous cette forme en dehors des moments de bataille. Le règlement stipulant bien que le public n’avait pas le droit de venir armé, personne ne peut nier que les griffes et les crocs d’un phorzerker étaient bien plus efficaces que n’importe quelle lame et pourtant… techniquement, elle n’enfreint pas la règle. Une goutte de sueur perle sur le front du juge, il desserre son col mouillé.

- Heum… madame je veux bien vous entendre, mais pourriez-vous prendre une forme plus convenable à la discussion ?

Elle pose le regard sur ses griffes.

- Oh ! Je suis vraiment désolée, je ne m’étais pas rendue compte. À vrai dire, je reviens tout juste d’une chasse aux tofus et malheureusement je n’arrive pas à reprendre forme humaine par ma seule volonté, il me faut être très fatiguée, vous comprenez. Mais si vous insistez, c’est avec plaisir que je vous invite à venir m’épuiser.

Les gardes s’apprêtent à pointer leurs armes en sa direction, mais elle reprend la parole immédiatement.

- Oh… loin de moi l’idée de faire outrage… Mes plates excuses.

Elle imite un geste de révérence.

- Mais, écoutez-moi. Il me semble évident que le pauvre garçon n’a pas toute sa tête. Il suffit de le regarder pour le constater et je dois vous avouer que je suis docteur et directrice d’un asile situé à Sufokia. Je pense que sa place se trouve la bas, sous haute sécurité bien sûr. Moi, Guenievre, m’en chargerai personnellement.

Elle fait scintiller ses crocs d’or d’un large sourire, contrastant avec la blancheur immaculée de sa fourrure.

- Ce serait en effet une possibilité intéressante… mais qui paiera pour son internement ? Si vous croyez que les caisses de Bont—

- Je paierai !

Une grimace tord son sourire en pensant au kamas qu’elle devrait débourser.

- Je n’arrive pas vraiment à comprendre ce qui vous tient tant à coeur mais… soit.

Le marteau de la justice frappe le socle de bois.


F l a s h b a c k


Dans la moiteur de la caverne qu’il a choisi comme refuge, il repense au face à face qu’il a tenu avec cet individu des ombres. Celui qui portait le même visage que lui. Quand il avait reprit connaissance, il avait disparu, ne laissant derrière lui que l’angoisse empoisonné du mystère et des questions sans réponses. La garde bontarienne quant à elle ne s’était pas faite attendre. Accusé de meurtre et sa tête mise à prix, il aurait été aussitôt jeté dans les cachots de la capitale s’il n’était pas parvenu à fuir les hommes armurés.

Malgré son instinct hurlant de survie, il ne supporte plus cette idée d’avoir perdu la maîtrise de son corps. Combien de fois avait-il été hors de contrôle ? Combien de fois le serait-il encore… pour alléger sa culpabilité il n’a rien trouvé de mieux que de s’enchainer au fond d’une caverne. Viendrait alors le temps où il aura consommé toutes ses provisions et qu’il n’aurait plus d’autres choix que de se libérer ou de se laisser mourir. Il ne veut pas penser à ce moment là.

Le destin voyait les choses autrement, ou n’étaient-ce que les desseins d’une vieille énutrof ambitieuse… une créature recouverte de fourrure blanche pénètre dans la caverne. Des éclats éblouissent le zobal, rayons de lumière ricochant sur l’or de ses griffes alors qu’elle avance. Il protège ses yeux avec son bras.

- Qui êtes vous ?

Son sourire affiche des crocs dorés et pointus. Elle tend ses bras, lui montrant une affiche qu’elle tient maladroitement entre ses pattes. Dans le clair-obscur de la caverne il distingue vaguement le portait d’un masque zobal, ainsi qu’une somme importante de kamas. Il comprend très vite où le phorzerker veut en venir.

- Bon sang… même au fond de ce trou à rat on arrive à me trouver !

La créature s’assied en tailleur face à lui.

- Du calme mon mignon… je suis venue conclure un marché avec toi. Tu sais, tu es devenu célèbre… la gazette nationale t’as même trouvé un nom : « Le Zobal Bizarre » !

Elle sort de son sac une couverture qu’elle dépose sur ses épaules, puis dans une explosion de lumière, prend forme humaine. Camouflant sa nudité sous le drap sombre, l’énutrof aux cheveux blancs lui expose à nouveau sa mise à prix.

- J’ai besoin d’un type comme toi pour mes affaires, et en bonne disciple du dieu cupide, je ne dis jamais non à une bourse bien pleine.

Dit-elle en pointant de l’index la somme de kamas promise en bas du parchemin.

- Tu te laisses gentiment capturer… j’en profite pour récupérer mon due puis je t’emmène en lieu sûr loin de la garde et de tous ces gens qui veulent ta tête.

Elle ne s’arrête pas de sourire. Bien qu’elle avait abandonné crocs et griffes au profit d’une figure plu familière, l’éclat de son regard et de son inflexible allure ne pouvait appartenir qu’à ceux d’un prédateur.

- En échange, tu travailleras à mon service.

Pan fait mine d’ignorer le sourire carnassier qu’elle affiche malgré les frissons qui parcourent son échine à chaque fois que son interlocutrice prend la parole. Faisant rouler les R de chaque mot comme pour accentuer le caractère non négociable de ses propositions.

- Vous ne comprenez pas ! Si je n’étais pas aussi lâche que je le suis, si je n’avais pas peur de la mort, je les aurai laissé me couper la tête depuis longtemps ! Ce n’est pas moi qui ait commit tous ces crimes… c’est l’autre. Je ne le contrôle pas et je ne sais pas si je le pourrai un jour.

Elle rit, presque silencieusement.

- C’est justement pour ça que tu m’intéresses mon mignon ! J’ai besoin de toute cette violence qui a lad’dans !

Elle le tape sur la poitrine.

- Que tu la contrôles ou pas, je m’en moque… je me chargerai de te remettre à ta place s’il y a besoin.

Il repousse le bras de l’énutrof, lui tourne le dos.

- Je n’ai pas confiance… je ne veux plus faire de mal.

Derrière lui, il pouvait sentir comme un frisson de fureur envelopper la femme aux cheveux blancs.

- T’as pas compris… t’as pas le choix.

Une paire de griffes dorées lacère ses chaînes, les brise.  


F i n . d u . f l a s h b a c k


À la sortie du tribunal, marchant côte à côte avec celle dont il était devenu le nouveau jouet. Il regarde ses pieds, se frotte la tête.

- J’ai bien cru un instant que vous m’aviez fait faux-bond, la prime en poche… merci.

Elle sourit, fait mine d’ignorer sa remarque.

- Oh ne me remercie pas trop vite, une bonne partie de nos patients considèrent leur situation bien pire que la sentence qui t’attendait.

L’énutrof le regarde un instant, constatant le malaise du garçon alors qu’il ne peut plus camoufler son visage meurtri derrière un masque. Elle regarde derrière elle quelques secondes, puis un sourire s’affiche sur ses lèvres.

- La voilà.

Une ombre ténébreuse se coule entre eux deux. Rapidement elle s’élève du sol, prend forme d’une silhouette humaine. Une disciple de Sram vêtue de violet se dresse devant le zobal, son sac dans les mains.

- Toujours à l’heure très chère Kiss ! Notre nouvel ami te remercie, toi et tes talents d’espionne hors-pair, pour lui avoir récupérer ses biens.

Elle lui fait un clin d’oeil. Sans dire un mot la sram jette un regard discret vers les stigmates de Pan. Elle lâche le sac à ses pieds avant de reprendre la forme d’une ombre sinueuse.

- N’espère pas que cela devienne une habitude.

Le zobal se jette aussitôt sur son sac pour vêtir son masque. Il veut la remercier mais il l’a déjà perdue de vue.

- Ne t’inquiète pas, elle n’est jamais bien loin, prête à surgir au moment où l’on s’y attend le moins.

Elle lui assène un dernier clin d’oeil alors qu’ils plongent dans le portail zaap qui les mèneraient dans l’enceinte de son nouveau lieu de résidence…
Au loin, camouflé dans l’ombre d’un saule pleureur, un homme vêtue d’ombre et d’un casque tout aussi noir, guette les trois individus aspirés par le voile bleu.



.            .            .


Pendant ce temps au tribunal de Bonta, le juge étend un long parchemin, compte rendu du dernier procès. Tout en bas, il raye la mention de la sentence qu’il a écrit plus tôt : mort par pendaison. À la place il inscrit de sa plume légèrement tremblotante, les mots : « Internement dans l’asile Délirium’S ».






Dernière édition par Pantaleimon le Ven 24 Avr 2015 - 16:26, édité 6 fois
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Pantaleimon
Chouchou des Dieux
Chouchou des Dieux

Pantaleimon

Mar 28 Mai 2013 - 14:00
Livre I | Livre II | Livre III



Ça y'est, ils me regardent avec leur mines déconfites.  Ils sont en colère et ne comprennent pas comment mon récit puisse être arrivé à son terme alors que le gamin aux masques n'a même pas terminé sa mission. Ils me taraudent de questions mais je leur dis qu’il est trop tard. Ils sont venus ici pour connaître le passé du zobal et s’il reste d’autres aventures à raconter il faudra attendre le moment venu pour les entendre.

Oui, c’est la patience qui leur font défaut. Ils ne sont pas encore prêts pour la suite. Le feu a consumé tout le bois et il ne reste maintenant plus qu’un tas de braises écarlates et rougeoyantes. Je leur demande de recouvrir le foyer et leur donne rendez-vous ici en un autre temps, ils ne savent pas encore quand mais je leur promet que comme pour la première fois, ils finiront par me trouver. Ils devront d’abord me chercher, s’aventurer là où règne le danger, et se perdre pour enfin venir à ma rencontre.

Ils recouvrent les restes du brasier, et alors que les dernières étincelles et un nuage de cendres s’élèvent dans les airs, ils se rendent compte que j’ai disparu.





Dernière édition par Pantaleimon le Ven 24 Avr 2015 - 16:29, édité 9 fois
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Kissansilmat
Chouchou des Dieux
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Allumenanti

Lun 8 Juil 2013 - 16:03
 Et la suite alors?? :p
on sent l'inspiration de Harry Potter en tout cas hihi mais c'est très bien écrit ^^


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Pantaleimon
Chouchou des Dieux
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Pantaleimon

Lun 8 Juil 2013 - 17:08
Merci Kiki ! :D

C'est vrai que j'ai peut être un peu abusé la référence à HP dans le dernier chapitre x)

La suite ne devrait plus trop tarder ;)


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Poitirond
Mangeur de Shushu
Mangeur de Shushu


Lun 8 Juil 2013 - 19:09
Bah ouai on veut une suiiiiite !! :D
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Pantaleimon
Chouchou des Dieux
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Pantaleimon

Mar 9 Juil 2013 - 16:35
Eh voilà ! ça sort du four ! x)

[MAJ] - Tome 1

Ajout du chapitre 5 : l'Antre des Dix Épées




Dernière édition par Pantaleimon le Mar 3 Déc 2013 - 12:18, édité 2 fois

[BG] Les Faiseurs de Chaos

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